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Élections législatives françaises - Quelle majorité pour François Hollande ?

Il n’y a pas de vague rose à l’horizon

9 juin 2012 | Christian Rioux | Europe
L’élection présidentielle française est trompeuse. Une fois les deux tours passés, rendu au mois de mai, on croit que tout est terminé. En fait, après pratiquement un an de campagne, c’est ce que tout le monde souhaiterait. Et pourtant, rien n’est fait. Sans majorité parlementaire, les promesses du candidat victorieux ne demeureraient guère que des promesses. Ce n’est donc que demain, à l’occasion du premier tour des élections législatives, que l’on pourra avoir une première idée de la majorité parlementaire dont jouira le nouveau président. Et surtout savoir s’il devra cohabiter avec la droite ou avec ses alliés d’extrême gauche.

Il faut dire que, depuis que l’élection législative suit immédiatement celle du président, il n’y a guère eu de surprise. En 2002 et en 2007, les électeurs ont donné au gouvernement une majorité lui permettant de mettre en pratique sa politique. À moins d’un imprévu, il ne devrait pas en aller autrement cette année. Surtout que le nouveau président a réalisé un parcours pratiquement sans faute depuis son élection.


En effet, la sanction des marchés tant annoncée qui devait punir la gauche laxiste, qualifiée par la droite d’irresponsable, ne n’est pas produite. Le président que l’on prétendait inexpérimenté en politique étrangère a fait preuve d’une maîtrise réelle des dossiers tant lors de ses entretiens avec la chancelière Angela Merkel qu’aux sommets du G8 et de l’OTAN aux États-Unis, où il a volé la vedette à Barack Obama. Enfin, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’est mis au travail rapidement sans véritables couacs. La réduction de 30 % du salaire du président et des ministres n’est pas pour déplaire à l’électorat en ces temps de crise. La polémique lancée par l’UMP sur la légalisation du cannabis (que soutient la ministre du Logement, Cécile Duflot, à l’encontre de son gouvernement) a fait long feu. Même chose pour les attaques à l’endroit de la nouvelle ministre de la Justice, Christiane Taubira. L’UMP l’a accusée de laxisme à l’égard des délinquants parce qu’elle veut supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs créés par Nicolas Sarkozy. Avouons que, pour l’instant, le nouveau style plus simple de la présidence et du gouvernement, dont les membres, à l’image de François Hollande, se déplacent en train, a séduit les Français.

 

Gouverner, mais avec qui ?


Il n’est pourtant pas du tout acquis que les socialistes puissent conquérir à eux seuls une majorité à l’Assemblée nationale. Certes, les sondages réalisés à quelques jours du premier tour montrent que la gauche parlementaire (Parti socialiste, Europe Écologie Les Verts, Front de gauche, Parti radical de gauche, Mouvement républicain et citoyen, divers gauche) est en position de force. Mais il n’y a pas de raz-de-marée à l’horizon.


À droite, l’UMP et les petits partis de droite sont crédités de 34,5 % des voix. Mais le niveau élevé des intentions de vote pour le Front national, qui se maintient à 15,5 %, permet de prédire que le parti de Marine Le Pen pourra se maintenir au second tour dans un grand nombre de circonscriptions. Il lui suffit pour cela d’obtenir 12,5 % des votes. L’institut Ipsos estime que ce pourrait être le cas dans 90 circonscriptions. Selon ces chiffres, la droite serait donc entraînée dans un combat triangulaire dans 57 circonscriptions. Selon la même enquête, la gauche peut espérer entre 292 et 346 sièges et la droite, entre 231 et 285 sièges. Quant au Front national et au Modem, ils ne devraient pas en avoir plus de trois chacun.


Si une assemblée de gauche semble à peu près assurée, il est loin d’être certain que le Parti socialiste pourra gouverner seul. Il lui faudrait pour cela 289 députés. Or les sondages le mettent plutôt entre 243 et 285. Le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon peut espérer entre 23 et 26 élus, Europe Écologie Les Verts, entre 12 et 16, les radicaux de gauche, entre 12 et 15 et le Mouvement républicain et citoyen de Jean-Pierre Chevènement, de 1 à 4 députés.


Il faudra donc attendre le soir du 17 juin pour savoir si François Hollande pourra gouverner avec les seuls socialistes ou s’il devra faire alliance. Une alliance avec le Mouvement républicain et les radicaux de gauche serait dans l’ordre des choses puisque ceux-ci se sont directement associés à la campagne présidentielle socialiste en ne présentant pas de candidat indépendant. Quant aux écologistes (EELV), cela entraînerait probablement quelques concessions, même si des accords électoraux ont été conclus depuis longtemps et que les écologistes ont déjà une représentante au gouvernement en la personne de Cécile Duflot. Sur les 63 circonscriptions que le PS a réservées aux écologistes, une vingtaine sont vraiment gagnables.


La surprise pourrait surtout venir du Front de gauche, qui n’est pas parvenu à un accord avec le PS. Son leader, Jean-Luc Mélenchon, a beau ferrailler dans la circonscription de Hénin-Baumont contre la présidente du Front national Marine Le Pen, ce beau coup médiatique est loin de garantir à son parti un groupe parlementaire. En effet, les communistes qui font partie du Front de gauche ne sont pas assurés de conserver leur vingtaine d’élus, mais ils devraient en avoir suffisamment pour constituer un groupe parlementaire. Si jamais un de leurs membres devait entrer au gouvernement, le tribun de l’extrême gauche pourrait se retrouver bien seul sur les banquettes de l’opposition de gauche.

 

La droite et ses démons


À droite, personne ne croit vraiment à une cohabitation. L’écueil qui attend le parti de Jean-François Copé, ce n’est par tant l’élection de quelques députés du Front national - pour la première fois depuis 1997, la possibilité semble réelle dans le Nord-Pas-de-Calais et le Gard. C’est plutôt le retour de l’inévitable polémique sur les alliances locales. Le FN fait déjà tout pour semer la pagaille parmi les élus de droite en menaçant de les faire battre en cas de triangulaire. À moins qu’ils ne s’engagent à soutenir ses candidats dans le cas d’un match opposant le FN à la gauche.


Déjà, le candidat UMP dans les Bouches-du-Rhône, Roland Chaussain, a lancé la polémique en se déclarant plus proche de Marine Le Pen que du PS. « L’UMP et le FN sont appelés à se côtoyer pour reprendre le pouvoir », a-t-il déclaré à l’hebdomadaire Minute. « Le programme du FN, c’est mon programme », dit le candidat. Et il n’est pas le seul. Récemment, le député UMP de Marseille, Dominique Tian, a dit refuser d'« être la droite la plus bête du monde en bunkérisant le FN ». La députée UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, a aussi affirmé « avoir toujours défendu » les valeurs de Marine Le Pen.


Certes, la fronde est encore circonscrite, mais elle va en s’élargissant. Déjà, un bureau politique extraordinaire de l’UMP est prévu le 11 juin, au lendemain du premier tour. Il devra déterminer l’attitude à adopter dans le cas où un candidat du FN s’oppose à un candidat de gauche. On s’attend à ce que Jean-François Copé réitère la position qu’il avait adoptée aux cantonales de 2011 : « Ni Front national, ni Front républicain ». Sauf que le premier ministre François Fillon avait alors rué dans les brancards en appelant à voter contre le FN. À l’UMP, l’unanimité est loin d’être acquise. Et la défaite à la présidentielle n’a certainement pas arrangé les choses.

 
 
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