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Heureux qui, comme François…

La France « embastillée de frais » célèbre comme dans les grands jours. Il est minuit à Paris.

François Hollande, l’homme sans charisme ni image, comme disaient certains, prononce son premier discours parisien de président élu. Un président normal, comme il se définit déjà.


Pas de rancune, mais un visage lumineux. Pas de triomphe, mais une joie évidente. Des centaines de milliers de Parisiens se pressent pour l’écouter, mais il semble seul avec ce destin qui lui a donné rendez-vous ici, sur cette place emblématique de l’histoire du peuple de France.


Seul, mais avec les jeunes. Ou plutôt avec l’espoir des jeunes. François Hollande a compris. Il n’y a pas d’avenir dans un pays qui ne donne pas d’espoir à sa jeunesse.


François Hollande a compté sur la jeunesse pour se faire élire et il compte désormais sur elle pour que la France se retrouve dans ses immuables valeurs de démocratie et d’égalité citoyennes. Tout son appel - on l’avait constaté lors du dernier débat télévisé avec Nicolas Sarkozy - est teinté de son combat pour l’équité sociale. Il a en effet de bonnes raisons de le clamer haut et fort.


La France laissée en l’état par Nicolas Sarkozy est aux prises avec les pires divisions. C’est une France jouxtée par la xénophobie ou la haine de l’autre, l’intolérance aux différences culturelles et religieuses, aux orientations sexuelles, réfractaire à l’existence même d’un texte officiel sur la reconnaissance du harcèlement. Une France de l’exclusion, du populisme grandissant, des privilèges, des politiques partisanes et des écarts de richesse scandaleux.


Bref, une France égarée, en rupture totale avec sa légendaire devise : Liberté, Égalité, Fraternité.


Pas de quoi vraiment motiver la jeunesse. Pas non plus de quoi raviver chez eux une quelconque flamme pour la chose publique et la politique.


Pour rompre avec cinq années de sarkozisme, François Hollande a déjà changé le style de sa future présidence. Il va réduire le train monarchique (selon son expression) de ces vedettes élyséennes que sont les présidents. Il veut même continuer à résider dans son appartement de location du XVe arrondissement. Il ne veut rien changer de ses habitudes de quartier, et garder, je le cite, son boulanger, son restaurant, son libraire. Bref, vivre et agir comme bien des Parisiens, en homme simple dont le métier est… président de la République.


L’ombre de Mitterrand et les fantômes d’un socialisme de bureaucrates et de mondains planent sur l’arrivée de François Hollande, qui gardera encore dans ses rangs quelques éléphants du Parti socialiste de l’époque. Saura-t-il les dresser ? La question de son succès est donc légitime. Sur le plan politique et économique, la tâche est considérable. Il le sait.


Mais, avouons-le, cet homme nous fascine déjà. Et soyons honnêtes : qui le donnait gagnant il y a encore un an ? Même l’ancien ministre socialiste Laurent Fabius l’avouera le soir de l’élection à la télévision.


La chance l’a servi, sans doute, mais cela ne suffit pas. Et avec la personnalité qui est la sienne, son intelligence vive, sa gentillesse (il est décrit comme tel par ceux qui le côtoient), sa simplicité, sa capacité de travail et de concentration, son respect profond pour ses conseillers et pour le peuple en général, François Hollande imprime, d’ores et déjà, à sa politique un style bien différent de son prédécesseur. Et puis, tout le monde le dit, il semble pourvu d’un solide sens de l’humour.


« Il n’a pas l’expérience du pouvoir, il n’a jamais occupé de fonctions ministérielles », crient ses détracteurs. C’est vrai. Et justement, c’est sans doute cela qui va l’aider à faire de la politique autrement, avec un regard neuf. Précisément, ce dont la France a le plus besoin après des années de gouvernance par des politiciens experts !


Analyser la composition de son électorat montre que François Hollande a réussi à reconnecter le parti socialiste avec des bases traditionnelles de travailleurs et d’ouvriers, ce qui gênera Marine Le Pen plus qu’elle ne l’affirme aux législatives prochaines. Mais, surtout, il a rejoint les jeunes dans leurs légitimes aspirations de justice et d’équité sociales.


Enfin, on sait qu’il accorde une place importante à l’écoute des intellectuels de tout horizon et des artistes.


« Soyez heureux, soyez généreux », conclura-t-il dans son allocution. Un président qui souhaite du bonheur à ses concitoyens, voici un premier changement plutôt sympathique à noter.


Tortue besogneuse au pays des lièvres bavards, François Hollande s’est rendu là où il voulait se rendre. Il a dû surmonter, on s’en doute, les innombrables embûches placées sur son chemin tant par ses amis que par ses ennemis. Ne doutons pas un seul instant que le talent et la force qu’il a su déployer jusqu’à son élection sont probablement les garants de sa réussite future.


En tous les cas, nous aurions intérêt à donner, comme on dit, une chance au coureur.



Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie de l’image.


 
 
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