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Relations franco-allemandes - Le coup de bambou

3 mai 2013 | Serge Truffaut | Europe
C’est à se demander si la France n’est pas restée la fille aînée de l’église. Car les critiques formulées par des mandarins du Parti socialiste français, et dont la politique économique du gouvernement Merkel était le sujet, ont eu pour effet boomerang un chapelet d’actes de contrition augmenté d’une dramatisation fleurant un opportunisme de bas étage. Retour sur le dernier psychodrame européen.

Cette histoire commande un inventaire de faits macro-économiques. Lorsque la crise grecque a commencé en 2010 à faire la une, la somme de ses problèmes était inférieure à 5 % du PIB de la zone euro. Deux ans et une ribambelle de sommets « de la dernière chance » plus tard, la somme en question avoisinait les 15 %, Merkel ayant écarté des mois durant toute proposition ne plongeant pas à la « source austérité ».


Ce qui a été constaté avec la Grèce a été observé, pour faire court, avec le Portugal, l’Espagne, l’Italie et Chypre. En janséniste des faits économiques les plus obtus qui soient, Merkel s’est appliquée, avec une constance d’ailleurs digne de mention, à imprimer sur tous les budgets nationaux des pays membres de la zone euro la marque de la déesse austérité. Et ce, en minimisant les effets des politiques de la croissance. Quoi d’autre ? Dans son entreprise mortifère, il n’y a pas d’autre mot, elle a rallié à sa cause tout ce que l’Europe compte de gouvernements conservateurs.


Il était logique, tout à fait logique que, tôt ou tard, des élus montrent du doigt la part de responsabilité, et non LA responsabilité, qui revient à Merkel, et non à tous les Allemands. Il était logique et fondé que quelqu’un écrive ce que vient d’écrire le Parti socialiste français à propos de Merkel : « Son intransigeance égoïste qui ne songe à rien d’autre qu’à l’épargne de ses déposants outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée à Berlin et à son avenir électoral. » Peut-être que l’expression choisie par Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale et donc no 3 de l’État français, soit la « confrontation » avec Merkel, était exagérée. Mais les expressions formulées par le ministre allemand des Finances et les faits que lui et ceux qui partagent son goût pour les forceps économiques ont imposés le sont bien davantage.


Prenons la sacro-sainte compétitivité. Comparativement à l’Europe de l’olivier, l’allemande est effectivement plus prononcée. Mais pas grâce à on ne sait quel cercle vertueux germanique, mais bien essentiellement à ceci : Merkel est la chef d’orchestre par excellence de la déflation salariale. Sa compétitivité, elle va la chercher en nivelant les coûts de production par le bas. Ce qui permet de rappeler qu’il y a désormais en Allemagne une classe de travailleurs très pauvres, qu’on envoie bien des retraités dans des maisons de retraite situées dans des pays de l’ex-Europe de l’Est, que des milliers et des milliers de femmes subissent un apartheid économique, etc. Quoi d’autre ? Merkel semble avoir oublié que les revenus allemands sont les dépenses des autres.


À ce propos, il était fondé que Bartolone rappelle que 75 % des exportations allemandes se font en Europe, dont 50 % dans la zone euro. Il aurait été tout aussi fondé que lui ou les autres caciques du PS qui se sont commis sur le flanc allemand rappellent et martèlent que la Banque centrale européenne (BCE) suit une politique monétaire à l’avantage de l’Allemagne. Une politique qui colle aux exportations allemandes et non à l’économie espagnole. On évoque cette dernière pour mieux souligner que lorsque Madrid demanda, il y a quelques années, tel geste de la BCE, cette dernière refusa tout net pour mieux poser un geste contraire à l’intérêt espagnol, mais non à l’allemand. Pour dire les choses comme il faut les dire : critiquer vertement ceux qui critiquent Merkel revient à s’abonner éternellement à la crédulité. Donc à la bêtise.

 
 
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