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    Merkel, difficile victoire

    François Brousseau
    25 septembre 2017 | François Brousseau - François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. | Europe | Chroniques

    La « femme la plus puissante du monde » aura donc répété l’exploit de son historique mentor, le défunt Helmut Kohl : quatre mandats consécutifs à la tête de l’Allemagne. Mais comme pour son prédécesseur, ce quatrième mandat pourrait être le plus difficile.

     

    Non pas qu’Angela Merkel ait des « cadavres dans le placard », comme Kohl, adepte de méthodes de financement douteuses. Des méthodes ayant conduit au scandale, et à une fin politique piteuse, celui qui fut le grand chancelier de l’unification allemande.

     

    Mais la tâche qui attend « Mutti », cette femme sans enfants régulièrement qualifiée de « Maman Merkel » ou de « Mère des Allemands », s’annonce ardue.

     

    D’abord, la simple formation d’une majorité capable de la soutenir pour les prochaines années va relever de l’exercice d’équilibrisme.

     

    Car la « victoire » d’hier n’a rien d’un triomphe : avec un score sous les 33 %, les chrétiens-démocrates arrivent premiers, mais se retrouvent à un creux historique. Ils auront besoin non pas d’un, mais de deux alliés pour faire l’appoint et franchir les 50 % d’appuis au Bundestag, le Parlement fédéral.

     

     

     

    Le paysage politique allemand est aujourd’hui éclaté comme il ne l’a jamais été, avec quatre tiers partis représentés. La participation des électeurs, à 70 % environ, tient le coup. Mais les deux partis historiquement hégémoniques, les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates (aujourd’hui effondrés à 20 %), ne vont plus chercher, à eux deux, qu’une grosse moitié des suffrages.

     

    Le vote radical — Alternative für Deutschland, parti xénophobe, antimusulman et anti-Europe ; Die Linke, néocommuniste — profite de cette désaffection et va chercher près du quart des voix, dont plus de 13 % à l’AFD.

     

    Ce double vote aux extrêmes exprime, plus que tout autre, le malaise qui se cache derrière les chiffres étincelants, parfois trompeurs, de l’économie allemande.

     

    Malaise devant l’immigration de masse vécue en 2015 et 2016, avec l’entrée d’un million et demi de migrants, surtout de Syrie et d’Afghanistan — dont les deux tiers environ ont été ou seront régularisés.

     

    Par un durcissement de son discours (« Nous expulserons ceux qui ne méritent pas le statut de réfugié et ceux qui auront commis des actes criminels »), Mme Merkel a réussi, en partie, à mettre ce thème explosif sous le boisseau… mais en partie seulement : le score de l’AFD le montre bien.

     

    Cette percée décisive d’une extrême droite décomplexée est une première dans tout l’après-guerre : on pouvait lire hier sur les réseaux sociaux allemands : « Au secours, les nazis sont de retour ! »

     

    N’exagérons rien : si l’AFD était véritablement néonazie, elle serait interdite ; et puis 13 % des suffrages exprimés, ce n’est encore qu’un huitième du total. Il n’empêche : ces gens-là auront désormais des députés au Bundestag.

     

    Malaise, aussi, des perdants de l’économie allemande — il y en a, et plus qu’on ne veut généralement le croire dans ce pays — qui se sont tournés vers Die Linke. Une économie faite d’emplois à temps partiel et de salaires de misère, pour une fraction importante et croissante de la force de travail.

     

     

     

    Ces deux partis extrêmes étant exclus d’emblée de toute coalition, et les sociaux-démocrates (démolis) ayant officiellement écarté toute reconduction de la Grosse Koalition au centre… il ne reste que deux petits partis pour faire l’appoint avec Mme Merkel.

     

    Deux formations, les Verts et les libéraux (FDP, de retour après une éclipse), en désaccord sur plusieurs sujets fondamentaux : taxation, transition énergétique, coopération européenne — mais qui devront absolument s’entendre, sinon Mme Merkel n’aura jamais sa majorité.

     

    Elle a absolument besoin des deux, car aucune autre combinaison n’existe. Et dans le système allemand, on ne fait jamais, jamais de gouvernement minoritaire homogène.

     

    Cette élection, enfin, est une mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron. Le président français rêve d’une réforme de l’Union européenne, Allemands et Français avançant main dans la main, Berlin acceptant de délier les cordons de la bourse pour consolider l’économie du continent et « fédéraliser » l’Europe.

     

    Avec une alliance CDU-Verts, c’eût été envisageable. Mais avec, dans l’équation, des libéraux intransigeants — très à droite en économie —, ce sera beaucoup plus difficile, voire impossible.

     

    Dures négociations en vue… On parle, dans la presse là-bas, de semaines et même de mois de tractations avant d’obtenir un pacte de gouvernement. La légendaire « efficacité » allemande a parfois de ces lenteurs…













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