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    Attentat contre «Charlie Hebdo»

    La France debout face à la haine

    9 janvier 2015 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe









    Charlie Hebdo attaqué:
    textes, dessins, vidéos

    «Je suis revenu parce que je ne voulais pas être seul. J’avais besoin de voir des gens et de dire que nous, en France, la liberté de presse, on ne rigole pas avec ça. » Julien Pierre est un employé de la Ville de Paris. Même s’il n’était pas un lecteur de l’hebdomadaire satirique, à 25 ans, il ne pensait pas vivre un événement comme la tuerie à Charlie Hebdo. « Pas en France, dit-il, la patrie des droits de l’homme. »

     

    Au lendemain de l’attentat ayant décimé le journal, la France demeurait en état de choc total, jeudi. Près de 90 000 policiers ont traqué tout au long de la journée et de la nuit les deux auteurs présumés de cette tuerie, multipliant notamment les opérations dans la région de la Picardie, au nord-est de Paris. En parallèle, les expressions de solidarité se sont multipliées à travers le pays et le monde.

     

    Dans la capitale, Julien Pierre a tenu à se joindre à nouveau à une foule silencieuse qui, jeudi, pour la deuxième soirée consécutive, a spontanément envahi la place de la République. Le sol était jonché de chandelles, les manifestants brandissaient des stylos et des pancartes affirmant « Je suis Charlie ».

     

    Julien Pierre est représentatif de l’état de stupeur dans lequel la France est plongée depuis mercredi. « Ce n’est pas seulement des hommes qu’on a tués. On a tué des gens qui croyaient qu’on pouvait tout critiquer, qu’il n’y avait pas de limite, quelle que soit la religion et même s’il n’y en a pas. La liberté de tout critiquer, c’est ça, la France. »

     

    Jeudi soir encore, des milliers de personnes se sont réunies dans toutes les grandes villes du pays. À midi, elles étaient encore plus nombreuses à observer une minute de silence dans les écoles, les administrations publiques et les entreprises privées. Même le métro et les trains de banlieue se sont exceptionnellement arrêtés, alors que retentissait le glas de la cathédrale Notre-Dame de Paris. On ne compte plus le nombre de ces rassemblements spontanés dans les lieux les plus divers. Vendredi, des rassemblements de soutien auront lieu devant les mosquées de la Bretagne, à l’appel du Conseil régional du culte musulman et du Rassemblement des musulmans de France. La cathédrale d’Angoulême célébrera une messe avec les représentants musulmans de la ville.

     

    Une manifestation monstre

     

    Julien Pierre se rendra à la manifestation monstre qui a été appelée par tous les partis politiques, dimanche prochain. On y attend des centaines de milliers de personnes. Cet homme de gauche se retrouvera aux côtés d’élus de droite comme Claire Gannet, une élue du IXe arrondissement de Paris venue elle aussi se recueillir une seconde fois à la place de la République.

     

    « Bien sûr, Charlie Hebdo était plutôt de gauche, dit-elle, mais ce n’est pas une affaire de droite ou de gauche. Ces dessinateurs étaient des gens qui étaient en guerre contre la pensée unique. Ils étaient des résistants à l’uniformité. » Au courant que des médias britanniques et américains avaient brouillé les caricatures de Mahomet au moment de publier des photos du journal, elle s’exclame : « C’est bien la preuve que la liberté de la presse est une spécificité française. »

     

    Avec sa collègue Sylvie Leydet, dimanche, elle reviendra à la place de la République pour se rendre jusqu’à la place de la Nation. Tous les partis politiques français ont appelé à manifester. Tous sauf le Front national (FN), qui n’a pas été invité même si sa présidente, Marine Le Pen, rencontrera vendredi François Hollande. Fallait-il inviter le FN, qui a dénoncé comme tous les partis la tuerie à Charlie Hebdo ? Sylvie Leydet dit ne pas avoir de réponse. « C’est une affaire de citoyens », dit-elle.

     

    La présence du Front national à cette manifestation demeure en suspens. Le premier ministre, Manuel Valls, et le président, François Hollande, refusent de répondre à la question. N’ayant pas reçu d’invitation officielle, Marine Le Pen a dénoncé une « manoeuvre politicienne minable ». Plus tôt dans la journée, un porte-parole du Parti socialiste, Olivier Faure, avait cependant jugé qu’il ne fallait « exclure personne ».

     

    La manifestation parisienne devrait être suivie partout dans le pays. Le président de l’Association des maires de France, l’élu de droite (UMP) François Baroin, a invité ceux qui ne pourraient se rendre à Paris à manifester devant leur mairie. On ne savait pas, jeudi, si le président François Hollande participerait à la manifestation. Ce serait exceptionnel pour un président.

     

    Jeudi, il a reçu le leader de l’opposition, Nicolas Sarkozy, ainsi que les représentants des partis présents à l’Assemblée nationale. Depuis deux jours, son message est celui de l’« union nationale » coûte que coûte. Une union nationale qui semble s’arrêter au FN. « Nous n’invitons pas les organisations qui divisent le pays, stigmatisent nos concitoyens musulmans et jouent sur les peurs », a déclaré au journal Le Monde le député socialiste de l’Essonne, François Lamy. Le centriste François Bayrou a dénoncé « la mauvaise décision d’exclure qui que ce soit ». L’UMP a exprimé la même position.













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