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    La Belgique, foyer du djihadisme

    Entre salafisme militant, trafic d’armes, administration inefficace et pauvreté, un écosystème favorable a fait germer le terrorisme islamiste au coeur du royaume

    26 mars 2016 |Marie-Béatrice Baudet - Le Monde | Europe
    La Grande Mosquée du cinquantenaire, construite en plein cœur de Bruxelles, signe de l’influence massive de l’Arabie saoudite, qui l’a financée à la fin des années 1960, et de son islam radical et conservateur.
    Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse La Grande Mosquée du cinquantenaire, construite en plein cœur de Bruxelles, signe de l’influence massive de l’Arabie saoudite, qui l’a financée à la fin des années 1960, et de son islam radical et conservateur.
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.

    Consulter notre dossier sur les attentats de Bruxelles

    Tenter de comprendre pourquoi la Belgique est devenue aujourd’hui l’un des foyers européens du terrorisme revient à examiner chaque pièce d’un puzzle.

     

    La première a pour symbole la Grande Mosquée du cinquantenaire, construite en plein coeur de Bruxelles, signe de l’influence massive de l’Arabie saoudite, qui l’a financée à la fin des années 1960, et de son islam radical et conservateur. Un terreau fertile pour l’idéologie djihadiste. Dans les années 1990, le cheikh franco-syrien Bassam Ayachi a ainsi tissé un solide réseau fondamentaliste à Molenbeek-Saint-Jean, sans être inquiété par les autorités fédérales, qui ne réagiront que bien des années plus tard.

     

    Cette « salafisation » de l’islam belge ne se cantonne pas à Bruxelles. D’autres villes sont concernées, comme Anvers, où est créée, en mars 2010, l’organisation Sharia4Belgium. Fouad Belkacem, son dirigeant aujourd’hui emprisonné, prônait alors l’instauration de la charia au sein du royaume et prêchait la peine de mort pour les homosexuels. Le groupuscule salafiste extrémiste réussira à étendre son influence en Flandre, dans des cités comme Malines et Vilvorde, d’où de nombreux jeunes partiront combattre, à partir de 2012, en Irak puis en Syrie. Aujourd’hui, dix villes, sur l’ensemble du territoire belge, sont considérées à haut risque par le gouvernement fédéral et bénéficient de programmes de financement pour lutter contre la radicalisation des plus jeunes.

     

    La deuxième pièce du puzzle pourrait être un « C » comme carrefour. La Belgique présente en effet beaucoup d’atouts pour une organisation terroriste. Géographiquement, elle est située au centre de l’espace Schengen, où la libre circulation des ressortissants de l’Union européenne est autorisée. Même si les contrôles aux frontières ont été renforcés, il est toujours assez facile de rejoindre la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Allemagne, où, par exemple, l’aéroport de Düsseldorf propose de nombreux vols bon marché pour la Turquie, et de gagner ensuite la Syrie.

     

    Mafias albanaise et tchétchène

     

    C’est aussi une plaque tournante pour le trafic d’armes. À la fin des années 1990, après les guerres dans les Balkans et dans le Caucase, des mafias albanaise et tchétchène se sont installées dans plusieurs villes belges et y ont créé des circuits occultes d’approvisionnement. C’est le cas de Charleroi, en Wallonie, où Amedy Coulibaly, l’auteur en janvier 2015 de la prise d’otages de l’Hyper Cacher, se serait procuré ses armes. Autant d’infrastructures du grand banditisme qui profitent au djihad.

     

    La troisième pièce pourrait s’intituler « les particularités politiques » de la Belgique. Le royaume est un millefeuille administratif et policier qui donne lieu à de nombreuses rivalités linguistiques et régionales. Bruxelles ne compte pas moins de 19 communes, où chaque bourgmestre dispose de pouvoirs de police. La capitale belge est également divisée en six zones de police fédérale. Pendant des années, cet imbroglio administratif a empêché les échanges d’informations et a retardé plusieurs enquêtes. Aujourd’hui encore, certains bourgmestres de villes belges disent ne pas connaître précisément la liste de leurs jeunes administrés en voie de radicalisation, placés sous surveillance par les autorités fédérales.

     

    Enfin, comme dans d’autres pays européens, il faut ajouter une dernière pièce qui touche à la question de la politique d’intégration menée dans le royaume. Les recruteurs de candidats au départ pour la Syrie jouent sur le sentiment de frustration et de discrimination ressenti par beaucoup de jeunes et promettent aux futurs combattants de passer d’un statut de « zéro à celui de héros ». Une famille d’origine marocaine sur deux est pauvre en Belgique. Et quand un jeune a une ascendance maghrébine ou turque, il a de 20 % à 30 % moins de chances de trouver un emploi que les postulants d’origine différente. C’est ce terreau économique qu’exploitent également les hommes se revendiquant du groupe État islamique.













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