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    présidentielle française

    La remontée de Jean-Luc Mélenchon

    Le candidat de la France insoumise talonne désormais Fillon

    15 avril 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe
    Mercredi, la campagne de Jean-Luc Mélenchon a fait un arrêt dans la ville de Lille.
    Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Mercredi, la campagne de Jean-Luc Mélenchon a fait un arrêt dans la ville de Lille.

    La France serait-elle sur le point de troquer l’Union européenne et l’OTAN pour l’Alliance bolivarienne ? Si le candidat d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon prêche la sortie des traités européens actuels et de l’OTAN, il propose sérieusement d’adhérer à l’Alliance bolivarienne. Une alliance économique créée pour faire concurrence à l’ALENA et dont les principaux pays membres sont Cuba et le Venezuela.

     

    Interpellés sur les plateaux de télévision cette semaine, deux des porte-parole de Jean-Luc Mélenchon n’ont pas vraiment su comment défendre cette proposition pourtant inscrite en noir et blanc dans l’article 62 du programme du candidat de la France insoumise. Tant que Jean-Luc Mélenchon traînait dans les sondages autour de 10 %, de nombreux points de son programme demeuraient dans l’ombre. Maintenant qu’il joue dans la cour des grands et qu’il talonne François Fillon, derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les projecteurs se braquent sur ce vieil adversaire de la social-démocratie.

     

    Sa progression est telle que plusieurs se sont demandé si le second tour de cette élection présidentielle imprévisible ne pourrait pas opposer deux candidats populistes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La question a obligé cette semaine le président François Hollande à sortir de sa réserve en dénonçant « la falsification qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». Ce scénario apocalyptique donne aussi froid dans le dos aux milieux économiques. Le secrétaire général de la CFDT (Confédération française démocratique du travail), Laurent Berger, dit ne partager aucune des positions de Mélenchon, dont la vision est, dit-il, « assez totalitaire ». Le représentant des patrons français (Medef), Pierre Gattaz, évoque une « catastrophe absolue ». Son programme, qui propose de confisquer tous les revenus dépassant 400 000 euros, est « un cocktail détonnant de hausse massive de la dépense publique (200 milliards d’euros) et des impôts (85 milliards d’euros) », écrit le quotidien économique Les Échos. Sur un ton plus humoristique, le directeur adjoint du Figaro a surnommé le candidat « Maximilien Ilitch Mélenchon », en référence à Robespierre et à Lénine.

     

    Une chose est certaine, l’ancien militant trotskiste rallié à François Mitterrand vit son heure de gloire. Porté par son aisance dans les débats télévisés, depuis deux semaines, cet ancien ministre délégué à la Formation professionnelle dans le gouvernement de Lionel Jospin jouit d’une popularité inespérée. Sa gouaille et son ton de patriarche bienveillant suscitent une sympathie spontanée. Celui que le candidat de la primaire socialiste, Benoît Hamon, invitait à se rallier à lui tient aujourd’hui la dragée haute aux socialistes avec lesquels il est en guerre depuis une décennie.

     

    Pour tous les analystes, la première raison de ce succès inespéré est l’implosion du Parti socialiste. Alors que la gauche de gouvernement s’est ralliée à Emmanuel Macron, le triomphe des frondeurs aux primaires a précipité la crise. Certains oiseaux de malheur, comme le journaliste Éric Zemmour, prédisent même à Benoît Hamon, chantre du revenu universel, un score semblable à celui du socialiste Gaston Defferre en 1969, autour de 5 %.

    Au populisme de droite, il faut opposer un populisme de gauche
    François Ruffin, réalisateur de «Merci patron!»
     

    Populisme à gauche

     

    Mélenchon est-il un populiste de gauche ? Cela ne semble pas faire de doute. D’ailleurs, certains le revendiquent. « Au populisme de droite, il faut opposer un populisme de gauche », dit François Ruffin, le réalisateur de l’excellent documentaire Merci patron !, qui illustre les conséquences d’une fermeture d’usine près de Valenciennes. Si Jean-Luc Mélenchon n’a pas beaucoup modifié son programme, il a considérablement remodelé son image. Finis les fonds rouges sur ses affiches, ainsi que « le bruit et la fureur » qu’il invoquait à tout propos pendant la campagne de 2012. Le voilà qui cite plus souvent de Gaulle et Victor Hugo que son idole d’antan, Hugo Chávez. Les drapeaux français ont même fait leur apparition dans ses assemblées. Et le candidat s’est mis au quinoa pour perdre quelques kilos.

     

    Les experts se souviennent pourtant que l’« effet Mélenchon » n’est pas nouveau. En 2012, le candidat était en effet monté jusqu’à 17 % d’intentions de vote. Cela ne l’avait pas empêché de finir à 11 % au premier tour. Un score plutôt honorable. Certains incriminent son dernier discours à Marseille, où il s’était montré ouvert à l’immigration. Un sujet qui ne passe pas dans les milieux populaires et sur lequel il est aujourd’hui plus discret.

     

    Le vote utile

     

    En ira-t-il de même cette fois ? Cinq ans plus tard, les conditions sont très différentes. Jamais une campagne présidentielle n’a compté autant d’indécis à une semaine du premier tour. Jamais le vote n’a été aussi éclaté à gauche. « Pour la première fois sous la Cinquième République, le Parti socialiste semble se voir confisquer, par la candidature de Jean-Luc Mélenchon, le “vote utile” de gauche », écrivent Chloé Morin et Esteban Pratviel sur le site de la Fondation Jean Jaurès, un think tank proche du PS. Pour autant, ces experts jugent « peu probable » un second tour entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Une analyse détaillée des intentions de vote les amène à conclure qu’Emmanuel Macron et François Fillon jouissent tous de deux de marges de progression beaucoup plus importantes que Mélenchon.

     

    La progression du leader de la France insoumise vient en effet essentiellement de l’échec de la campagne de Benoît Hamon. C’est chez les électeurs du PS qui n’ont pas rallié Emmanuel Macron que Jean-Luc Mélenchon recrute l’essentiel de ses nouveaux soutiens. Ce qui ne l’empêche pas d’obtenir d’étonnants éloges. Dans l’hebdomadaire d’extrême droite Minute, Jean-Marie Le Pen a vanté un homme qui, à son image, « s’est révélé un orateur public de qualité ».

     

    À 65 ans, Jean-Luc Mélenchon fait probablement sa dernière campagne. Son assemblée de Dijon, mardi prochain, sera retransmise en hologramme dans six autres villes. Un artifice technique qui fait le buzz chez tous les passionnés de technologie, mais qui ne garantit pas de passer le cap du premier tour.

     

    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.












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