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Le modeste

7 mai 2012 | François Brousseau | Europe
Un modeste - un vrai - à la tête de la République française ! L’événement est sans précédent. Lorsqu’on fait le compte des prédécesseurs de François Hollande (qui devient le septième président de la Cinquième République), on voit bien - ne serait-ce qu’au niveau du caractère - ce que cet homme, élu hier avec un peu plus de 51 % des suffrages, peut apporter de nouveau et de rafraîchissant à la fonction.

La France a traditionnellement souffert d’une déification du personnage au sommet de l’État, avec pour corollaires une « monarchisation » de la République et une solennité empesée dans l’exercice du pouvoir : Charles de Gaulle (1959-1969) et François Mitterrand (1981-1995) en sont les exemples les plus achevés, mais Jacques Chirac (1995-2007) et Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), très versés sur les fastes de la République, restaient dans la tradition.


Il est vrai qu’avec Nicolas Sarkozy (2007-2012), le style du pouvoir a radicalement changé. Après un départ « bling-bling », tout en ostentation, il s’était un peu amendé. Mais sans rien perdre de son côté « ado attardé », de son agitation, de son omniprésence maladive qui refusait le détachement hautain et les références de « haute culture » traditionnellement attachés à la fonction.


Cela dit, en fait de concentration du pouvoir, le président sortant n’a pas trahi la tradition, traitant souvent ses subalternes (méritoire premier ministre François Fillon) comme de méprisables sous-fifres. L’humilité ? Celle de Nicolas Sarkozy représentait sans doute la quintessence de la « fausse modestie ».


Plus que la sanction d’une politique ou d’un programme, le congédiement de Nicolas Sarkozy est la sanction d’un style. Un style cassant, interventionniste, désagréable, devenu insupportable pour un grand nombre de Français, y compris de droite. Ce qui n’a pas empêché ce sortant ô combien critiqué… d’aller chercher presque 49 % des voix !


***


Ce qui nous amène à François Hollande. Dans son discours de victoire, prononcé dans sa ville corrézienne de Tulle (modestement reconnue pour ses fabriques d’accordéons), il a parlé hier de ses attaches locales, de « l’honneur qui m’est fait », de la « tâche qui m’attend », du « changement qui doit être à la hauteur », de sa nouvelle fonction comme d’un « service », etc.


Jamais un François Mitterrand n’aurait parlé de cette manière. Alors qu’au Québec, un René Lévesque avait régulièrement à la bouche l’expression « votre humble serviteur » (et ça ne sonnait pas faux). Avec François Hollande, la France entre dans l’ère du « président normal » (l’expression est de lui), une ère que Nicolas Sarkozy, à sa manière, aura paradoxalement préparée.


Car c’est Nicolas Sarkozy qui aura désacralisé une fois pour toutes la fonction présidentielle. Mais d’une façon brutale et vulgaire. Hollande entend certes lui rendre dignité et gravité, après les années « bling-bling », mais sur un registre qui ne sera jamais plus celui du Grand Manitou ou du président-roi.


La France a changé, le monde a changé, et la terrible crise qui secoue l’Europe représente en elle-même une extraordinaire leçon d’humilité pour les États-nations qui la composent, et pour la fonction politique en général.


Tout au plus, lors de son discours de Tulle, M. Hollande aura-t-il brièvement quitté le registre de la modestie lorsque, parlant de la France, il a évoqué la grandeur de son pays. Un pays dont il espère manifestement qu’il peut encore influencer les affaires de la planète, à commencer par le Vieux Continent :


« Nous ne sommes pas n’importe quel pays de la planète. Nous sommes la France. Président, il me reviendra de porter les aspirations qui sont celles du peuple de France. Aujourd’hui, je mesure que l’Europe nous regarde et je suis sûr que c’est un soulagement, un espoir. L’idée que l’austérité enfin, n’est plus une fatalité pour l’Europe. »


***


Le voilà, le grand, l’immense défi de François Hollande : renverser la vapeur à l’échelle de l’Europe, une Europe éreintée par les programmes d’austérité qui aggravent les déficits au lieu de les alléger, tout en semant chômage et récession. Avec la foi que c’est possible, que les ressources existent. Une foi insensée dans la politique, dans l’Europe, dans un dialogue franco-allemand plus égalitaire, alors même que les indicateurs reviennent au rouge dans un pays après l’autre, de la Grèce à l’Espagne.


Une foi insensée mais nécessaire, qui exigera de M. Hollande de grandes réserves de détermination… et de modestie.


***
 

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. On peut l’entendre tous les jours à l’émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l’adresse http://blogues.radio-canada.ca/correspondants

 
 
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