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    Embellie en Europe

    Depuis le référendum britannique sur le retrait de l’Union européenne, je suis de ceux qui croient que le Brexit est une excellente nouvelle non seulement pour l’Europe, mais pour l’avenir du français sur ce continent.

     

    D’abord parce que, historiquement, les Britanniques se sont toujours ingéniés à saboter le projet européen. Leur retrait ne peut donc que renforcer l’Union européenne, a fortiori si les pays membres profitent de cette embellie soudaine pour régler un certain nombre de problèmes.

     

    Par le plus grand des hasards, l’ère Macron débute un 8 mai, qui marque la fin de la Seconde Guerre mondiale — cette tragédie en deux actes à l’origine du projet européen. Ce 8 mai est un grand jour pour l’Europe, car cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu un président français aussi europhile et avec une volonté aussi affichée de l’améliorer.

     

    Le vide créé par le Brexit profitera également à la langue française. Certes, leur sortie ne signifiera pas l’effacement de l’anglais en Europe. Après tout, les données d’Eurostat montrent que 97 % des 17 millions de jeunes européens de 11 à 15 ans apprennent l’anglais. Depuis 1998, la Banque centrale européenne ne fonctionne qu’en anglais alors que le Royaume-Uni n’a jamais voulu de l’euro.

     

    C’est sur le plan des institutions européennes que la position du français est appelée à changer le plus vite. Et cela a déjà commencé, informellement. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a déjà annoncé que l’anglais reculerait à l’Union européenne. Comme le seul pays européen anglophone sera la petite Irlande, il serait étonnant que l’anglais conserve longtemps son statut parmi les trois langues de travail officielles de la Commission européenne.

     

    D’ailleurs, l’anglais n’avait pas réussi à effacer le français de l’administration européenne. Il demeure majoritaire parmi les fonctionnaires des trois capitales de l’Europe (Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg), en pays francophones. Depuis toujours le français est la langue de délibération de la Cour de justice de l’UE et langue de travail à la Cour des comptes.

     

    Et il ne faut pas sous-estimer le fait que, sur le plan diplomatique, la Francophonie fournira à l’Europe sa plus grosse tribune multilatérale en dehors de l’ONU — le retrait britannique signifie que le Commonwealth ne peut plus jouer ce rôle.

     

    Hormis le Brexit, d’autres facteurs externes contribueront à renforcer le français.

     

    Ainsi, l’Institut de conjoncture économique allemand à Cologne prévoit que la France supplantera l’Allemagne sur le plan économique au plus tard en 2035, grâce à sa croissance démographique. À l’horizon de 2050, la population française aura rejoint celle de l’Allemagne, qui doit gérer une décroissance.

     

    La réunification allemande de 1989, en augmentant la population d’un coup de 25 %, avait soudainement modifié l’équilibre européen en faveur de l’Allemagne. D’ici 30 ans, la France l’aura rattrapé par son seul dynamisme démographique — un dynamisme que les démographes ne s’expliquent guère mieux que cet autre grand mystère de l’histoire européenne (le déclin démographique de France entre 1750 et 1945).

     

    L’Europe francophone

     

    L’autre facteur qui conspirera à favoriser le français dans les instances européennes, c’est que l’Europe est beaucoup plus francophone qu’on le croit en général. Selon les données, cela peut varier entre le quart et les deux tiers.

     

    Au total, ce sont 132 millions d’Européens qui parlent le français, soit le quart de la population de l’Union européenne. Mais le nombre de locuteurs n’est pas la seule donnée qui compte. Ainsi, six millions d’élèves européens de 11 à 15 ans apprennent le français comme langue étrangère — soit 34 %. La troisième place revient à l’allemand, à 23 %.

     

    La répartition par pays est une autre donnée importante. Le français est pratiqué par plus de 10 % de la population dans 13 pays de l’Union européenne, dont l’Autriche, l’Allemagne, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suède. Si on y ajoute les quatre autres où il est pratiqué entre 5 et 9 % (Roumanie, Chypre, Grèce et Danemark), on en arrive à 17 des 28 de l’Union européenne.

     

    Si on considère l’Europe francophone sous l’angle de la Francophonie institutionnelle, 8 pays sur 28 sont membres officiels ou associés de l’OIF (Belgique, Bulgarie, Chypre, Estonie, France, Grèce, Luxembourg, Roumanie). Mais 10 ont le statut de pays observateurs, dont l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, et la République tchèque, pour ne citer que les principaux. Donc, selon la définition, 8 ou 18 des 28 pays membres de l’Union européenne sont francophones.

     

    Et encore, je ne compte pas ici les sept pays européens qui sont membres formels de l’OIF sans être membres de l’Union européenne, comme la Suisse, mais aussi, l’Albanie, Andorre, l’Arménie, l’ex-République yougoslave de Macédoine, la Moldavie, Monaco.

     

    Bref, qui a dit que le français était fini en Europe ?













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