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    Élections en France - Le coup de barre

    4 mai 2012 |Serge Truffaut | Europe
    Tout logiquement, les mandarins comme les partisans de Nicolas Sarkozy ont martelé que leur champion avait eu le dessus sur François Hollande lors du débat télévisé. Tout naturellement, ceux du Parti socialiste ont affirmé l’inverse. Cette valse intitulée « À chacun son vainqueur » s’est poursuivie jusqu’à ce que le chef de file du MoDem, François Bayrou, se pose en arbitre et tétanise l’UMP en confiant que sa préférence irait à Hollande. Bonjour l’ambiance !

    Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le patron de la formation centriste a décidé de faire faux bond à la droite. Cette posture propre à favoriser une épidémie de migraines dans le camp que l’on sait est d’autant plus encourageante pour Hollande qu’antérieurement à la déclaration de Bayrou, 40 élus de ce même MoDem avaient signalé qu’ils accorderaient leurs faveurs au candidat du PS. Ce n’est pas tout. Ancien ministre de la Santé de Jacques Chirac et actuel secrétaire général adjoint des Nations unies, Philippe Douste-Blazy a décliné dans une longue tribune parue dans le journal Le Monde les raisons qui l’ont convaincu de ne pas voter pour Sarkozy.


    Essentiellement, les facteurs qui ont déterminé cette avalanche de voix centristes au profit de Hollande peuvent se résumer comme suit : en multipliant les appels du pied en direction du Front national, Sarkozy a froissé, pour rester pondéré, l’inclination pour les valeurs humanistes ainsi que le fort sentiment proeuropéen qui ont toujours formé le socle de leur programme. En allant draguer les terres du FN, Sarkozy a brisé la ligne instaurée par Chirac qui interdisait le moindre marchandage avec les représentants du FN.


    Lors de l’affrontement avec Hollande, Sarkozy est allé jusqu’à s’adresser directement aux électeurs du FN après avoir dévoilé un durcissement de sa politique d’immigration dont les musulmans feraient les frais plus que toute autre composante. Ce faisant, il a passablement esquinté le principe de laïcité - l’État reconnaît toutes les religions, mais n’en défend aucune -, auquel les socialistes et les centristes sont très attachés. D’autant plus que son désir d’installer des frontières tous azimuts - commerciales, politiques, religieuses, etc. -, s’avérera, s’il est réélu, une politique du repli sur soi contraire, si l’on a bien saisi, au cours actuel de l’histoire.


    Cette énième campagne de séduction par le biais cette fois de la caméra est en fait le miroir de la sociologie comme de la géographie électorale observée au soir du premier tour. Pour espérer l’emporter, Sarkozy doit hériter de plus de 65 % des suffrages accordés à Marine Le Pen lors de ce tour. Et ce, sans s’aliéner les voix du centre. À tort, le président sortant a cru que les électeurs du MoDem se rangeraient derrière lui en masse. Encore une fois, un patron de la droite a eu l’arrogance de tenir ces derniers pour acquis. En agissant comme on sait, Bayrou, Douste-Blazy et consorts viennent de gifler Sarkozy.


    Ils viennent également de poser sciemment bien des pierres dans le jardin de l’UMP en vue des législatives. Il est écrit dans le ciel qu’advenant la victoire de Hollande, l’UMP va se déchirer entre le courant de la droite républicaine ou gaulliste, et dont François Fillon et Alain Juppé sont les chefs de file, et celui de la droite-droite qu’incarnent évidemment Sarkozy, ainsi que Jean-François Copé, Gérard Longuet ou encore Xavier Bertrand. La cause de ce déchirement ? Advenant un bon score du FN au premier tour, ces derniers seraient prêts à conclure des accords avec lui. Dans cette perspective, Bayrou et les siens espèrent une alliance avec les Fillon, Juppé et compagnie.


    Cela étant, s’il fallait résumer en un mot et un seul le mandat de Sarkozy, à l’évidence la crispation conviendrait. De tous les présidents de la Ve République il aura été le maître de la crispation tous azimuts. Espérons que le 6 mai en soit la conclusion définitive.

     
     
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