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    Pleins feux sur la «filière belge»

    23 mars 2016 |Karl Rettino-Parazelli | Europe
    Tour à tour, les événements de la dernière année ont en effet braqué les projecteurs sur la Belgique et sa capitale.
    Photo: Nicolas Maeterlinck / Belga / Agence France-Presse Tour à tour, les événements de la dernière année ont en effet braqué les projecteurs sur la Belgique et sa capitale.
    Consulter notre dossier sur les attentats de Bruxelles

    À peine remise de l’importante opération policière de la semaine dernière dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles, voilà que la capitale belge se trouve ciblée par de meurtriers actes terroristes. Le moment et la cible de ces nouvelles attaques n’ont cependant rien de surprenant, selon des experts consultés par Le Devoir.

     

    « Je ne sais pas si les autorités belges auraient pu prévenir cette attaque, puisque c’est très difficile, mais elles devaient s’y attendre », explique le chargé de cours à l’Université d’Ottawa Kamran Bokhari, spécialiste des questions liées au terrorisme et à la sécurité nationale.

     

    « Les services de renseignement belges étaient au courant de l’imminence d’une attaque, mais ne savaient pas exactement où elle allait se produire », renchérit Samir Amghar, chercheur associé à la Chaire d’enseignement et de recherche interethniques et interculturels de l’Université du Québec à Chicoutimi.

     

    Tour à tour, les événements de la dernière année ont en effet braqué les projecteurs sur la Belgique et sa capitale : en janvier 2015, quelques jours après la première série d’attentats survenus à Paris, les policiers belges se rendent dans la ville de Verviers et démantèlent une cellule terroriste. Quelques mois plus tard, on apprend que l’homme qui a tenté de faire feu sur les passagers du train Amsterdam-Paris a séjourné dans le quartier bruxellois de Molenbeek. En novembre, on découvre que la seconde série d’attentats perpétrés dans la capitale française a été en grande partie planifiée à Bruxelles.

     

    Puis, vendredi dernier, celui que l’on considère comme le « logisticien » des attaques de Paris est arrêté dans la capitale belge. À la suite des attentats de mardi, la « filière belge » est donc de nouveau sur toutes les lèvres. On ne connaît pas encore l’identité des terroristes impliqués, mais les circonstances éveillent les soupçons.

     

    « On ne peut pas établir de lien avec certitude, mais c’est selon moi une piste d’enquête prioritaire », avance l’ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) Dave Charland.

     

    Tout comme les autres spécialistes interrogés, il ne croit toutefois pas que les attentats de mardi constituent une réplique directe à l’arrestation d’Abdeslam. « C’est le genre d’attaque qui doit être préparée. Les terroristes n’avaient peut-être pas prévu de frapper aussi rapidement, mais je pense que les cibles étaient déjà déterminées. »

     

    Problème bien connu

     

    Samir Amghar, qui est également rattaché à l’Université libre de Bruxelles, rappelle que le problème de la radicalisation dans la capitale belge ne date pas d’hier. « Dans les années 1990, la Belgique a accueilli un grand nombre d’islamistes en tous genres, note-t-il. Vous avez un substrat militant et un substrat idéologique qui favorisent le développement d’une filière terroriste », affirme-t-il.

     

    Selon les chiffres dévoilés l’an dernier par l’International Centre for the Study of Radicalisation and Political Violence, la Belgique est d’ailleurs le pays européen qui affiche le plus haut ratio d’habitants partis combattre en Syrie ou en Irak. Depuis 2012, près de 440 Belges ont fait le voyage, sur une population d’environ 11 millions d’habitants, soit 39 combattants par million d’habitants. Le ratio est de 18 en France et de 2,8 au Canada.

     

    « Pendant des années, on a constaté qu’une jeunesse mécontente se retrouve isolée et marginalisée dans certains quartiers qui deviennent des centres de recrutement de choix pour al-Qaïda autrefois, et maintenant le groupe État islamique », observe Kamran Bokhari.

     

    Le problème, souligne pour sa part M. Charland, c’est que les services de renseignement comme ceux de la Belgique n’ont pas suffisamment « d’antennes » dans les communautés bruxelloises pour intervenir efficacement.

     

    « Elles n’ont pas un haut taux de succès dans le recrutement d’informateurs parce que les communautés ne font pas confiance aux autorités, dit-il. Pour utiliser tous les moyens techniques à notre disposition, comme l’écoute électronique, ça prend des motifs, et ces motifs, on les obtient grâce aux personnes qui appellent, qui dénoncent. »

     

    Des efforts de prévention sont déployés depuis plusieurs années par des organisations comme le Forum belge pour la prévention et la sécurité urbaine, qui rassemble les 83 villes, communes et provinces belges. Des intervenants font de la sensibilisation et de la formation, mais ils naviguent parfois en plein brouillard.

     

    « On n’a pas de profil type. [Les individus radicalisés] proviennent de tous les milieux, de tous les niveaux socio-économiques. C’est difficile de faire du travail de prévention au cas par cas, fait remarquer la chargée de projet Laetitia Nolet, contactée par Le Devoir à Bruxelles. On a énormément de défis devant nous, mais on a également beaucoup de capacités, tant au niveau des forces de l’ordre que des services de prévention. »

     

    Chose certaine, estime M. Bokhari, les autorités font désormais face à un ennemi « très sophistiqué » qui connaît nos faiblesses et qui les exploite. « La question est maintenant de savoir si nous pouvons exploiter les siennes pour le vaincre. »













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