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Poignée de main historique entre Elizabeth II et un ancien chef de l’IRA à Belfast

28 juin 2012 | Associated Press | Europe
Une première poignée de main a été échangée à huis clos. Le geste a ensuite été répété en public.
Photo : Agence Reuters Paul Faith Une première poignée de main a été échangée à huis clos. Le geste a ensuite été répété en public.
Belfast - L’un des dirigeants du Sinn Féin, Martin McGuinness, a serré la main de la reine Elizabeth II hier à Belfast, un geste historique qui témoigne des progrès effectués pour consolider la paix en Irlande du Nord.

La reine et Martin McGuinness, ex-dirigeant de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), se sont rencontrés en privé dans un théâtre de Belfast en marge d’une manifestation rassemblant une grande partie des musiciens, poètes et artistes les plus en vue d’Irlande du Nord. Le mari de la reine, le prince Philip, le président irlandais Michael Higgins et le premier ministre d’Irlande du Nord, Peter Robinson, étaient également présents.


Les médias n’ont pas pu voir leur première poignée de main, mais la reine et M. McGuinness ont renouvelé ce geste symbolique une demi-heure plus tard devant une caméra de télévision et deux photographes. Un tel geste aurait été inimaginable il y a encore quelques années.


Les autorités ont interdit la diffusion en direct d’images et de son en raison du caractère très sensible de cet événement. M. McGuinness a ensuite affirmé qu’il avait dit à la reine, en gaélique, «Au revoir et bon voyage», avant de lui traduire la phrase.


La poignée de main est survenue lors de la visite de deux jours en Irlande du Nord de la reine et de son mari dans le cadre d’une tournée destinée à célébrer le 60e anniversaire de son accession au trône. Martin McGuinness avait été invité à participer à une manifestation culturelle à laquelle était conviée la reine, dans le cadre de ses fonctions de vice-premier ministre du gouvernement nord-irlandais.


Les dirigeants du Sinn Féin avaient refusé de rencontrer Elizabeth II l’an dernier lors de sa première visite d’État en République d’Irlande, affirmant qu’il était encore trop tôt après la fin de plusieurs décennies d’un conflit meurtrier.


Cette fois, le Sinn Féin a donné son feu vert à une telle rencontre, malgré l’opposition de certains républicains irlandais, qui veulent mettre un terme à la tutelle britannique en Irlande du Nord.

 

Parcours exceptionnel


Martin McGuinness, qui a échangé cette poignée de main historique, franchit une étape symbolique forte dans un parcours exceptionnel qui l’a déjà mené de la lutte armée au sein de l’IRA jusqu’au gouvernement nord irlandais.


Ce catholique âgé de 62 ans a été l’un des dirigeants de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) qui a combattu la domination britannique en Irlande du Nord pendant les 30 ans de « troubles » au cours desquels 3500 personnes ont été tuées.


Mais c’est aussi l’un des principaux artisans du processus qui a conduit le mouvement clandestin à déposer les armes, et un négociateur majeur de l’accord de paix du Vendredi Saint en 1998. Ce qui l’a conduit à devenir vice-premier ministre en Irlande du Nord dans un gouvernement d’union avec ses anciens ennemis protestants du parti unioniste démocrate (DUP).


Cette spectaculaire transformation lui a attiré des menaces de mort des groupuscules dissidents de l’IRA, hostiles au processus de paix. Mais elle lui vaut aussi le respect de ses anciens adversaires.


Né en mai 1950 à Londonderry, James Martin Pacelli McGuinness rejoint à l’adolescence le mouvement catholique des Droits civiques, puis le parti Sinn Féin en 1970. En ces années, il est perpétuellement paré de son béret de « guérillero » à la Che Guevara et intègre l’IRA.


McGuinness reconnaîtra en 2001, brisant le code d’honneur qui impose le secret à ses membres, avoir été le numéro 2 de l’IRA à Londonderry pendant les événements du « Bloody Sunday », lorsque 13 républicains ont été tués par l’armée britannique, le 30 janvier 1972.


En 1973, il est emprisonné en Irlande, pendant six mois, après avoir été trouvé dans une voiture en possession de 113 kilos d’explosifs et près de 5000 pièces de munitions. La presse britannique le qualifie de « plus dangereux ennemi de la Couronne».


Mais McGuinness devient un interlocuteur pour Londres.

 
 
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