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    Le président Macron et la sécurité européenne

    16 mai 2017 | Frédéric Mérand - Directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) | Europe
    Emmanuel Macron est en général aligné sur les positions d'Angela Merkel.
    Photo: Bernd Von Jutrczenka / dpa via Associated Press Emmanuel Macron est en général aligné sur les positions d'Angela Merkel.

    Face à ses trois principaux rivaux, tous prorusses, Emmanuel Macron s’est présenté comme l’héritier de Charles de Gaulle et de François Mitterrand. Le nouveau président français pourra-t-il à la fois relancer le moteur franco-allemand, sauver la coopération militaire avec les Britanniques, anticiper les caprices de Donald Trump et trouver un modus vivendi avec la Russie ? Diplomates, militaires et experts débattront de ces questions avec Brian Myles ce vendredi lors de la troisième édition du Forum St-Laurent sur la sécurité internationale, organisé par les Hautes études internationales, la Chaire Raoul-Dandurand et le CERIUM.

     

    Moscou perd ses élections

     

    En 2016, Vladimir Poutine a remporté ses deux paris électoraux à l’étranger : la victoire du « non » au référendum sur le Brexit et l’élection de Trump. Certains prédisaient en 2017 un effet domino qui, en raison d’élections jugées favorables aux leaders populistes, ferait tomber l’Autriche, les Pays-Bas, la France et l’Italie dans le camp prorusse et/ou antieuropéen.

     

    L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, qui sera vraisemblablement suivie d’un gouvernement conservateur modéré aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Allemagne, renforce au contraire le camp euroatlantique. Donald Trump ayant entamé un virage à 180 degrés par rapport à ses positions de campagne prorusses et antichinoises, il ne reste plus à l’ouest que Viktor Orban, le premier ministre hongrois, pour se laisser séduire par Moscou.

     

    Jugée « obsolète » par Trump il y a six mois, l’OTAN revient ainsi au centre du jeu politique alors que l’Union européenne pousse un soupir de soulagement. Certes, le Brexit affaiblit l’UE et risque d’empoisonner les relations au sein de l’Alliance atlantique. Mais Macron, le chef d’État le plus europhile de l’histoire de la Ve République, cherchera à consolider les relations bilatérales avec la puissance nucléaire voisine tout en donnant une impulsion nouvelle aux ambitions européennes.

     

    En matière de défense, Macron a promis d’atteindre l’objectif de 2 % du PIB consacré aux dépenses militaires d’ici 2025 alors qu’Angela Merkel souhaite presque doubler les dépenses allemandes. Face à Moscou, la table est donc mise pour une unité euro-atlantique plus forte qu’on le croyait il y a un an.

     

    Mondialisme contre populisme

     

    Il ne faudrait pas croire pour autant que les nuages qui pèsent sur la sécurité européenne se sont dissipés d’un coup. La crise grecque, la poudrière ukrainienne, la dérive stratégique de la Turquie et la guerre en Syrie sont autant de problèmes non résolus qui pourraient provoquer un coup de température avec la Russie. Sans oublier les conflits de frontières ou de minorités qui, enterrés depuis 20 ans par le processus d’intégration européenne, resurgissent sous la pression des mouvements nationalistes.

     

    […]

     

    Mettant en exergue l’engagement international de la France, le multilatéralisme, l’importance de frontières ouvertes et la coopération européenne, le projet de Macron est incontestablement mondialiste. Il est aligné sur celui d’Angela Merkel et, si on fait exception de son rapprochement intéressé avec Trump, de Theresa May.

     

    Il faut toutefois s’attendre à ce que les dirigeants populistes et nationalistes finissent par gagner des élections en mobilisant le sentiment de déclassement d’une partie de la classe moyenne. De « cygne noir » — probabilité faible aux conséquences énormes —, la victoire d’une Marine Le Pen est devenue une probabilité tangible aux conséquences tout aussi importantes. Ça ne s’est pas produit en France en 2017, mais ça le pourrait en 2022. Ou en 2018 en Italie, ou en Grèce. Ou si une faction conservatrice hostile à un accord raisonnable sur le Brexit délogeait May en 2020.

     

    Jusqu’ici, les deux États européens dirigés par des national-populistes, la Hongrie et la Pologne, restent isolés. Mais lorsque ceux-ci dirigeront 5 ou 10 pays, dans un voisinage qui inclut la Turquie d’Erdogan, la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump, l’exceptionnelle stabilité qu’ont vécue les Européens (exception faite de la Yougoslavie) depuis 1989 ne pourra plus être tenue pour acquise.

     

    À quoi ressemblera cette géopolitique déchirée entre mondialistes et populistes ? Si le populisme a une politique étrangère, elle se résume à trois piliers : le protectionnisme économique, une conception sourcilleuse des frontières et la russophilie politique. Pour défendre le « peuple », toutes les forces populistes, de droite comme de gauche, souhaitent une forme ou une autre de « démondialisation ». Par rejet des élites, elles prennent le parti de Moscou contre celui de Washington.

     

    Sur le plan national, il ne fait aucun doute que l’intégration régionale a créé des gagnants et des perdants. Le populisme se nourrit de cette dynamique. Mais à l’échelle du continent, l’Union européenne et l’OTAN ont apaisé les relations entre les vieilles nations européennes, euphémisé les conflits identitaires, transformé les frontières en mobilités et plus généralement atténué le dilemme de sécurité en accroissant l’interdépendance.

     

    La montée du nationalisme et du populisme fragilise cette construction puisque chaque forme d’interdépendance peut être transformée en source de mobilisation politique contre l’étranger. Avec des conséquences sur la sécurité européenne dont on a du mal à imaginer qu’elles puissent être positives.

     

    Organisé par l’Institut des Hautes études internationales de l’Université Laval, la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM et le CERIUM, en partenariat avec Le Devoir, le Forum St-Laurent sur la sécurité internationale aura lieu au Centre des sciences de Montréal le 19 mai prochain. Pour s’inscrire : www.fsl.quebec













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