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    Crise

    L’UE parvient à un accord difficile sur les migrants

    23 septembre 2015 | Sarah R. Champagne - Avec l’Agence France-Presse | Europe
    Une migrante syrienne, exténuée par la traversée de la mer Égée depuis la Turquie, a perdu connaissance mardi sur la grève de l’île grecque de Lesbos.
    Photo: Iakovos Hatzistavrou Agence France-Presse Une migrante syrienne, exténuée par la traversée de la mer Égée depuis la Turquie, a perdu connaissance mardi sur la grève de l’île grecque de Lesbos.

    Pressés par l’urgence et malgré la dissension, les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne (UE) ont adopté mardi au forceps une répartition de 120 000 réfugiés, une fraction du total déjà arrivé. L’accord est cependant survenu au prix d’une fracture avec les pays de l’Est, hostiles à un mécanisme de solidarité entre Européens.

     

    En début de journée mardi, tout laissait croire que les 28 ministres auraient du mal à parvenir à une entente. À son arrivée à l’importante réunion à Bruxelles, le ministre allemand de l’Intérieur prévoyait une discussion très difficile : « Je ne suis pas sûr que nous aurons un résultat », avait ainsi déclaré Thomas de Maizière.

     

    Tous les pays membres devront se soumettre à ce transfert, qui aura lieu en deux étapes. Elle concernera dans un premier temps 66 000 personnes en « besoin manifeste de protection » arrivées en Italie ou en Grèce. Elles doivent être enregistrées et sélectionnées rapidement à partir de centres baptisés « hot spots ». Les autorités nationales de ces deux pays, particulièrement touchés par le flot de demandeurs d’asile, reçoivent l’appui d’agences européennes de coopération entre autres sur les aspects policiers (Europol), frontaliers (Frontex) et judiciaires (Eurojust).

     

    Les 54 000 réfugiés subsistant sur le total de 120 000 seront replacés au terme d’une éventuelle réunion. Dans une proposition précédente — rejetée — de la Commission européenne, ce contingent devait provenir de la Hongrie. Or, après avoir tenté par tous les discours de s’exclure d’un mécanisme de transfert, ce pays paie son opposition catégorique. La Hongrie se verra aussi forcée d’accueillir son lot de personnes vulnérables, en plus de ne pas se voir soulagée par les autres pays membres.

     

    Un accord toujours contesté

     

    Aux côtés des Hongrois, la Slovaquie, la Roumanie et la République tchèque ont aussi voté contre cette décision. Si les efforts acharnés sont restés vains face à ces quatre nations réfractaires, la Pologne a quant à elle changé de position in extremis, se prononçant pour l’accueil des réfugiés. Le calcul d’intérêt est simple : les Polonais anticipent devoir compter à leur tour sur la solidarité européenne, en cas d’escalade du conflit en Ukraine et de l’arrivée d’une éventuelle vague de réfugiés ukrainiens en Pologne.

     

    Les signes de cette résistance à l’accord n’ont pas tardé à refaire surface. Peu après la réunion, qui n’aura finalement duré que trois heures, le premier ministre slovaque Robert Fico a fustigé le « diktat » de l’UE, disant préférer « transgresser les règles européennes » plutôt que d’accepter des quotas.

     

    L’accord est néanmoins une bonne nouvelle pour l’Europe, considère Frédéric Mérand, le directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). « La décision [de mardi] montre qu’il est possible avec beaucoup de travail politique de dégager des majorités fortes qui isolent les pays réfractaires », juge-t-il.

     

    C’est d’ailleurs ce qu’a souligné le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, qui avait la présidence de cette réunion : « Nous avons adopté cet accord à une large majorité. »

     

    Juridiquement, même les États ayant voté contre le mécanisme de répartition devront accepter leur contingent de réfugiés. « Je n’ai aucun doute qu’ils mettront en oeuvre [la décision] pleinement », a affirmé M. Asselborn. Si l’adoption par vote a force légale dans l’Union, il n’existe aucun moyen de contraindre un État à appliquer les décisions, objecte tout de même le professeur Mérand. « Si quelqu’un pense qu’on peut nous faire peur, il se trompe », a déclaré le premier ministre slovaque en réponse à cette obligation.

     

    La majorité dégagée par 24 ministres de l’Intérieur est assez serrée pour avoir bon espoir que l’accord tiendra, croit Frédéric Mérand, un « succès » qu’il attribue en bonne partie aux fortes pressions préalables d’Angela Merkel. « C’est rare qu’elle échoue, sourit-il au téléphone, et les quatre pays [réfractaires] n’ont pas vocation à accueillir beaucoup de réfugiés de toute manière » vu leur petite taille, explique-t-il.

     

    La chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, a quant à elle averti que les dissensions européennes « affaiblissent la crédibilité » de l’UE, dans un entretien au journal allemand Süddeutsche Zeitung. « Le dossier des réfugiés a exposé au grand jour les divisions de l’Europe, et avec des conséquences tragiques. Mais dans un système aussi complexe et contraignant, avec autant d’États, on en trouvera toujours un, deux ou trois, à ne pas être d’accord », nuance quant à lui le directeur du CERIUM.

     

    Mercredi, c’est au tour des chefs d’État et de gouvernement de se réunir à Bruxelles pour un sommet extraordinaire où ils discuteront d’une réponse plus durable à cette crise ainsi que de l’octroi d’une aide à la Turquie et aux autres pays du Proche-Orient qui hébergent des millions de réfugiés. L’accord de mardi devrait permettre à la réunion de se dérouler sans autant d’acrimonie que lors d’une tentative analogue le 25 juin dernier, quand des échanges extrêmement tendus s’étaient prolongés toute la nuit.

     

    Pendant ce temps, le flot de migrants et de réfugiés ne semble pas vouloir se tarir et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime qu’un million de demandes d’asile pourraient être déposées en 2015 dans les pays de l’UE.













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