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    Services de renseignement

    La Belgique est accusée de négligence

    Après les hommages et les pleurs, le débat se transporte sur la scène politique

    25 mars 2016 | Christian Rioux à Bruxelles | Europe
    Le premier ministre belge, Charles Michel, a participé jeudi à une cérémonie rendant hommage aux victimes des attentats.
    Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse Le premier ministre belge, Charles Michel, a participé jeudi à une cérémonie rendant hommage aux victimes des attentats.

    La crise terroriste belge est-elle en train de devenir une crise politique ? Après une courte journée d’hommages officiels très émouvants rendus aux 31 morts et 300 blessés des attentats de mardi, l’actualité s’est vite transportée sur la scène politique. La trêve aura été de courte durée.

     

    Les larmes étaient à peine séchées que l’on apprenait qu’en lien avec ces attentats, les ministres de l’Intérieur, Jan Jambon, et de la Justice, Koen Geens, avaient présenté leur démission au premier ministre, Charles Michel. La démission a aussitôt été refusée, mais elle ébranle, si cela était encore possible, toute la classe politique. Celle-ci voit la Belgique montrée du doigt pour de graves erreurs dans la traque des terroristes alors que l’on apprend aussi que ces mêmes terroristes avaient prévu une fusillade dans les rues de Bruxelles.

     

    En offrant leur démission, les ministres reconnaissent en effet implicitement d’importants dysfonctionnements dans les services de sécurité. Des erreurs d’ailleurs admises mercredi par les ministres dans les couloirs du Parlement, selon le quotidien Le Soir, et qui ne font qu’ajouter aux nombreuses critiques adressées depuis des mois aux services de police et de renseignement belges.

     

    C’est le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a mis le feu aux poudres en révélant à l’issue d’une visite en Roumanie avoir averti la Belgique que l’un des kamikazes de l’aéroport de Bruxelles, Ibrahim el Bakraoui, avait été arrêté à la frontière syro-turque le 15 juin dernier. La Belgique n’a pas réclamé le prisonnier, pourtant détenu pendant un mois, alors qu’il était en rupture de libération conditionnelle pour une peine de dix ans de prison après avoir tiré sur des policiers. Bakraoui a donc été libéré sans être importuné et envoyé aux Pays-Bas à sa demande.

    Photo: Agence France-Presse Une jeune femme dépose un mot place de la Bourse, à Bruxelles.
     

    Faute grave

     

    Toute la journée, les dirigeants politiques belges se sont publiquement demandé comment on avait pu d’abord libérer aussi vite un prisonnier qui avait tiré sur des policiers, puis laisser disparaître dans la nature un individu aussi dangereux qui revenait visiblement de Syrie. Selon le quotidien La Dernière Heure, les frères Bakraoui se seraient aussi intéressés aux centrales nucléaires belges.

     

    Pour la plupart des observateurs, cette négligence apparaît comme une faute grave. Le quotidien Le Soir n’excluait pas que les ministres soient quand même obligés de démissionner dès que l’État d’urgence sera passé et que l’on connaîtra les détails. Excluant toute manoeuvre politique afin de prévenir des révélations encore plus ravageuses, Koen Geens a simplement évoqué des « lenteurs de communications ».

     

    Pour calmer le jeu dans une période déjà troublée, le premier ministre Michel a accepté de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire, comme le réclamait déjà l’opposition centriste (CDH).

     

    Talon d’Achille de l’Europe

     

    Cela fait des mois que les critiques fusent sur les services de renseignement belges. On sait notamment que la perquisition effectuée dans un appartement de Forest, d’où Salah Abdeslam a pris la fuite par les toits, avait été réalisée de manière fortuite, les policiers ne faisant qu’une vérification de routine. Le ministre français des Finances, Michel Sapin, avait récemment évoqué la « naïveté » des Belges à l’égard du terrorisme. Les services belges sont « nuls », a aussi déclaré le député (LR) et ancien magistrat Alain Marsaud.

     

    Le journaliste américain Michael Weiss, qui a écrit un livre sur le groupe armé État islamique, a qualifié les enquêteurs belges d’« enfants », incapables de gérer la menace terroriste. Même la Commission européenne a critiqué des « lacunes » dans le contrôle des frontières. Surnommée par CNN « capitale logistique de l’État islamique », la Belgique est partout considérée comme le talon d’Achille de l’Europe.

     

    En soirée, la chaîne flamande VRT a révélé que les terroristes avaient aussi prévu d’organiser une fusillade dans les rues de Bruxelles. Comme cela s’était passé le 13 novembre à Paris, la fusillade se serait déroulée simultanément avec les explosions de l’aéroport et du métro. C’est la perquisition du 15 mars à Forest et l’arrestation de Salah Abdeslam qui aurait permis d’éviter ce scénario.

     

    Malgré toutes ces révélations, les hommages officiels rendus aux victimes n’en ont pas moins ému la population, qui a suivi dans le recueillement le discours du premier ministre Michel à la télévision. Les Belges ont été particulièrement touchés par le décès mercredi du jeune Léopold, étudiant en deuxième année de droit à l’Université Saint-Louis. Sur la place de la Bourse, où les rassemblements spontanés se poursuivent, ses camarades ont gravé son nom à la craie sur les murs. Parmi les 300 blessés, 65 sont encore aux soins intensifs.

     

    Dans un rare moment d’unité, dans un pays tiraillé par les divisions, le premier ministre s’est adressé aux représentants des gouvernements et des parlements des régions et des communautés belges réunis. « Il ne pourra pas y avoir d’impunité […]il ne pourra pas y avoir de zone d’ombre », a-t-il déclaré. À Bruxelles, le niveau d’alerte a été ramené à 3 sur 4.













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