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    La France, championne de la toponymie

    Une tradition nourrie par des années de réflexion et d’éducation

    7 mai 2016 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe
    L’ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi (à droite) et le maire de Béziers, Raymond Couderc, posent avec l’ancienne plaque de la «rue de la Juiverie», dénomination jugée discriminatoire pour une ville qui s’engorgueillit d’une tradition d’intégration des juifs, qu’ils ont rebaptisée «rue de la Petite Jérusalem» en 2001, à Béziers.
    Photo: dominique faget agence france-presse L’ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi (à droite) et le maire de Béziers, Raymond Couderc, posent avec l’ancienne plaque de la «rue de la Juiverie», dénomination jugée discriminatoire pour une ville qui s’engorgueillit d’une tradition d’intégration des juifs, qu’ils ont rebaptisée «rue de la Petite Jérusalem» en 2001, à Béziers.

    Le « Grand-Est » et les « Hauts-de-France » ! Nombre de Français ont eu l’impression qu’on ne s’était pas beaucoup creusé les méninges pour désigner ainsi deux des nouvelles régions françaises issues d’une réforme récente.

     

    Il arrive en effet que, pour ne mécontenter personne, la toponymie se contente du plus petit dénominateur commun. Mais ces exemples ne devraient pas faire oublier que la France compte certainement parmi les champions de la toponymie.

     

    Savez-vous qui sont Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau et François-Nicolas-Benoît Haxo ? Rien de plus facile puisque les plaques des rues qui portent leur nom à Paris indiquent, comme dans la plupart des villes de France, que le premier a été député de l’Assemblée nationale et le second général de Napoléon. S’y trouvent aussi leurs dates de naissance et de décès. Il en va de même pour les illustres inconnus comme pour les plus célèbres.

     

    Première destination touristique du monde, la France est probablement le champion mondial des plaques qui indiquent, qui l’origine du nom d’une rue, qui le lieu de naissance d’un grand personnage, qui le nombre des enfants juifs déportés dans chaque école parisienne. À Paris seulement, on en compte 1553, dont plus de 600 concernent la dernière guerre.

     

    Après l’attentat contre Charlie Hebdo, il n’aura fallu qu’un an pour qu’une plaque soit apposée sur l’immeuble où se trouvait le siège du journal. En France, les premiers dictionnaires toponymiques départementaux datent de 1860. Le premier dictionnaire national fut rédigé par Auguste Longnon en 1920.

     

    Avec le temps, les choix de toponymes ont évolué. Au Moyen Âge, les dénominations répondaient plutôt à une logique fonctionnelle du genre « place de l’Église » ou « place du Marché ». Les noms des grands de la noblesse apparaissent à la Renaissance. La Révolution française a parfaitement compris l’importance de la toponymie dans le façonnement d’une identité. Les places de la Nation et de la République se sont alors multipliées partout dans le pays.

     

    Des enjeux politiques

     

    Avec un succès variable, les révolutionnaires en profitèrent pour débaptiser nombre de lieux associés à l’Église et à la monarchie. Quelques-uns poussèrent le ridicule jusqu’à rebaptiser la ville de Grenoble du nom de « Grelibre », qui sonnait mieux à leur oreille. Les anciens noms reviendront souvent, à la faveur du bon sens, mais aussi de la Restauration. Au XXe siècle, c’est l’éclectisme qui est au rendez-vous, avec la multiplication des noms étrangers, comme la place de l’Europe ou la place du Japon.

     

    Les régions soucieuses

     

    Depuis quelques décennies, la Commission nationale de toponymie accorde une attention particulière à recenser les lieux-dits afin de ne pas perdre des noms qui remontent souvent à l’Antiquité et au Moyen Âge. Comme pour les noms autochtones au Québec, la toponymie française est souvent scrutée de près par les régions soucieuses de préserver leur identité propre. La Corse, l’Alsace et la Bretagne, où les inscriptions sont souvent bilingues, veillent tout particulièrement à la préservation des noms liés à leur histoire.

     

    La Commission nationale de toponymie a d’ailleurs signé une entente avec la Commission de toponymie du Québec. Cette collaboration a permis de former des experts dans les pays de la Francophonie et donné naissance à la base de données Le tour du monde en français, qui permet de trouver la graphie recommandée en français pour des centaines de toponymes partout dans le monde.

     

    Comme ailleurs, il n’est pas rare que la toponymie devienne le lieu de combats politiques. À la fin des années 1990, la ville de Vitrolles, alors conquise par le Front national, avait débaptisé plusieurs rues et lieux, dont la place Nelson-Mandela rebaptisée place de Provence.

     

    Malgré les hauts cris des historiens, on a renommé la rue de la Juiverie à Béziers et le quartier de la Négresse à Biarritz. En 2013, la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, a aussi nommé une cinquantaine de lieux du nom de femmes célèbres afin de combler le déficit en la matière.

     

    Mais l’intelligence n’est pas toujours au rendez-vous. En 1999, l’entreprise américaine Icare, qui s’installait dans la petite ville de Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord-Pas-de-Calais, avait fait pression pour rebaptiser la rue Gay-Lussac (du nom d’un grand chimiste français). Elle craignait que ses clients n’associent son entreprise aux… homosexuels !

    ***

    Pour lire tout notre dossier:

    101, rue de l’Amnésie collective

    Des toponymes à longue portée

    Plein de vides toponymiques à combler

    L’ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi (à droite) et le maire de Béziers, Raymond Couderc, posent avec l’ancienne plaque de la «rue de la Juiverie», dénomination jugée discriminatoire pour une ville qui s’engorgueillit d’une tradition d’intégration des juifs, qu’ils ont rebaptisée «rue de la Petite Jérusalem» en 2001, à Béziers. Place de Rivoli à Paris. Son nom rappelle celui d’une ville italienne, siège d’une victoire remportée par Napoléon Bonaparte sur l’Autriche en 1797.












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