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    Référendum: Madrid souhaite des élections en Catalogne pour régler la crise politique

    6 octobre 2017 11h17 |Michaela Cancela-Kieffer - Agence France-Presse | Europe
    Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, lors d'une rencontre à Madrid avec le chef de l'opposition, le 2 octobre
    Photo: Paul White Associated Press Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, lors d'une rencontre à Madrid avec le chef de l'opposition, le 2 octobre

    Face à l'impasse dans la crise politique que vit ces derniers jours l'Espagne, le gouvernement de Mariano Rajoy a appelé les indépendantistes catalans à dissoudre leur parlement et à convoquer des élections dans la région.

    « Il serait bon de commencer à refermer la plaie en passant par le Parlement de Catalogne [...] par le biais d’élections régionales », a déclaré Inigo Mendez de Vigo, porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence de presse organisée à l’issue du conseil des ministres.

    Le chef du gouvernement Mariano Rajoy écarte depuis le début de la crise politique toute possibilité de médiation. « Pour dialoguer il faut rester dans la légalité », a-t-il déclaré jeudi ce qui a été rappelé par le porte-parole du gouvernement vendredi.

    À la mi-journée, alors que le premier ministre était réuni avec son conseil des ministres, le président catalan Carles Puigdemont a annoncé qu’il repoussait son intervention devant le Parlement catalan, initialement prévue lundi.

    Les séparatistes envisageaient une déclaration d’indépendance unilatérale au cours de cette séance.

    Défaire l’Espagne, c’est-à-dire un État-nation […], c’est défaire l’Europe. Et si on ouvre la boîte de Pandore, demain c’est le Pays basque, et après c’est le Pays basque français, et après c’est l’Italie du Nord, et après c’est la guerre.
    L’ancien premier ministre français Manuel Valls

    L’annonce de Carles Puigdemont pourrait être interprétée comme un geste puisqu’il ne cherche pas à tout prix à maintenir la séance de lundi en dépit de son interdiction par la Cour constitutionnelle. Elle pourrait aussi viser à gagner du temps, en raison de divisions dans son camp.

    Elle intervient après des déclarations du responsable des Entreprises au sein du gouvernement catalan, Santi Vila, réputé proche du président régional, où il réclame symboliquement « un cessez-le-feu » symbolique au gouvernement. « Cela signifie que dans les prochaines heures et jours, nous ne prenions pas des décisions qui pourraient être irréparables », a-t-il expliqué.

    Puis, à l’attention de son camp indépendantiste, il a appelé à « réfléchir et savoir clairement si la précipitation ne risque pas d’abîmer le rêve et de gâcher un projet [d’indépendance] n’ayant jamais été si proche ».

    Crise politique 

    Ces déclarations se produisent alors que les tensions entre Madrid et Barcelone ont plongé l’Espagne dans sa plus grave crise politique depuis que ce pays est redevenu démocratique, en 1977. Une crise qui divise la Catalogne, où vivent 16 % des Espagnols et où la moitié de la population n’est pas indépendantiste selon les sondages.

    L’instabilité dans cette région grande comme la Belgique alarme tous les Espagnols, mais aussi l’Europe. « Défaire l’Espagne, c’est-à-dire un Etat-nation […], c’est défaire l’Europe. Et si on ouvre la boîte de Pandore, demain c’est le Pays basque, et après c’est le Pays basque français, et après c’est l’Italie du Nord, et après c’est la guerre », a estimé sur BFMTV l’ancien premier ministre français Manuel Valls, originaire de Barcelone.
    Photo: Pau Barrena Agence France-Presse

    Les séparatistes catalans envisagent de déclarer l’indépendance après la publication de résultats définitifs d’un référendum d’autodétermination qui s’est tenu le 1er octobre et qu’ils estiment déjà avoir emporté avec près de 90 % des suffrages et 42,3 % de participation.

    Ils pourraient chercher à profiter de l’élan plus favorable dont ils disposent dans l’opinion catalane, qui est aussi scandalisée par les violences policières ayant fait au moins 92 blessés et quelque 800 personnes ayant requis une assistance médicale.

    Des excuses

    Le préfet, principal représentant de l’Etat en Catalogne, a pour la première fois présenté des excuses vendredi au nom des forces de l’ordre.

    À Madrid pendant ce temps l’Audience nationale, spécialisée dans les affaires touchant à la sécurité nationale, a entendu le chef de la police catalane, son adjointe et les dirigeants des deux principales associations indépendantistes pour des faits de « sédition », des manifestations remontant au 20 et 21 septembre.

    Josep-Lluis Trapero, Jordi Sanchez (Assemblée nationale catalane et Jordi Cuixart (Omnium) en sont ressortis libres, le parquet n’ayant pas requis leur placement en détention. Et les deux indépendantistes ont appelé au dialogue. « Il faut accepter la réalité, il y a un conflit politique, qui ne peut se résoudre que par la voie politique », a dit Jordi Cuixart.

    Depuis le début de la crise actuelle, la justice a agi avec fermeté contre les indépendantistes. Le Tribunal constitutionnel a en particulier interdit avant sa tenue le référendum d’autodétermination de dimanche, et il a encore suspendu jeudi la session annoncée pour lundi du Parlement catalan.

    Impacts économiques

    La crise politique a contaminé le secteur économique: Caixabank, première banque de Catalogne et troisième d’Espagne, doit décider vendredi si elle déménage son siège social hors de la région.

    Jeudi, c’est Banco Sabadell, deuxième banque de Catalogne qui a annoncé le transfert de son siège social à Alicante, dans le sud-est du pays, après la dégringolade de son cours en Bourse.

    Les banques craignent les conséquences d’une éventuelle sortie de la Catalogne de la zone euro au cas où son indépendance serait proclamée.

    Le Fonds monétaire international (FMI) a lui aussi émis des craintes: « les tensions et l’incertitude [...] pourraient peser sur la confiance et les décisions d’investissement ».

    Parmi les armes du gouvernement figure la suspension de l’autonomie régionale dont jouit la Catalogne, une mesure que le gouvernement central n’exclut pas et que réclament des voix de plus en plus nombreuses en Espagne. Mais une telle suspension échaufferait encore davantage les esprits en Catalogne, risquant de déclencher une spirale de violence.

    Les «tensions» liées à la Catalogne «pourraient peser sur la confiance et les investissements»

    Madrid — « Les tensions et l’incertitude » liées à la crise entre Madrid et les dirigeants séparatistes catalans pourraient « peser sur la confiance et les décisions d’investissement » en Espagne, estime le Fonds monétaire international (FMI), selon lequel les perspectives économiques du pays pour 2017 sont « solides ». « Les tensions et l’incertitude liées à la Catalogne pourraient peser sur la confiance et les décisions d’investissement », a déclaré Andrea Schaechter, chef de mission pour l’Espagne au FMI, lors de la présentation d’un rapport publié vendredi sur la situation économique du pays. Le FMI n’a néanmoins pas modifié pour l’instant ses prévisions de croissance pour l’Espagne en 2017 (+3,1 %) et 2018 (+2,5 %), qualifiant de « solide et équilibrée » la reprise de l’économie, qui a retrouvé au premier semestre son niveau de PIB d’avant la crise. La crise en Catalogne suscite aussi l’inquiétude des agences de notation financières SP et Fitch, qui ont toutes deux averti cette semaine qu’elles envisageaient d’abaisser la note de la dette de la Catalogne, déjà classée en catégorie spéculative.













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