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France - L’année de toutes les déceptions

4 mai 2013 | Christian Rioux | Europe
Lundi prochain, il y aura un an que François Hollande a été élu.
Photo : Agence France-Presse Lundi prochain, il y aura un an que François Hollande a été élu.
Paris — Un an après l’élection de François Hollande, la crise ne montre aucun signe d’apaisement. Un président peut-il encore gouverner avec seulement 25 % d’opinions favorables ?

Faut-il vraiment parler d’un anniversaire ? Lundi prochain, il y aura un an que François Hollande a été élu. Normalement, l’occasion serait belle de souffler quelques bougies. Mais il n’y aura pas de gâteau, et encore moins de champagne. Parmi les rares activités prévues, l’Élysée réunira le gouvernement pour un séminaire de travail. Une façon de montrer que l’heure n’est pas aux réjouissances alors que le chômage atteint des sommets et que la popularité du chef de l’État n’a jamais été aussi basse.


Même le Parti socialiste n’a pas vraiment le coeur à la fête. Il organisera bien un forum à Souston, dans les Landes, mais seuls six ministres ont annoncé leur présence.


Et pourtant, pendant la campagne électorale, François Hollande n’avait-il pas mis le doigt sur le bon mot, la « croissance » ? Alors que, cinq ans plus tôt, Nicolas Sarkozy avait de manière opportuniste promis une « augmentation du pouvoir d’achat », Hollande, lui, ne s’était pas laissé prendre au jeu. En martelant systématiquement la nécessité de la croissance, il pratiquait une pédagogie qu’avait toujours refusée son adversaire.

 

La crise


Mais il ne suffisait pas de prononcer le mot. La France traverse sa deuxième année de croissance quasi nulle. Le nombre de chômeurs a dépassé le chiffre symbolique des trois millions. Pour la première fois, le gouvernement doit admettre qu’il ne pourra pas réduire son déficit comme prévu sous la barre de 3 % cette année. C’est ce que lui avaient annoncé depuis des mois tous les experts.


Difficile pourtant de dire que le gouvernement a attendu les bras croisés. On n’avait jamais vu un président français appeler à un « pacte de compétitivité » et consentir un crédit d’impôt de 20 milliards aux entreprises créatrices d’emploi afin de réduire les coûts du travail. La publication du rapport Gallois, du nom de l’ancien président d’EADS, marqua « incontestablement un tournant », selon les mots de l’économiste Nicolas Baverez, qui avait inspiré le programme de Nicolas Sarkozy et que personne ne soupçonne de sympathies à gauche. François Hollande a aussi brisé le tabou français des allocations familiales universelles puisque, pour la première fois, celles des plus riches seront réduites. Et que dire de cette franchise étonnante d’un président socialiste qui annonce qu’il faudra augmenter la durée du travail afin de financer les retraites ? La décision de ramener le taux de croissance des dépenses de l’État à 0,4 % est aussi un record comparativement au 1,7 % des années Sarkozy.

 

Les promesses


Trop peu trop tard, diront les sceptiques. Du côté des promesses demeurées sans suite, rappelons que François Hollande avait promis de renégocier le traité européen afin d’y inclure un volet destiné à favoriser la croissance. Les modifications ne furent que cosmétiques, l’Allemagne n’entendant pas se laisser dicter une autre politique que celle de la rigueur, qui est en train de tuer tout espoir de reprise, admettent aujourd’hui de nombreux experts. Il ne faudra que quelques semaines au nouveau président pour constater que, à cause de son anémie économique, « le poids de la France dans la détermination des politiques européennes est devenu très faible », constate le politologue Yves Mény.


« Le problème de Hollande, c’est que tout le monde trouve que sa politique économique est ratée, ce qui est trop sévère, selon Dominique Nora, rédactrice en chef du secteur économique du Nouvel Observateur. Mais c’est parce qu’il n’est pas sorti de ce qu’un de ses conseillers a appelé“l’ambiguïté durable”, c’est-à-dire du ”ni-ni”, ni gauche classique, ni réellement social-démocratie moderne. »


Pour les sociaux-démocrates, il y a eu ces accords sur la flexibilité du travail et la sécurité d’emploi négociés le 11 janvier dernier. Une première en France. Mais, pour les socialistes purs et durs, il y a aussi eu ces « emplois d’avenir » qui reprennent la vieille recette des emplois subventionnés. Or, ce faisant, François Hollande a réussi à mécontenter tout le monde. Sans compter que l’une et l’autre mesure prendront des mois avant de produire des résultats visibles. Plus le temps passe, plus la promesse d’une inversion de la tendance de l’emploi d’ici la fin de l’année paraît s’éloigner. À gauche comme à droite, on l’encourage à trancher. Mais l’ambiguïté a toujours été une caractéristique de François Hollande. Elle serait même un des secrets de sa longévité politique. Du moins, jusqu’à maintenant…

 

Fini le président normal


À 25 % d’opinions favorables, ce caméléon politique n’a plus le loisir de jouer au « président normal ». En un an, le capital de sympathie de François Hollande a fondu de plus de la moitié. Seule l’intervention victorieuse de la France au Mali avait permis de stabiliser la courbe en février 2012, soulignant d’ailleurs une action internationale plutôt réussie. Peu importe, François Hollande bat même les records d’impopularité de Jacques Chirac (en 2006) et de Nicolas Sarkozy (en 2011). Comme pour ce dernier, la descente aux enfers est proportionnelle à la hausse du chômage. Alors que les Français mettaient directement en cause la personnalité de Sarkozy, c’est plutôt le manque d’autorité de Hollande qui est aujourd’hui montré du doigt. Même l’indépendance de la justice, qui tranche pourtant radicalement avec son prédécesseur, semble se retourner contre lui avec la démission-choc, le 19 mars dernier, de son ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, à qui les juges ont découvert un compte à l’étranger.


Résultat : seuls 14 % des Français jugent que leur président a suffisamment d’autorité. Et pour cause, de plus en plus de membres du gouvernement, comme le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, réclament ouvertement un changement de cap économique. Le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, est allé récemment jusqu’à souhaiter « une confrontation » avec l’Allemagne. Des critiques aussitôt écartées par le président et qui créent un sentiment de cafouillage, mais dont il ne serait pas mécontent qu’elles soient entendues après les élections allemandes en septembre prochain.


Il se pourrait en effet qu’une partie de la solution à la crise française se trouve outre-Rhin. Le nouveau secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, n’est-il pas récemment venu à Bruxelles prêcher le soutien à la croissance ? Selon lui, le début de reprise américaine a absolument besoin de mesures de soutien à la consommation dans les pays « qui en ont la capacité ». Or qui d’autre que l’Allemagne est aujourd’hui en mesure de le faire ?

 

Peut-il rebondir ?


En attendant, faut-il croire ceux qui annoncent en France une crise politique semblable à celle que connaissent l’Italie et la Grèce ? Ceux-là oublient que la situation économique est difficilement comparable. La Constitution de la Ve République protège aussi François Hollande mieux qu’aucun autre chef d’État ou de gouvernement en Europe. « Sous la Ve République, le Président n’est jamais désarmé, même lorsqu’il est assiégé », écrivait l’ancien directeur du Monde Jean-Marie Colombani. D’autres avant lui ont su serrer les dents en attendant des jours meilleurs. À commencer par François Mitterrand.


Sans minimiser l’action souvent confuse du gouvernement, la virulence des critiques qui s’abattent sur Hollande s’explique aussi en partie par l’éclatement de la droite depuis le départ de Nicolas Sarkozy. Sans chef, les prétendants se livrent à une véritable surenchère. Sans oublier le style encore plus virulent de Jean-Luc Mélenchon, le leader de l’extrême gauche. S’il serait exagéré de dire que François Hollande a encore quatre ans pour se relever de cette première année catastrophique, on peut du moins présumer qu’il jouit encore d’au moins un an de grâce pour redresser le cap, jusqu’aux élections municipales de 2014.


C’est le premier ministre suédois Göran Persson qui disait qu’il ne fallait « jamais laisser perdre la chance d’une grande crise ». Et l’économiste Nicolas Baverez d’ajouter que « les gouvernements de gauche sont souvent mieux placés pour faire les réformes de structure », comme ce fut le cas en Allemagne, en Suède, au Canada, en Autriche et en Nouvelle-Zélande. Sans oublier le virage radical que prit François Mitterrand moins de deux ans après sa première élection et qui annonça un véritable rebond. Nul doute que François Hollande doit méditer cet exemple historique.

***

 

Les dates de la première année du quinquennat


2012


6 mai : François Hollande est élu septième président de la Ve République avec 51,63 % des suffrages contre 48,37 % en faveur de Nicolas Sarkozy.


7 mai : le gouvernement de Jean-Marc Ayrault comprend 34 ministres, dont 17 femmes.


7 juin : le gouvernement rétablit le droit à la retraite à 60 ans pour 100 000 personnes qui ont commencé à travailler jeunes.


17 juin : le Parti socialiste obtient, à lui seul, la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale.


9 juillet : grande conférence sociale. Plusieurs négociations et réformes sont lancées sur le marché du travail, les retraites, le financement de la protection sociale.


29 août : projet de loi créant 150 000 « contrats d’avenir » à partir de 2013 pour les jeunes peu qualifiés.


20 septembre : le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, annonce le recrutement de 40 000 enseignants et employés dans les écoles en 2013.


26 septembre : le seuil des trois millions de chômeurs est franchi pour la première fois depuis juin 1999.


28 septembre : redressement de 40 milliards pour ramener le déficit public à 3 % du PIB : un tiers en réductions de budget et deux tiers en hausses d’impôt.


10 octobre : la « règle d’or » d’équilibre budgétaire imposée par le traité européen est adoptée à 490 voix contre 34.


6 novembre : le rapport Gallois préconise une réduction des cotisations sociales des entreprises de 20 à 30 milliards d’euros. Le lendemain, le gouvernement annonce un crédit d’impôt de 20 milliards destiné aux entreprises créatrices d’emploi.


12 décembre : lancement des « contrats de génération » favorisant l’emploi des jeunes et des aînés. On en prévoit plus de 100 000 en 2013 et 130 000 à partir de 2014.

 

2013


11 janvier : accord national interprofessionnel sur la flexibilité et la sécurité du travail.


11 janvier : lancement de l’opération militaire Serval au Mali pour contrer l’avancée des djihadistes.


13 janvier : une manifestation monstre contre le mariage gai réunit au moins un demi-million de personnes à Paris.


2 février : voyage triomphal de François Hollande au Mali.


12 février : la Cour des comptes considère que l’objectif d’un déficit de 3 % du PIB a peu de chances d’être atteint et que l’effort de redressement ne repose pas suffisamment sur la maîtrise des dépenses.


19 mars : démission-choc du ministre du Budget Jérôme Cahuzac, qui avoue avoir fraudé l’impôt et détenir un compte à l’étranger.


23 avril : adoption de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples d’homosexuels.

 
 
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