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    Les dirigeants européens appellent l’Espagne à mettre fin au recours à la violence

    3 octobre 2017 | Cédric Simon - Agence France-Presse à Bruxelles | Europe
    Les Catalans sont descendus dans les rues et ont levé le poing, lundi à Barcelone.
    Photo: Pierre-Philippe Marcou Agence France-Presse Les Catalans sont descendus dans les rues et ont levé le poing, lundi à Barcelone.

    Au lendemain du référendum marqué par des violences en Catalogne, le sommet de l’Union européenne a lancé lundi de premiers appels pour pousser Madrid au dialogue et à éviter désormais le recours à la force.

     

    La Commission européenne et le président du Conseil européen (l’instance regroupant les dirigeants des 28), Donald Tusk, sont prudemment sortis de leur réserve, après que les images de policiers frappant des manifestants eurent choqué au-delà des frontières espagnoles.

     

    « Au regard de la Constitution espagnole, le vote d’hier [dimanche] en Catalogne n’était pas légal », a d’abord rappelé devant la presse le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, réitérant la position habituelle de Bruxelles, en ligne avec celle de Madrid. Mais après ce préambule, la Commission est allée plus loin qu’elle ne se l’était autorisé ces derniers jours. « Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue », a déclaré M. Schinas, ajoutant que « la violence ne peut jamais être un instrument en politique ».

     

    Le représentant du gouvernement catalan à Bruxelles, Amadeu Altafaj, a toutefois jugé ces paroles « décevantes », estimant que l’exécutif européen a évité de condamner spécifiquement les violences policières qui ont fait de nombreux blessés dimanche en Catalogne.

     

    Concernant son appel au dialogue, la Commission a assuré faire « confiance au leadership de Mariano Rajoy pour mener ce processus, en plein respect de la Constitution espagnole », tout en ajoutant qu’il fallait aussi respecter « les droits fondamentaux des citoyens qui y sont inscrits ».

     

    Silencieux jusque-là, le Polonais Donald Tusk, à la tête du Conseil européen, a lui aussi lancé un appel à la mesure à Madrid. Sur Twitter, il a dit avoir « appelé [M. Rajoy] à trouver des moyens pour éviter une nouvelle escalade et un nouvel usage de la force », lors d’une conversation téléphonique.

     

    Du côté des capitales européennes, très réticentes à commenter des affaires qualifiées d’« internes », les critiques sont restées rares à l’encontre de Madrid. Le gouvernement belge, où les nationalistes flamands de la N-VA occupent des postes clés, a eu la réaction la plus tranchée. « La violence n’est pas la réponse, nous condamnons toute forme de violence et réitérons notre appel au dialogue politique », a lancé dimanche le premier ministre belge, Charles Michel.

     

    « Inquiet de la situation », le premier ministre slovène, Miro Cerar, a lui aussi appelé « au dialogue politique » et à des « solutions pacifiques », tandis que la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, favorable à l’indépendance de l’Écosse, a appelé sans surprise l’Espagne « à changer de cap avant que quelqu’un ne soit grièvement blessé ».

     

    Lors d’un entretien au téléphone, le président français, Emmanuel Macron, a lui réaffirmé au chef du gouvernement espagnol « son attachement à l’unité constitutionnelle de l’Espagne » et le fait que Paris n’avait « qu’un seul interlocuteur en la personne de M. Rajoy », selon l’Élysée, qui n’a pas mentionné la question des violences.

     

    Les événements du week-end ont en revanche provoqué l’émoi parmi les eurodéputés, réunis en session plénière à Strasbourg, qui ont décidé d’organiser mercredi un débat d’urgence consacré à la Catalogne. Le chef de file des eurodéputés socialistes, Gianni Pittella, avait appelé dimanche à une solution « politique, pas policière ». Son homologue libéral, le Belge Guy Verhofstadt, avait lui condamné une « violence disproportionnée » de la part des autorités espagnoles.

     

    Selon le politologue belge Hendrik Vos, la retenue européenne observée jusqu’ici sur la situation en Espagne est liée « au fait que Mariano Rajoy est membre du Parti populaire européen », majoritaire au Parlement européen et dont est membre le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

     

    M. Rajoy « a fait savoir qu’aucune médiation n’était nécessaire, ce qui a pesé sur le fait que l’UE a détourné le regard », estime ce spécialiste des questions européennes.

     

    Malgré l’appel du président catalan, Carles Puigdemont, à une « médiation internationale », la Commission n’envisage pas « à ce stade » de faire la navette entre Madrid et Barcelone, a tenu à préciser son porte-parole.

     

    Et pour cause : les indépendantistes restent déterminés à proclamer l’indépendance par « loyauté » aux électeurs qui ont voté pour à 90 %, dimanche, a expliqué M. Altafaj.

     

    Selon lui, la médiation peut porter « sur comment cela [l’indépendance] se matérialise et est mis en place ». « Il y a plein de choses à discuter sur le calendrier, les termes et les négociations » avec Madrid, a-t-il affirmé, assurant qu’une « transition en douceur » était possible.


    Ottawa commente enfin, timidement Le gouvernement du Canada a finalement commenté les violences espagnoles de dimanche en Catalogne. Après des jours d’esquive au motif qu’il s’agissait d’une affaire « interne », Ottawa s’est dit « très préoccupé » par la situation. « Le Canada apprécie sa relation avec l’Espagne », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. « Alors que la question de la Catalogne est une affaire interne pour l’Espagne, nous sommes très préoccupés par la violence sur le terrain. Nous espérons qu’une solution sera trouvée à travers le dialogue pacifique et dans le contexte de la Constitution. » Le Bloc québécois trouve cette réponse inadéquate, car « elle subordonne la légitimité à la légalité », fait valoir le député Luc Thériault. La Constitution espagnole établit l’indivisibilité de l’Espagne. Y faire référence, selon le Bloc, revient à donner raison à Madrid de prendre les moyens pour la faire respecter. Le nouveau chef du NPD, Jagmeet Singh, déplore aussi la timidité d’Ottawa dans le dossier. « Un des droits importants pour toute personne est celui à l’autodétermination, a-t-il rappelé. C’est nécessaire que le gouvernement dise quelque chose. » Le Devoir












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