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    Espagne: un combat antidjihadiste jusqu’alors efficace

    19 août 2017 | François Musseau - Libération - Correspondant à Madrid | Europe
    Un homme dépose une rose à la fontaine Canaletas, sur le boulevard Rambla à Barcelone, en mémoire des victimes de l’attaque de jeudi.
    Photo: Javier Soriano Agence France-Presse Un homme dépose une rose à la fontaine Canaletas, sur le boulevard Rambla à Barcelone, en mémoire des victimes de l’attaque de jeudi.

    Comment expliquer que l’Espagne, le pays le plus touché par le djihadisme en Europe avec 191 morts lors des attentats de la gare d’Atocha le 11 mars 2004, était devenue l’un des États les plus efficaces contre le terrorisme ? La question est d’autant plus délicate que, au début des années 90, la nation ibérique était la plus visée par le mouvement salafiste, à la tête duquel figurait un certain Mustapha Setmariam Nasar, Syrien ultraradical installé en Espagne.

     

    Rappelons aussi que ce pays, qui a connu au Moyen Âge une occupation musulmane pendant sept siècles baptisée « Al-Andalus », correspond dans l’imaginaire de nombreux islamistes à un territoire à « reconquérir ». La réponse à la question est complexe, mais, comme l’assure le spécialiste de la lutte antiterroriste José María Irujo, elle peut se résumer à cette phrase : « En l’espace d’une grosse décennie, l’Espagne est passée d’une nation extrêmement fragile et vulnérable à un pays plutôt bien prémuni face au terrorisme. »

     

    Au lendemain du massacre d’Atocha, en mars 2004, perpétré par des Marocains et des Tunisiens installés à Madrid ayant posé des bombes dans des trains de banlieue, les forces de sécurité sont groggy. Après avoir été mobilisées pendant trois décennies pour endiguer le terrorisme basque d’ETA, elles se rendent alors compte qu’elles ne savent rien, ou si peu, des mouvements islamistes sur leur territoire.

     

    Attentats déjoués

     

    La presse révèle que seule une demi-douzaine d’agents des services espagnols, le Centro Nacional de Inteligencia, parle l’arabe. « Depuis, les forces antiterroristes se sont mises au travail avec sérieux,confiait il y a quelques jours Fernando Reinares, spécialiste du terrorisme international à l’Institut de relations internationales Elcano. Plusieurs attentats importants ont ainsi pu être déjoués. »

     

    Les résultats ont été plutôt probants. Depuis 2004, environ 700 suspects ont été détenus, dont 140 condamnés pour « activités terroristes », et des centaines de personnes ont été expulsées du territoire avec interdiction d’y remettre les pieds pendant dix ans. D’après Elcano, quelque 3000 agents sont mobilisés pour suivre sur les réseaux sociaux les « personnes à risque », et un demi-millier seraient mises sur écoute.

     

    Le gouvernement Rajoy a récemment annoncé la nomination de 600 agents supplémentaires dans la lutte antiterroriste, dont « des personnes de culture musulmane ». Les enquêteurs espagnols disposent d’un avantage par rapport à un pays comme la France : le nombre de ressortissants nationaux ayant été combattre en Syrie est plutôt faible, environ 150, et ils sont très concentrés dans les régions de Madrid, Barcelone, Ceuta et Melilla.

     

    Plusieurs facteurs sont à l’oeuvre : le nombre réduit de « ghettos », une intégration de la communauté musulmane plus réussie que dans d’autres États européens, une xénophobie faible, une extrême droite quasi inexistante… Ce à quoi il faut ajouter une très bonne collaboration entre les services secrets espagnols et leurs homologues marocains de la Direction générale de la surveillance du territoire.













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