Hollande un an après - À demi président
Il y a un an et un jour, l’installation de François Hollande à l’Élysée avait mis un terme au mandat de Nicolas Sarkozy, mandat qui s’était singularisé, entre autres choses, par l’inclination qu’avait ce président pour la crispation. Il se mêlait de tout et à tous, alors que Hollande et sa promesse de « président normal » ont coloré, si l’on ose dire, la fonction suprême d’une certaine distance. D’une sobriété qui a quelque peu embrouillé le regard que l’on porte sur son action. Et notamment sur le front judiciaire.
Avec raison, sur les plateaux de télévision comme sur les ondes radio, élus de gauche et de droite, commentateurs et simples citoyens ont exprimé leur dégoût pour les mensonges à répétition de l’ex-ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, et ses exercices d’évasion fiscale en Suisse. Cette avalanche de critiques fut, on le répète, justifiée. Cela étant, cette affaire s’est énormément distinguée de scandales qui ont émaillé les présidences antérieures par ceci : l’Élysée et Matignon ont laissé les juges faire leur travail sans intervenir.
Le dossier Cahuzac mis à part, la gestion des affaires s’est caractérisée par un sacré déficit sur les fronts de la communication et de la pédagogie. À telle enseigne qu’on a l’impression que le duo que Hollande forme avec le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’est tourné les pouces, alors qu’en nombre les gestes faits et les lois dessinées et votées sont plus imposants que ceux signés par Sarkozy lors de sa première année : engagement au Mali, accord sur la flexibilité de l’emploi, augmentation du nombre des enseignants, déductions accordées aux entreprises qui embauchent des jeunes, transparence imposée aux élus et aux mandarins de l’État, mariage pour tous, etc.
Ce déficit en matière de communication s’est accompagné des effets multiples et souvent pernicieux des technologies de l’information qui font croire à une majorité de Français qu’à l’époque de De Gaulle, Giscard ou Mitterrand, la France était LE jardin d’Éden. À ce propos, les unes d’hebdomadaires des dernières semaines se sont illustrées par une dramatisation propre à polir davantage la nostalgie pour les présidents évoqués. Comparer la France d’aujourd’hui à celle des années 30 ou à 1789 permet de rappeler - hélas ! -, ce mot de l’historien Michel Winock : « Il est dangereux de transformer l’histoire en procureur du temps présent. »
Cela dit, là où Hollande fut décevant, très décevant même, c’est dans ses relations avec la chancelière allemande, Angela Merkel. On se rappellera que, lors de sa campagne, il avait convaincu un grand nombre de Français de voter pour lui en confiant que la finance était son véritable ennemi. On se souviendra qu’il avait promis de discipliner un monde bancaire enclin comme jamais à jongler avec des fictions financières. Résultat ? Il n’est pas parvenu à modifier autant qu’il l’avait clamé les positions de Merkel. On est aujourd’hui là où l’on était il y a un an. Autrement dit, faute d’être parvenu à convaincre Berlin que les politiques imposées avaient consisté en réalité à assujettir des nations entières à la récession pour des années (six ans au moins pour la Grèce !), Hollande a déprimé ceux qui croyaient justement en une Europe solidaire.
Qu’il le veuille ou non, Hollande, surtout si Merkel gagne les élections de septembre, devra muscler quelque peu les rapports de force qui ont cours. Ainsi, il sera à la hauteur de ce qu’exige sa fonction.







