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    Le ton monte à Madrid

    10 octobre 2017 | Christian Rioux à Barcelone | Europe
    «Prou! Recuperem el seny!» («Assez! Retrouvons la raison!»), ont clamé dimanche les opposants à la sécession.
    Photo: Emilio Morenatti Associated Press «Prou! Recuperem el seny!» («Assez! Retrouvons la raison!»), ont clamé dimanche les opposants à la sécession.

    À moins de 24 heures de ce qui pourrait être une déclaration d’indépendance de la Catalogne, la tension était à son comble lundi à Barcelone. Après le déferlement dimanche dans la capitale catalane de milliers d’Espagnols venus défendre coûte que coûte l’unité de l’Espagne, le ton est monté d’un cran à Madrid où l’on évoque ouvertement l’emprisonnement du président catalan, comme le réclamaient massivement les manifestants dimanche.

     

    Face aux demandes de médiation lancées par le chef du gouvernement catalan depuis une semaine, Pablo Casado, vice-président aux communications du Parti populaire au pouvoir à Madrid, a répondu que « la seule personne avec laquelle Carles Puigdemont devrait dialoguer, c’est son avocat ». Devant la possibilité que le président catalan fasse une déclaration d’indépendance mardi, ce porte-parole du parti conservateur affirme que Madrid « prendra tous les moyens pour empêcher l’indépendance » et qu’elle « fera tout ce qui est nécessaire sans renoncer à aucun instrument de la constitution ni du Code pénal ».

     

    « L’histoire ne se répétera pas, sinon lui aussi [Puigdemont] finira comme Companys », a-t-il ajouté. Or, Lluís Companys est le dirigeant qui avait proclamé la république catalane en 1934 avant d’être emprisonné puis fusillé par les troupes du dictateur Franco. Casado a aussitôt été obligé de préciser qu’en évoquant Companys, il ne pensait pas à son exécution, mais à sa détention. Et le porte-parole de rappeler que le Code pénal espagnol punit la « sédition » de 15 ans de prison et la « rébellion » de 25 ans.

     

    Ambiance survoltée

     

    C’est dans cette ambiance survoltée, accompagnée de l’annonce du déménagement de nouveaux sièges sociaux, que les pressions sur les épaules de Puigdemont se sont multipliées ces dernières heures.

     

    D’un côté, les partisans d’une déclaration unilatérale, comme le parti d’extrême gauche CUP, disent ne pas vouloir en démordre. Le président de la grande organisation nationaliste l’Assemblée nationale catalane (ANC), Jordi Sanchez, a d’ailleurs convoqué une manifestation devant le parlement mardi. Selon lui, Madrid « a tiré ses dernières cartouches en forçant le déménagement hors de Catalogne des sièges sociaux de grandes entreprises afin d’intimider les Catalans ». Par sa détermination et son attitude pacifique, dit-il, le peuple catalan a gagné la reconnaissance de l’opinion publique internationale. En prévision de cette manifestation, les policiers catalans se préparaient à barricader le parc de la Citadelle où est situé le parlement.

     

    De l’autre côté, on trouve les élus plus modérés des deux grands partis nationalistes, le Parti démocrate de Catalogne (PDCat) et Esquerra Republicana (ERC). Depuis plusieurs jours, les appels du pied se sont multipliés afin de transformer cette déclaration d’indépendance, censée être automatique selon la loi en cas de victoire du Oui, en une déclaration symbolique « sur » l’indépendance, comme l’écrit la journaliste Lola Garcia dans La Vanguardia.

     

    Une déclaration symbolique ?

     

    La presse de Barcelone estime que la décision de plusieurs grandes entreprises catalanes de transférer leur siège social hors de Catalogne a fortement ébranlé le gouvernement catalan. Dimanche, Puigdemont a d’ailleurs rencontré d’urgence le président de l’influent Cercle économique, Juan José Brugera, qui regroupe les principales entreprises catalanes. C’est pourquoi à Barcelone de nombreux observateurs estimaient que, parmi toutes les hypothèses envisagées, Carles Puigdemont pourrait proclamer de manière symbolique l’indépendance mais en suspendre l’application.

     

    C’est la thèse que défendait mardi, sur la radio basque Onda Vacsa, le député catalan Ramon Tremosa, qui appartient au même parti que Puigdemont (PDCat). S’inspirant pour cela du modèle slovène, il affirmait que le processus est « arrivé à son terme », mais que la Catalogne devrait s’accorder un délai de six mois avant de mettre en application sa déclaration d’indépendance. En 1990, la Slovénie avait proposé une négociation à Belgrade qui était demeurée sans réponse. Elle avait alors organisé elle-même un référendum et décrété l’indépendance six mois plus tard.

     

    Selon Tremosa, la Catalogne pourrait utiliser les six mois qui viennent pour négocier l’organisation avec Madrid d’un référendum en bonne et due forme dont les résultats ne pourraient être contestés. Notons qu’à la différence de la Catalogne, en 1990, la Slovénie était déjà virtuellement indépendante puisqu’elle avait déjà pris le contrôle des casernes militaires et qu’elle contrôlait ses frontières. Elle avait aussi des appuis à l’étranger, notamment en Allemagne. Ce qui n’est pas le cas de la Catalogne.

     

    La déclaration du député catalan fait écho à celle de l’ancien président Artur Mas qui avait affirmé la semaine dernière qu’aucune déclaration ne pourrait être suivie d’une « indépendance réelle » dans la mesure où la Catalogne ne contrôlait ni son territoire ni les compétences nécessaires à l’indépendance.

     

    Pour la mairesse de Barcelone, Ada Colau, les résultats du référendum du 1er octobre, auquel n’ont participé que 42 % des Catalans, ne permettent pas de proclamer l’indépendance, mais avertissent Rajoy de « ne pas dynamiter le dialogue ». Après le refus catégorique de l’Union européenne, les nationalistes misent notamment sur un groupe de médiateurs créé à l’initiative du barreau catalan. Hasard du calendrier, jeudi, les Espagnols célébreront leur fête nationale.













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