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    Hollande l’emporte sans triomphalisme

    Des scènes de liesse se déroulent dans toute la France

    7 mai 2012 |Christian Rioux | Europe
    François Hollande célébrant sa victoire à l’élection présidentielle française, hier, aux côtés de sa compagne, Valérie Trierweiler, à Tulle dans son fief électoral en Corrèze. « Les Français viennent de choisir le changement », a lancé le président élu à ses partisans.
    Photo: Agence Reuters Régis Duvignau François Hollande célébrant sa victoire à l’élection présidentielle française, hier, aux côtés de sa compagne, Valérie Trierweiler, à Tulle dans son fief électoral en Corrèze. « Les Français viennent de choisir le changement », a lancé le président élu à ses partisans.
    Trente et un ans après l’élection de François Mitterrand, la France a élu hier le second président socialiste de l’histoire de la Ve République. Des scènes de liesse se sont déroulées dans toutes les villes de France, et particulièrement à Paris où des dizaines de milliers de personnes ont aussitôt envahi la place de la Bastille. Avec 51,7 % des voix, François Hollande obtient une nette victoire, mais moins ample que celle qu’avaient laissé prévoir les sondages. L’élection de François Hollande met fin à 17 ans de présidence de droite.

    Malgré un résultat honorable (48,3 %), la défaite est amère pour Nicolas Sarkozy, dont l’impopularité personnelle ne s’était jamais démentie tout au long de son mandat. Il devient, avec Valéry Giscard d’Estaing, le second président de la Ve République à qui les Français ont refusé un second mandat. Et il rejoint les nombreux dirigeants européens que les peuples ont refusé de réélire, ou qui ont été démis, depuis l’éclatement de la crise des dettes souveraines. Nicolas Sarkozy a dit hier qu’il ne serait « plus jamais candidat aux mêmes fonctions » et redevenait donc « un Français parmi les Français ». Il y a quelques semaines, le président avait déclaré à la radio qu’advenant une défaite, il quitterait la politique.


    Même si des milliers de personnes ont fêté jusque tard dans la nuit, la victoire d’hier semblait revêtir un ton beaucoup plus grave que celle de François Mitterrand en 1981. « Les Français viennent de choisir le changement », a déclaré François Hollande de Tulle, son fief électoral en Corrèze où les accordéons jouaient La vie en rose. Le nouveau président veut être jugé sur deux engagements majeurs : « Chacun de mes choix, chacune de mes décisions, sera jugé sur ces deux critères : est-ce juste et est-ce vraiment pour la jeunesse ? »


    Loin du style décomplexé et clivant de son prédécesseur, le nouveau président s’est engagé à servir son pays « avec le dévouement et l’exemplarité qu’exigent ces fonctions […]. Pour les électeurs qui ne m’ont pas accordé leurs suffrages, qu’ils sachent bien que je suis le président de tous. Ce soir, il n’y a qu’une France, réunie dans le même destin. Chacun et chacune en France, dans la République, sera traité à égalité de droits et de devoirs. Aucun enfant de la République ne sera laissé de côté. »


    Le nouveau président a aussi adressé un message à l’Europe, dont il veut relancer la croissance. « Je mesure aussi que l’Europe nous regarde, dit-il. Je suis sûr que, dans bien des pays européens, les résultats ont été un soulagement, un espoir. […] L’austérité ne pouvait plus être une fatalité : c’est un aussi une mission qui est la mienne, la croissance, l’emploi, l’avenir. »


    À la salle de la Mutualité, à Paris, où étaient réunis les partisans de Nicolas Sarkozy, l’ambiance était parfois amère. Le président a dû calmer ses partisans qui huaient chaque fois qu’il parlait de son adversaire. « Le peuple français a fait son choix, […] c’est un choix démocratique et républicain, a-t-il déclaré. Nous devons ce soir penser exclusivement à la grandeur de la France et au bonheur des Français. Je veux les remercier pour avoir présidé notre pays pendant cinq ans. Jamais je n’oublierai cet honneur. Dans la vie d’un homme, présider à la destinée de la France, c’est quelque chose que je ne pourrai jamais oublier, c’est un bonheur immense. J’y ai consacré toute mon énergie, j’ai essayé de faire au mieux. »


    Nicolas Sarkozy a dit porter « toute la responsabilité de cette défaite ». « Une autre époque s’ouvre, dit-il. Dans cette époque, je resterai l’un des vôtres. […] Après 35 ans de mandat politique, […] mon engagement sera dorénavant différent. »


    Vers minuit, François Hollande s’est adressé une seconde fois à ses partisans, cette fois sur la place de la Bastille qui, malgré la gravité des discours, avait des airs de 10 mai 1981, date de la première élection de François Mitterrand. Les drapeaux tricolores côtoyaient ceux de nombreux pays, dont quelques drapeaux du Québec. « J’ai entendu votre volonté de changement […] après des années de rupture, de blessure », a déclaré François Hollande. Le nouveau président veut que cette victoire ne soit pas celle de la « rancune ». « Je suis le président de la jeunesse de France ! », lance-t-il. Son discours s’est terminé par la Marseillaise, une tradition récente à gauche instaurée par Ségolène Royal en 2007.


    Pour l’ancienne candidate socialiste Ségolène Royal, « François Hollande a été récompensé de la cohérence de sa campagne ».


    L’écart, moins important que celui annoncé par les sondages, a fait dire à l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, que cette élection était « jouable ». Les ténors de l’UMP avaient déjà en tête les élections législatives du mois de juin qui devraient donner une majorité au nouveau président. L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin a appelé à une « opposition constructive ». « Dans aucun pays européen, on n’a vu un chef d’État résister aussi bien à la crise », selon le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.


    La candidate du Front national, Marine Le Pen, a déploré que les membres de l’UMP aient « tué toute chance de victoire » en refusant toute alliance électorale avec le FN.


    Hollande vainqueur au Québec


    Avec environ 80 % des inscrits, la participation est légèrement inférieure à celle de 2007, mais supérieure à celle de 2002. Le scrutin d’hier a attiré un million d’électeurs de plus qu’au premier tour. Les Français résidant au Québec ont plébiscité François Hollande à 57,74 %.


    En ces temps de crises, les délices de la victoire risquent d’être de courte durée. Immédiatement après la passation des pouvoirs, le 15 mai prochain, le nouveau président devrait rendre visite à Angela Merkel, qui l’a félicité dès hier soir pour sa victoire. La chancelière allemande, qui a soutenu Nicolas Sarkozy pendant la campagne, avait d’abord accueilli froidement la proposition de François Hollande de renégocier le traité européen de stabilité budgétaire. Elle a récemment ouvert la porte à l’ajout d’un « volet croissance ». François Hollande sera aussi aux États-Unis le 18 mai pour le sommet du G8 qui sera immédiatement suivi de celui de l’OTAN, où le nouveau président annoncera le retrait avant la fin de l’année des 3400 soldats français en Afghanistan.


    En pleine crise de l’euro, les premières décisions économiques de François Hollande seront scrutées à la loupe par les marchés. En particulier, la nomination du premier ministre qui devrait intervenir rapidement. Les noms les plus souvent cités sont ceux de Jean-Marc Ayrault, aujourd’hui patron des députés socialistes, de Manuel Valls, la vedette montante du parti, et de Martine Aubry, qui dirige le PS. François Hollande pourrait aussi organiser dès la mi-juillet un grand sommet social avec les syndicats afin de passer en revue les impératifs de la rigueur budgétaire et les moyens de la relance.


    Les Français retourneront aux urnes les 10 et 17 juin pour élire les députés de l’Assemblée nationale. Car, sans majorité parlementaire, le nouveau président pourrait être forcé à d’importants compromis avec ses alliés. « Il faut me donner une majorité », a conclu François Hollande sur la place de la Bastille.

     
     
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