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    Primaire de la droite en France

    La voix des Français de l’Amérique du Nord

    26 novembre 2016 |Annabelle Caillou | Europe
    Si seul le vote des Français résidant en Amérique du Nord avait été comptabilisé, Alain Juppé aurait obtenu la majorité absolue au premier tour de la primaire de la droite.
    Photo: Éric Feferberg Agence France-Presse Si seul le vote des Français résidant en Amérique du Nord avait été comptabilisé, Alain Juppé aurait obtenu la majorité absolue au premier tour de la primaire de la droite.

    Expatriés au Canada pour le travail, les études, ou en quête d’une nouvelle vie, les Français n’ont pas pour autant oublié leur mère patrie. Ils sont plus de 2500 à s’être inscrits pour voter à la primaire de la droite française, en vue de la présidentielle de 2017. Bien plus qu’un devoir de citoyen, voter semble pour certains un moyen de rester proche de leur pays d’origine.

     

    Installé au Québec depuis 2009, Christophe Deschamps, 35 ans, a refait sa vie de ce côté-ci de l’Atlantique et jure qu’il ne fera jamais demi-tour. Cela ne l’empêche pas de continuer à participer à la politique française. Il a même créé un comité de soutien au candidat Alain Juppé à Montréal. « Ce qui se passe en France, ça nous touche. Ça reste l’endroit d’où on vient, où vivent nos proches. »

     

    Selon lui, les Français ne se sentent plus en sécurité face à la menace terroriste des dernières années, et la situation économique et sociale laisse à désirer. « Quand on rentre, on retrouve des Français stressés, aigris, tristes, alors on veut les aider en votant pour la personne qui améliorera leur vie. »

     

    Une opinion que partage Romain Vignol, installé au Québec depuis ses 14 ans. « Toutes les voix comptent et je veux participer au futur de la France », souligne-t-il, considérant sa participation démocratique comme primordiale. Étudiant à l’Université Laval, le jeune homme de 21 ans, qui soutient quant à lui François Fillon, n’exclut pas de retourner s’installer un jour dans l’Hexagone.

     

    Une campagne numérique

     

    En période électorale, il est difficile de rejoindre tous les Français sur le territoire canadien, estime le délégué des républicains au Canada, Michaël Pilater. Si le porte-à-porte et les appels téléphoniques sont encore de mise, les réseaux sociaux et les courriels sont la « nouvelle façon de faire de la politique », d’après lui.

     

    À Montréal, les militants derrière Nicolas Sarkozy et Alain Juppé l’ont vite compris. « On a tout misé sur les réseaux sociaux pour diffuser nos événements : rencontres avec des membres du parti, diffusion des débats », précise le président du comité de soutien d’Alain Juppé, Christophe Deschamps.

     

    Fervent défenseur des idées de François Fillon, Romain Vignol se dit déçu du manque de visibilité du comité de soutien pour son candidat au Québec. Il pense que cela a eu une influence sur les résultats du premier tour. Si François Fillon a réussi à séduire 44,1 % des électeurs qui ont voté en France, en Amérique du Nord il est arrivé deuxième avec 33,32 % des voix, derrière Alain Juppé (47,44 %). Ce dernier a même remporté une majorité absolue au Canada, avec 52,71 % des voix, laissant François Fillon loin derrière avec 27,6 %.

     

    D’après David Morin, professeur en sciences politiques à l’Université de Sherbrooke, le passé d’Alain Juppé au Québec entre aussi en ligne de compte. Ce dernier se déplace souvent dans la province, où il a même vécu pendant un an pour enseigner à l’ENAP. Mais ce sont surtout ses idées politiques plus centristes qui ont interpellé les électeurs, croit l’expert. « Historiquement, les Français ici votent plus à gauche que leurs concitoyens de la métropole. »

      

    4 298 097 Français ont voté au premier tour. En Amérique du Nord ils étaient 7871 à se prévaloir de leur vote, dont 2214 au Canada.

     

    Mobilisation croissante

     

    Selon M. Morin, l’électorat français à l’étranger n’est pas négligeable. Le gouvernement estime qu’environ 2,5 millions de Français vivent à l’étranger, dont 1,2 million sont inscrits auprès des consulats. À lui seul, le Canada en comptait 92 116 en 2015. Ils ne sont pourtant que 2214 à avoir participé au premier tour de la primaire des républicains. « Sans oublier que près d’un Français sur deux ne s’inscrit pas, on estime qu’ils sont environ 150 000 au Canada », soutient Michael Pilater.


    « Beaucoup d’expatriés se sentent peu concernés par les politiques françaises, qui ne touchent plus leur quotidien. Ils ont même l’impression que leur vote n’aura pas d’impact », explique David Morin. Le penchant politique plus à gauche des Français installés à l'étranger, et particulièrement au Canada, est aussi un facteur explicatif, selon lui.

     

    Pourtant, ils étaient seulement 7000 à avoir voter à l'étranger pour la primaire socialiste de 2011, rappelle le député de la circonscription, Frédéric Lefebvre. Pour la primaire de la droite française, 58 472 personnes se sont inscrites.

     

    Le professeur à l’Université de Montréal Frédéric Mérand croit qu’une partie de l’électorat de gauche s’est aussi exprimée pour cette primaire. « Le candidat choisi se retrouvera sûrement face à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. C’est une façon pour eux de faire valoir leur vote contre le Front national. Pour beaucoup, c’était aussi l’occasion d’éliminer Nicolas Sarkozy. »

     

    Vote électronique

     

    Pour David Morin, ce regain d’intérêt est attribuable au vote électronique, une première pour une primaire. Le système a pourtant connu quelques failles. Les électeurs intéressés devaient s’inscrire avant le 16 octobre, une date trop éloignée du vote, aux yeux de Frédéric Lefebvre. « Beaucoup de personnes étaient frustrées de ne pas avoir eu le temps de s’inscrire. Je continuais de recevoir des messages même après cette date », précise-t-il.

     

    Certains ont aussi eu des difficultés au moment de payer par carte les 4 euros (2 euros par tour) requis. « Ça ne fonctionnait pas avec toutes les cartes. Certains ont dû s’arranger avec leur famille en France », déplore le député. À l’ouverture du vote en ligne, samedi passé, la plateforme était de plus inaccessible pendant la première heure et demie. « On espère que le deuxième tour [prévu le 27 novembre en France et du samedi au dimanche pour les Français qui votent en Amérique du Nord] se déroulera sans problème. »

     

    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.












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