Repères - Le moine de Rome
Élu pape en 1294, Célestin V n’est resté à ce poste qu’un peu plus de cinq mois avant de démissionner parce qu’il rêvait de retourner vivre dans un monastère. Bien qu’il ait fondé une congrégation et dirigé une abbaye avant son élection, la chronique dit qu’il n’a jamais pu supporter les intrigues politiques et les responsabilités financières liées à sa charge. Il préférait la prière et la contemplation dans le décor austère des ermitages à la vie sophistiquée de la Rome pontificale (ou plutôt de Naples, puisque Charles II, à la tête du royaume du même nom, l’a empêché de prendre possession de ses États dans le Latium). On l’a dit dépassé par la charge en question.
Son règne aura été moins long que celui de Benoît XVI, qui a stupéfait le monde entier lundi en jetant l’étole après six ans de pontificat, et qui parle lui aussi de se retirer dans un lieu de recueillement, probablement dans l’enceinte du Vatican.
L’actuel pape démissionnaire a déjà témoigné à quelques reprises de son admiration pour Célestin V. Controversés malgré une humilité apparemment authentique, ils ont tous deux pris la décision « moderne » de passer le relais avant d’entreprendre le grand voyage vers un monde meilleur, de revendiquer en quelque sorte le droit de finir leurs jours loin des soucis. La comparaison s’arrête probablement là, puisque Joseph Ratzinger est un grand intellectuel, polyglotte, rompu aux raisonnements théologiques, alors que son lointain prédécesseur maîtrisait mal le latin et le droit canonique.
Souvent décrit comme un ultraconservateur inflexible, Benoît XVI a montré à l’occasion des signes d’ouverture, notamment à l’égard des autres religions. Inflexible, peut-être, borné et fermé à la discussion, certainement pas. Il paraissait beaucoup moins opiniâtre que son sportif prédécesseur polonais, qui n’était pas un grand progressiste lui non plus.
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L’an dernier, les fuites de renseignements confidentiels dans la presse italienne, les fameux Vatileaks, ont montré un pape dépassé par les événements et victime plus qu’instigateur d’intrigues de toutes sortes, pour ne pas parler de complots. Elles ont révélé un souverain pontife somme toute assez faible.
La question du blanchiment présumé d’argent dans les voûtes de la Banque du Vatican, évoqué dans le cadre de ce scandale, continue d’entacher la réputation de la cité-État. En janvier, la justice italienne a ordonné à la Deutsche Bank de ne plus en alimenter les guichets automatiques, parce que les autorités européennes et américaines soupçonnent que du blanchiment d’argent s’y pratique toujours.
Le scandale des Vatileaks a mené à l’arrestation et la condamnation du majordome du pape, accusé d’avoir « fuité » plusieurs des documents secrets. Paolo Gabriele a ensuite été gracié par le pape. Au plus fort de la crise, le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, a accusé les journalistes de « jouer les Dan Brown [l’auteur du Da Vinci Code] » dans leur couverture des événements.
En juin dernier, le Vatican a fait appel à Greg Burke, le correspondant de la chaîne Fox News à Rome, pour le conseiller en matière de communication et de relations avec les médias. M. Burke est membre de l’organisation ultraconservatrice Opus Dei, dont la description faite par l’auteur de best-sellers susmentionné est loin d’être flatteuse. Fin janvier, Benoit XVI a nommé un autre membre de la confrérie, Rafael García de la Serrana Villalobos, au poste de vice-directeur de la Direction des services techniques du gouvernorat (sic), ce qui a fait dire au correspondant « papal » du quotidien La Stampa que Benoît XVI compte beaucoup sur l’Opus Dei pour faire le ménage dans les activités temporelles du « Corps mystique du Christ ». M. de la Serrana Villalobos est ingénieur. Or un des documents fuités et révélés par le journaliste Gianluigi Nuzzi parle de corruption et de collusion dans l’octroi de contrats par lesdits «services techniques».








