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    Éditorial

    Theresa May en voie de disparition?

    Guy Taillefer
    20 novembre 2017 |Guy Taillefer | Europe | Éditoriaux

    C’est une première ministre May très affaiblie qui tente de négocier le Brexit avec Bruxelles. Elle qui était arrivée au pouvoir en juillet 2016 auréolée de force tranquille incarne aujourd’hui un gouvernement britannique sans boussole. De l’autre côté de la Manche, les 27 pays de l’Union européenne (UE) ne peuvent pas ne pas savourer le spectacle de cette classe politique qui se déchire.


    L'été dernier, dans l’immédiate foulée du pari raté de ses élections anticipées, Theresa May était représentée par un caricaturiste du Times dans un cercueil autour duquel les candidats à sa succession se bousculaient pour le refermer. La première ministre venait d’échouer lamentablement à conforter la majorité parlementaire du Parti conservateur — et à améliorer son rapport de force dans la procédure de divorce avec l’UE. Pire, elle se retrouvait à l’issue de ce scrutin hâtif en situation minoritaire. Le discrédit le disputant au désarroi.

     

    Si le cercueil n’a pas été complètement fermé depuis, les déconvenues n’en ont pas moins continué de s’empiler, à tel point qu’il y a lieu de se demander par quel miracle Mme May est encore première ministre.

     

    Après la déconfiture aux législatives de juin, il y a eu, en octobre, ce discours au congrès du parti, pendant lequel elle a été prise d’une quinte de toux aussi réelle que symbolique, illustration probante de son mauvais état de santé politique, ce que les médias britanniques n’ont d’ailleurs pas manqué de railler. Plus récemment, deux ministres ont démissionné en l’espace d’une semaine, dont un poids lourd du gouvernement et ministre de la Défense, Michael Fallon, accusé de harcèlement sexuel.

     

    Le tout sur fond de tensions conservatrices intra-muros qui ne cessent de prendre de l’ampleur autour du Brexit. Le veut-on « hard » ou le veut-on « soft » ? Aurait-il pu de toute façon en être autrement, comme les électeurs britanniques s’étaient divisés par le milieu au référendum de juin 2016, la décision de quitter l’UE s’étant après tout imposée de justesse avec 51,9 % des voix — non sans que, rappelons-le, les sentiments xénophobes aient été instrumentalisés, alors que la crise des migrants traversait des moments particulièrement aigus.

     

    Signe de cette ambivalence, il n’est pas anecdotique de signaler que le nombre de Britanniques qui ont déposé des requêtes de double nationalité a fait un bond important : quelque 17 000 Britanniques ont entamé des démarches pour obtenir une citoyenneté française, italienne, allemande ou encore irlandaise depuis juin 2016.

     

    Sa déroute se poursuivant, Mme May fait maintenant l’objet d’une fronde renouvelée de la part des deux champions du Brexit, Boris Johnson et Michael Gove, ministres des Affaires étrangères et de l’Environnement récemment réconciliés — pendant que, autre fronde, une quarantaine de députés se diraient prêts à signer une lettre exigeant un vote de confiance contre la première ministre.

     

    Avec le résultat que les Vingt-Sept n’ont jamais été aussi unis dans leurs négociations de rupture avec Londres, ces négociations qui avancent à pas de tortue. Pour autant, les divisions du camp anglais ne devraient pas être un prétexte pour l’UE pour ne pas se réformer. Ses dirigeants auraient intérêt à tenir leur promesse d’une « Europe plus sociale », comme ils s’y sont encore engagés vendredi, réunis en sommet en Suède. L’UE pour progresser a besoin de s’améliorer qualitativement sur le plan démocratique. Il serait dangereux que les déboires de Mme May le fassent oublier.













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