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Crise de l'euro - Pâle G8

22 mai 2012 | Serge Truffaut | Europe
À peine la monnaie était-elle inventée que circulait déjà le dicton enseignant que le temps, c’est de l’argent. On exagérera à peine en stipulant que tous les dirigeants occidentaux sont bien conscients de ce fait, à une exception : Angela Merkel. Si, dans le cadre du G8, elle a consenti une concession, il n’en demeure pas moins que sa volonté moralisatrice l’empêche d’observer la brutale réalité de certains faits économiques. Des faits qui, si l’on n’y prend garde, risquent de violenter la planète financière dans le courant de l’été.

Signe des vives inquiétudes dont la Grèce est le moteur, à la veille comme à l’avant-veille du G8 présidé cette année par les États-Unis, un nombre imposant de gestes ont été faits souvent accompagnés de paroles conjuguées à l’enseigne de la gravité. Un, le FMI a annoncé qu’il suspendait (!) tous ses contacts avec la Grèce jusqu’aux prochaines élections prévues le 17 juin. Deux, l’agence de notation Fitch a indiqué qu’elle avait ramené la valeur de la Grèce et des principales banques du pays à une fiction. Trois, un rapport précisait que les établissements financiers grecs étaient confrontés au pire des scénarios : des retraits massifs. En deux ans, ceux-ci ont perdu environ 100 milliards de dollars ou 30 % du total des dépôts. Quatre, le premier ministre Dave Cameron s’avance vers la caméra et déclare : «… soit elle [la zone euro] se réconcilie, soit elle va vers une possible désagrégation ».


Lorsque les membres du G8 s’assoient autour de la table, ils savent pertinemment qu’il faut convertir Merkel aux vertus de la croissance. Effectivement, et ainsi que le souligne le communiqué final, elle convient qu’il faut favoriser la croissance. Bref, que l’austérité pour l’austérité n’est pas la solution. Mais voilà, de retour en Allemagne, elle a fait ce qu’elle fait depuis l’éclatement de la crise grecque en mars… 2010 ! Elle souffle le chaud et le froid. Elle louvoie jusqu’à plus soif.


Hier en effet, lors d’une réunion préparatoire au énième sommet de la dernière chance de l’Union européenne (UE) qui se tiendra demain, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a signalé à son homologue français, Pierre Moscovici, que les « euro-obligations » restaient taboues. Autrement dit, les Allemands ne veulent toujours pas amorcer une négociation sur la mutualisation des risques tout en sachant que cette position va augmenter passablement le coefficient de difficulté auquel les banques espagnoles et italiennes sont déjà exposées.


Il est fort probable que l’on va assister à une consommation imbécile du temps comme ce fut le cas avec la Grèce. Mais encore ? En octobre dernier, après avoir pris connaissance du plan d’austérité le premier ministre grec de l’époque, Georges Papandréou, constate que les ramifications de celui-ci sont si profondes qu’elles doivent être soumises à un référendum. C’est un secret de Polichinelle que les colères combinées de Merkel et de Nicolas Sarkozy l’ont fait reculer. Depuis que s’est-il passé ? Huit mois plus tard, les Grecs ont transformé les législatives en un référendum sur le fameux plan. Pire, les résultats ayant été ce que l’on sait, un autre scrutin est prévu. Comme dirait le sieur de La Palice, à cause de Merkozy, l’UE a perdu neuf mois. Après avoir évoqué maintes fois le déficit économique, il serait temps d’évoquer le déficit politique.

 
 
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