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    Macron au front des législatives françaises

    Après avoir dynamité la gauche, le nouveau président fera-t-il exploser la droite?

    13 mai 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe

    Tous les experts avaient prédit que le prochain quinquennat d’Emmanuel Macron se jouerait dès les premiers mois, voire les premières semaines. Il pourrait se jouer dans les jours qui viennent. D’ici mercredi, on devrait en effet savoir si le plus jeune président de la Ve République sera en mesure d’obtenir une majorité à la chambre ou s’il devra passer son mandat comme François Hollande à en quémander une à la carte.

     

    En faisant connaître jeudi dernier 428 des 577 candidats qu’il présentera aux élections législatives sous la bannière La République en marche, le nouveau président confirme que la première étape de cette conquête du pouvoir est déjà franchie. L’ancien ministre de François Hollande a déjà fait exploser la gauche. Reste à savoir s’il pourra diviser la droite. C’est pourquoi il réserve sa décision dans 146 circonscriptions minutieusement choisies, mettant ainsi un couteau sur la gorge de nombreux élus de l’aile la plus modérée de la droite. Mais l’opération s’annonce plus rude que prévu.

     

    OPA sur la gauche

     

    S’il fallait encore en convaincre certains qu’Emmanuel Macron était le fils spirituel de François Hollande, les derniers jours en auront fourni la preuve. Non seulement les deux hommes ont-ils redoublé d’amabilités, Hollande se faisant même paternaliste, mais la liste des candidats révélée jeudi laisse entrevoir un réel penchant à gauche. Certes, le nouveau président ne récupère, pour l’instant, qu’une trentaine d’élus socialistes qui ont sauté le pas. Sauf que, parmi la moitié des candidats dits de la société civile, on trouve nombre de membres de cabinets ou d’anciens conseillers nettement marqués à gauche.

     

    Emmanuel Macron récupère même quelques-unes des jeunes têtes pensantes de la Hollandie. Comme Gaspard Gantzer, le propre conseiller en communication de François Hollande. Macron et Gantzer sont d’ailleurs issus de la même promotion de l’École nationale d’administration (ENA). Ce dernier a finalement refusé l’investiture à Rennes face aux accusations de parachutage. Mais il en réclame une à Paris. Vendredi, La République en marche se montrait aussi prête à investir les anciens ministres Stéphane Le Foll, Myriam El Komri, Marisol Touraine et Jean-Marie Le Guen s’ils abandonnaient l’étiquette du Parti socialiste (PS). Ces noms s’ajoutent évidemment au rallié de la première heure, le ministre de la Défense Jean-Claude Le Drian.

     

    La droite explosera-t-elle ?

     

    C’est donc à droite que tout se jouera dans les jours qui viennent. En affirmant qu’il continue « à approfondir un certain nombre de travaux » afin de permettre d’ici mercredi la poursuite de « la recomposition du paysage politique », le bras droit d’Emmanuel Macron, Richard Ferran, disait à mots à peine couverts qu’il se donnait encore quelques jours pour faire exploser la droite. L’opération est habilement menée. Elle consiste à ne pas présenter de candidats, pour l’instant, contre les proches de l’ancien premier ministre Alain Juppé qui pourraient se rallier à Macron. Parmi eux, on trouve Benoist Apparu, Thierry Solère, Arnaud Robinet, Franck Riester et Gilles Boyer.

     

    La forteresse des Républicains tiendra-t-elle comme l’affirme François Barouin, qui mène la campagne des législatives ? Ou est-elle « condamnée à moyen terme » comme le dit l’ancien républicain le sénateur Jean-Baptiste Le Moyne ? Selon le magazine L’Express, Macron et Juppé ont été en contact à plusieurs reprises. L’objectif avoué serait de « faire basculer un bloc entier de la droite pour la faire exploser », confiait au quotidien Le Monde un proche du futur président. En ligne de mire, il y aurait entre 20 et 30 députés de la droite modérée qui pourraient passer dans la majorité présidentielle. Alain Juppé a cependant démenti tout accord avec Macron.

     

    Selon certaines sources, ces élus n’attendraient que la nomination du premier ministre qui interviendra dimanche ou lundi. Le ralliement des juppéistes aurait en effet pour condition la nomination à ce poste d’une personnalité issue de la droite. Les noms qui circulent le plus ces jours-ci sont ceux du jeune maire LR du Havre, Édouard Philippe, de la députée européenne centriste Sylvie Goulard, ou encore de l’ancienne secrétaire d’État d’Alain Juppé Anne-Marie Idrac.

     

    Chez Les Républicains (LR), on se montre pourtant très confiant. Et l’on fait remarquer que, malgré les rumeurs, le nouveau président n’a toujours pas attiré dans ses filets un seul gros poisson issu de la droite. Seul le candidat défait à la primaire Bruno Lemaire a ouvertement fait une offre de service. On sait par ailleurs qu’il est en difficulté dans sa circonscription. Or, François Barouin l’a menacé de présenter un candidat contre lui si jamais il se ralliait au nouveau président.

     

    Plusieurs médias français évoquent un coup de poker. « Pour Macron, l’opération est plus difficile que prévu, souligne le politologue Dominique Reynié, directeur de la Fondapol. Pour l’instant, on peut dire que la droite tient bon. » Courtisé depuis longtemps, le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, élu contre le FN grâce au vote socialiste, a récemment refusé les propositions d’Emmanuel Macron.

     

    L’ancien ministre a même confié au Figaro avoir « servi d’écran de fumée » au nouveau président afin d’« entretenir le doute » sur sa fidélité à l’égard des Républicains pendant que des négociations se poursuivaient avec d’autres personnalités de la droite. D’ailleurs, le ton monte déjà envers certaines. Alors qu’aucun candidat n’avait été investi dans sa circonscription, l’ancienne ministre LR Nathalie Kosciusko-Morizet a appris vendredi qu’on en avait nommé un. Tout cela, en moins de deux heures.

     

    Bayrou en colère

     

    Est-ce parce qu’il est convaincu de rallier un large contingent de députés de droite que Macron se permet un premier couac avec son allié François Bayrou ? Au lieu des 120 circonscriptions auxquelles il disait s’attendre, le MoDem n’en a obtenu pour l’instant que 38. Or, le leader centriste qui a rallié Emmanuel Macron alors qu’il plafonnait dans les sondages autour de 18 %, estime que sans lui, il n’aurait jamais obtenu les 5 % supplémentaires qui ont assuré sa première place au premier tour.

     

    François Bayrou, qui réunissait le bureau politique du MoDem vendredi soir, a même évoqué dans le quotidien Le Monde « une manipulation en faveur du PS ». Les porte-parole de La République en marche invoquent plutôt le manque de candidats de qualité proposés par le MoDem. Il semble cependant que plusieurs candidats du MoDem ont été retirés de la liste à la dernière minute afin de laisser place à des ralliements socialistes ou républicains.

     

    Avec seulement 35 candidats, dont certains dans des circonscriptions difficiles, le MoDem risquerait de ne pas être reconnu à l’Assemblée nationale. Pour cela, il faut au moins 15 élus. Les enjeux financiers sont aussi de taille. Le financement des partis est en effet lié au nombre d’élus, mais aussi au nombre de voix recueillies dans l’ensemble des circonscriptions où un parti présente un candidat.

     

    Un choix décisif

     

    « S’il se trompe de premier ministre, Emmanuel Macron loupe son quinquennat. C’est une opération fondatrice », tranche Dominique Reynié. De ce choix pourra dépendre sa capacité à rallier des élus de droite et de se présenter à l’élection législative comme autre chose que la réincarnation du PS.

     

    En attendant, l’effet Macron provoqué par l’élection de dimanche dernier n’a pas tardé à se faire sentir dans les sondages. Selon la dernière enquête publiée par Ouest France, 29 % des Français voteraient pour La République en marche, contre 20 % pour Les Républicains et 20 % aussi pour le Front national. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon suit avec 14 % et le PS avec 7 %. Mais tous ces calculs pourraient bien être caducs dans quelques jours à peine. Dès qu’on saura le nom du premier ministre.

     

    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.












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