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    La Suède et le Québec qu’elle nous inspire - La compétitivité pour mieux servir la solidarité

    4 janvier 2013 | Dominic Champagne, Geneviève Dorval-Douville, Miriam Fahmy, Pascale Navarro et Paul St-Pierre-Plamondon - Les auteurs reviennent d’une mission d’exploration du modèle suédois | Europe
    Des étudiants de l’Université de Stockholm. Les études universitaires sont gratuites en Suède, car vues comme un investissement dans la croissance et la prospérité futures.
    Photo : Agence France-Presse (photo) Jonathan Nackstrand Des étudiants de l’Université de Stockholm. Les études universitaires sont gratuites en Suède, car vues comme un investissement dans la croissance et la prospérité futures.

    Deuxième d’une série de trois textes

    Hier : La confiance au service de l’innovation


    Demain : La gouvernance par le savoir

    Pour connaître la genèse du projet : Génération d’idées s’intéresse à la Suède pour débloquer le Québec

    Une différence fondamentale entre le Québec et la Suède, c’est que personne en Suède n’oppose compétitivité et solidarité. Ces deux notions sont au contraire vues comme complémentaires. Avoir des normes environnementales et de sécurité élevées, une éducation gratuite, l’égalité homme-femme et des politiques d’intégration au marché du travail inclusives est vu comme un investissement dans la compétitivité future de l’économie suédoise.



    Ainsi, les Suédois font figure d’avant-garde en tout ce qui a trait à la réglementation environnementale ou en santé et sécurité. Loin de voir ces mesures comme un obstacle aux profits des compagnies, ils les voient comme des moyens d’amener les compagnies à se bâtir un avantage concurrentiel sur des compétiteurs étrangers.


    L’avantage s’est révélé très réel dans le cas de l’industrie automobile : les normes de sécurité élevées imposées par le gouvernement suédois ont forcé les compagnies comme Volvo à innover, et cela leur a donné un avantage concurrentiel majeur durant plusieurs années lorsque les autres pays ont adopté de telles normes.


    Dans le même sens, la Suède a décidé de se libérer du pétrole et de respecter Kyoto. Son calcul est le suivant : même si c’est plus coûteux aujourd’hui, l’expertise qu’elle développe présentement en matière d’énergies renouvelables sera une source d’avantage concurrentiel très important dans quelques années, car elle pourra exporter son expertise. Loin de miser sur le laissez-faire du néolibéralisme, la Suède mise sur une réglementation pointue et stratégique de ses sphères d’activité économique, dans le but de se donner un avantage concurrentiel à l’international à moyen et long terme.

     

    Remettre en question des monopoles


    De plus, la Suède ne craint pas la concurrence du privé et remet en question les monopoles étatiques. C’est ainsi que la Suède a introduit le privé dans le secteur de l’hydroélectricité tout en laissant la plus grande part de marché à sa société d’État. De plus, le système de transport collectif de Stockholm a été entièrement privatisé.


    Dans le domaine de la santé, la Suède a introduit des mécanismes de concurrence entre les hôpitaux publics et expérimente présentement diverses manières d’introduire le privé en santé, lequel est financé par l’État. Ils ont également introduit un ticket modérateur depuis plusieurs années.


    Le raisonnement sous-jacent à ces mesures est que l’intervention de l’État dans l’économie performe mieux lorsqu’elle est en concurrence avec le privé que lorsqu’elle prend la forme d’un monopole étatique. Cela ne signifie pas pour autant d’éliminer complètement le rôle de l’État ou de tout déréglementer, au contraire.

     

    Miser sur le savoir


    Par ailleurs, les études universitaires sont gratuites, car vues comme un investissement dans la croissance et la prospérité futures. L’État investit également massivement en recherche et développement, davantage qu’au Québec. En basant l’accès à l’université sur la méritocratie plutôt que sur les revenus, les Suédois souhaitent aussi faire profiter à leur économie des meilleurs talents en les formant à la hauteur de leurs capacités.


    L’égalité homme-femme, appuyée par des mesures de conciliation travail-famille poussées et nombreuses, procède de la même logique : faire profiter la société de l’ensemble de ses talents en permettant aux parents de rester sur le marché du travail.


    Un autre exemple, peut-être le plus frappant, de la combinaison gagnante entre compétitivité, prospérité et égalité est celui du marché du travail. À la suite d’un consensus entre syndicats regroupés, employeurs regroupés et gouvernement, survenu en 1938, les salaires sur le marché du travail font l’objet d’ententes par secteur, dûment négociées périodiquement. Plus tard, ces ententes sont devenues l’occasion pour l’État suédois d’imposer des salaires très élevés, dans le but avoué d’éliminer les secteurs économiques à faible valeur ajoutée, qui ne peuvent être concurrentiels vis-à-vis l’Asie et l’Europe de l’Est.


    Plutôt que de subventionner les secteurs dont la viabilité est compromise par la globalisation, une telle purge a permis à la Suède de forcer l’innovation dans les secteurs économiques à haute valeur ajoutée fondés sur le savoir. Alors que les employés y voyaient un avantage indéniable vu l’obtention de salaires intéressants, les employeurs y voyaient une façon d’éliminer les concurrents qui ne tiraient leur compétitivité que de mauvaises conditions de travail, tout en favorisant une paix sociale avec leurs employés.

     

    Une fiscalité stratégique


    À l’inverse, la compétitivité et la prospérité ainsi acquises ne sont pas vues comme devant ne profiter qu’à une minorité, mais comme une source d’égalité et de réinvestissement dans la prospérité future. Taxe de vente de 24 %, taux d’imposition au palier le plus élevé à 57 %, soit le 2e plus élevé au monde : cette fiscalité qui ferait frémir bien des Nord-Américains est au contraire vue comme stratégique, car essentielle pour maintenir tous les services nécessaires au maintien de la solidarité, de la cohésion sociale, de la formation des travailleurs… et donc de la compétitivité à long terme.


    De plus, l’évasion fiscale est presque inexistante. C’est dans un tel contexte que l’État suédois peut demander plus de flexibilité à ses syndicats quant aux régimes de retraite et à la sécurité d’emploi : le filet social et les programmes sociaux suédois sont au rendez-vous pour garantir la qualité de vie de chacun.


    Du point de vue du Québec, il est essentiel de noter à ce titre que vu la performance économique exceptionnelle de la Suède au cours de la dernière décennie, il n’y a vraisemblablement aucune corrélation négative entre fiscalité élevée et prospérité économique, contrairement à ce que l’on a pu entendre lors du débat récent sur les paliers d’imposition au Québec. Leur fiscalité élevée n’a pas tué la poule aux oeufs d’or. Grâce à une prospérité économique soutenue combinée à des revenus fiscaux parmi les plus imposants au monde, l’État suédois dispose d’un budget élevé qui lui permet de fournir des services sociaux universels qui sont cohérents avec leurs idéaux d’égalité et de solidarité : système de santé efficace, politiques familiales innovatrices, suppléments de revenu généreux, etc.


    Et ça fonctionne, car encore aujourd’hui, la Suède affiche, parmi tous les pays de l’OCDE, l’un des plus faibles taux d’inégalités au monde. N’est-ce pas là l’idéal de toute société avancée ?


    Cependant, l’État-providence suédois fait actuellement face à des défis similaires au nôtre : participation au marché du travail réduite, intégration de l’immigration, précarisation des conditions de travail, vieillissement de la population… Cela entraîne une croissance des inégalités qui, si elle est moins perceptible qu’au Québec, commence déjà à poindre. Cela entraîne aussi une remise en question de certains pans du modèle à cause de l’augmentation des coûts sociaux qu’une telle conjoncture entraîne.


    Malgré ces défis, les Suédois demeurent extrêmement fiers de leur modèle et de ses succès. Ils y voient encore plusieurs avantages indéniables, et sont conscients que, pour le maintenir, ils doivent y contribuer financièrement. Si des remises en question de certains pans du modèle peuvent être envisagées, c’est toujours en tenant compte de l’efficacité et de la compétitivité à long terme, ainsi qu’en misant sur la conviction profonde que, en misant simultanément sur les principes de concurrence et de solidarité, ils y gagnent tous, individuellement comme collectivement.

     
     
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