Présidentielle française - François Bayrou votera pour Hollande
Le chef du MoDem ne donne pas de consigne à ses partisans
« Un choix historique, le premier pas vers une union nationale, un rassemblement le plus large possible, se félicite le vice-président du MoDem, l’eurodéputé Robert Rochefort. Nous allons au bout de l’indépendance en ayant le courage de dire les choses. Mais ce n’est en aucun cas une allégeance » au socialiste.
« Je ne suis pas une homme de gauche, je ne deviendrai pas un homme de gauche, je suis un homme du centre et j’entends le rester », professe d’ailleurs Bayrou, qui dit s’être déterminé en fonction des réponses apportées par les deux finalistes à sa lettre ouverte, de leurs interventions entre les deux tours et au lendemain du débat télévisé.
Une course-poursuite
La tournure ultra-droitière de la campagne menée par le président sortant est pour beaucoup dans le choix du patron du MoDem, qui s’était déjà insurgé, il y a une semaine, contre « une course-poursuite à l’extrême droite » pour capter les voix de Marine Le Pen : « Nous ne retrouvons pas nos valeurs, ce que nous croyons de plus profond est bousculé, nié dans son principe. » Pour un cadre MoDem, « le discours de Sarkozy sur les frontières à Toulouse, et un clip de campagne montrant des femmes voilées et une inscription douane en français en arabe, ont heurté profondément ».
« La ligne qu’a choisie Nicolas Sarkozy entre les deux tours est violente, elle entre en contradiction avec les valeurs qui sont les nôtres, pas seulement les miennes, pas seulement celles du courant que je représente, mais aussi les valeurs du gaullisme, autant que celles de la droite républicaine et sociale », condamne Bayrou, citant « l’obsession de l’immigration » et « l’idée que l’école devait être l’apprentissage des frontières ».
C’est encore par les valeurs que le candidat aux 9,13 % de voix justifie son choix de voter pour le socialiste dimanche. Celui-ci « s’est prononcé de manière claire sur la moralisation de la vie publique », tranche-t-il… Pour mieux se démarquer du programme économique de Hollande, selon lui « inadapté à la situation du pays en encore plus à la crise qui vient ». Tenant d’une stricte orthodoxie budgétaire, le centriste plaidait par exemple, pour la règle d’or, défendue par Sarkozy, mais rejetée par Hollande.
Longues discussions
Première mise en garde au candidat PS, donc, qu’il appelle, crise économique et budgétaire oblige, à sortir de la « logique des camps anciens » pour former « l’union nationale » : « S’il en reste à la gauche classique et à son programme, je serai un opposant dans une opposition vigilante et constructive mais déterminée. »
« Maintenant, la balle est dans le camp de Hollande. Il faut qu’il y ait une reconnaissance des composantes qui soutiennent sa candidature », renchérit Christophe Madrolle. L’élu marseillais, ex-écologiste, a annoncé son soutien à Hollande, comme les eurodéputés Robert Rochefort et Jean-Luc Bennahmias l’avaient déjà fait auparavant. Tous trois affichaient un large sourire, après les réunions du comité stratégique du MoDem, le matin, et du conseil national, l’après-midi. En tout, sept heures de discussions pour mettre au clair les positions de chacun. « L’option Sarkozy a été vite éliminé », assurent-ils. « À la louche, c’était 60 % vote blanc, 40 % Hollande, les soutiens à un vote Sarkozy étaient très minoritaires », relate Bennahmias, « content qu’on ait réussi à tenir la baraque » MoDem, après les déchirements de 2007 entre alliés à Sarkozy et tenants d’un centre « ni droite ni gauche ».
Comment réagiront les élus travaillant dans des majorités locales avec la droite ? Rochefort croit que l’équilibre a été trouvé. « On a fait de telle sorte que ça n’exclut personne, tout le monde pourra vivre sa vie », résume-t-il. Les sénateurs François Zochetto et Jean Arthuis - le chef de l’Alliance centriste soutenait Bayrou au premier tour -, qui ont affiché leur soutien à Nicolas Sarkozy, n’étaient pas présents à la réunion…










