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    L’inatteignable étoile

    Ouf ! Le soupir de soulagement était pratiquement audible, dimanche dernier, à la suite de la haletante présidentielle française. D’un côté de l’Atlantique comme de l’autre, on applaudit celui qui vient de sauver la France des méandres du nationalisme blanc, étriqué et xénophobe. L’honneur est sauf, l’espoir renaît, l’extrême droite refoule, l’Europe revit.

     

    Mais ne nous emballons pas trop vite. Emmanuel Macron n’a rien fait, pour l’instant, qui change quoi que ce soit aux phénomènes qui, tant à gauche qu’à droite, inquiètent. Il a seulement réussi à «?planter?» tous ceux qui avaient énormément plus d’expérience que lui. En ce sens, il a largement profité du cynisme qui pourrit la politique aujourd’hui. Mais pour ce qui est de sa promesse phare, celle qui, à l’instar de Barack Obama en 2008, fait mouiller les yeux et vibrer les médias, celle de la mythique réconciliation gauche-droite, des élites et des laissés-pour-compte, de la finance et de l’écologie, aussi bien le dire tout de suite : c’est de la poudre aux yeux.

     

    Il y a deux grandes questions qui occupent aujourd’hui la vie politique, pas seulement en France, mais partout en Europe et en Amérique du Nord. La mondialisation, dont on commence juste à comprendre l’aspect toxique, et l’immigration, qui, même dans des pays qui en ont fait un fleuron national, comme les États-Unis et le Canada, n’est pas sans susciter des relents chauvins troublants. La colère de l’homme blanc, celle qui nous a donné l’invraisemblable Donald Trump et l’impensable Brexit, est issue directement d’une combinaison de ces deux phénomènes.

     

    Or, si immigration et mondialisation sont incontestablement les phénomènes de l’heure, l’élection d’un homme dit « de centre » ne change rien aux tensions qui en découlent. D’abord, ces deux grandes questions ne divisent pas les forces politiques simplement en deux : ceux qui sont pour le libre-échange et l’immigration, comme Macron, et ceux qui sont contre, comme Le Pen. Comme l’explique le politicologue français Thomas Guénolé, ces deux phénomènes redécoupent les systèmes politiques aujourd’hui en quatre grands blocs.

     

    D’abord, il y a les libéraux, ceux qui, comme Macron, Trudeau, Obama et Hillary Clinton, sont promondialisation et pro-immigration. Deuxièmement, on trouve les conservateurs, ceux qui, comme les Tories au Royaume-Uni, les républicains aux États-Unis ou le PCC au Canada, sont promondialisation mais anti-immigration. Ensuite, il y a les socialistes, les Bernie Sanders, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon… qui sont contre la mondialisation « sauvage » mais pour les minorités. Finalement, vient le tout nouveau « bloc xénophobe », comprenant ceux qui, comme Donald Trump, Nigel Farage et Marine Le Pen, sont contre la mondialisation et contre les minorités.

     

    Dans l’épique combat pour la présidentielle française, il était tentant de voir le candidat pro-Europe et pro-immigration comme l’homme de l’espoir et du bond en avant. En politique, mieux vaut être « pour » que « contre », parler de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous divise. Macron était tout ça (en plus d’être jeune, photogénique et tout neuf sur la scène politique) alors que Le Pen incarnait exactement le contraire : le ressentiment, la négativité et le retour en arrière. Mais la réalité est en fait plus compliquée.

     

     

    Comme le démontrent les blocs politiques de Guénolé, derrière la devanture fort agréable d’En marche ! grouillent un ressentiment et une colère comparables à ce qui nourrit le mouvement de Marine Le Pen. La position favorable à l’Europe est un bon exemple. Trente ans après sa création, on voit deux visages très distincts se profiler à l’intérieur de l’Union européenne. L’un est lié à la libre circulation des personnes, c’est le visage de la compassion et de la solidarité. C’est Angela Merkel qui ouvre les bras à 80 000 réfugiés syriens. Le second, lié à la libre circulation des biens, est autrement plus dur, plus conservateur. C’est la même Merkel qui tort ici le bras de Syriza, en Grèce, pour qu’il accepte les mesures d’austérité, clairement impassible devant la misère humaine et la dévastation économique que ces mesures ont créées.

     

    Loin de réaliser une « révolution », Emmanuel Macron est d’abord et avant tout l’homme du statu quo économique, qui ne fera qu’alimenter la grogne de ceux qui regardent, impuissants, les élites et les multinationales dicter les règles du jeu. Ou, comme le dit un membre du Parti socialiste, Guillaume Balas, « les classes dirigeantes ont trouvé un instrument formidable pour assurer la continuité de leur pouvoir dans un moment de trouble immense ».

     

    Attendez-vous à ce que les casseroles reprennent du service.













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