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Question d'image - La France bleu Marine

19 mars 2012 | Jean-Jacques Stréliski | Europe
Il semble, à en croire une majorité de maisons de sondages, que Nicolas Sarkozy ne sera pas réélu président de la République française, le 6 mai prochain. Et cela, même s'il remportait le premier tour. C'est donc François Hollande, «l'homme sans charisme ni image», l'homme sans expérience gouvernementale, qui lui succéderait à la plus haute fonction de l'État.

Hollande et la gauche sont-ils à ce point populaires dans l'Hexagone? Rien n'est moins certain. La réponse est ailleurs, du côté de Marine Le Pen, qui détient bel et bien entre ses mains la potentielle défaite de Nicolas Sarkozy. C'est ce que nous disent les sondeurs, sans pouvoir nous l'affirmer vraiment.

Prudents, ces sondeurs, ils n'ont pas oublié leurs erreurs du passé. Bons joueurs, ils ont même reconnu que lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2002, ils n'avaient pas anticipé la présence en finale de Jean-Marie Le Pen, éliminant, dans un coup de théâtre sans précédent, le premier ministre socialiste de l'époque, Lionel Jospin. Craignant un bis repetita de ce scénario, ils identifient pourtant un effet Marine difficile à mesurer avec précision.

On comprend mieux pourquoi, pour le clan Sarkozy, l'objectif est de remporter le premier tour. On verra bien pour le second. De toute façon, même battue au premier tour, il est peu probable que Marine Le Pen donne des consignes de vote en faveur de Sarkozy au second.

La véritable lutte à finir dans cette élection est bien celle de Sarkozy contre Le Pen, ennemis jurés. Et c'est bien pour cela que le président-candidat cherche à séduire à droite de la droite.

Une image plus «acceptable» du FN

L'électorat français est grossièrement et traditionnellement divisé en deux clans. La gauche et la droite. Avec des nuances centristes, vertes, ou plus marquées, à gauche comme à droite.

Jusqu'ici, l'électorat de droite ou très à droite — Marine Le Pen n'aime pas le terme extrême droite — s'exprimait peu. Peu d'électeurs étalaient en effet au grand jour leur affinité avec le Front national. La raison: un Jean-Marie Le Pen encombrant, qui divisait plus qu'il ne rassemblait, même au sein de son propre parti, par des prises de position ou déclarations fort peu défendables. Il gênait. Les médias le boudaient et restreignaient le plus possible les reportages sur le Front national et sur son électorat. C'est dans l'isoloir que tout se passait et, à chaque élection, on était surpris de constater le pourcentage élevé des voix frontistes.

La voix de droite était une voix muette.

Avec l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, les choses ont — en apparence — évolué, faisant de ce parti un tout beaucoup plus «acceptable» pour l'ensemble de l'électorat et de la classe médiaticopolitique. Légitimant du même coup un «authentique» discours de droite pour une droite populiste assumée. Aux accents xénophobes prononcés.

À une gauche caviar, pincée, élitiste et «vertueuse» (avant l'affaire DSK), vient désormais s'opposer une droite sauciflard plus extravertie qui s'exprime à tous vents sur l'immigration incontrôlée, l'insécurité montante, l'euro chancelant, la crise européenne (grave) et le patriotisme disparu. Un programme qui permet à Marine Le Pen de ne pas en avoir! Bref, tout ce sur quoi Sarkozy n'a pas été capable de marquer de gros points durant son quinquennat.

Et on n'est plus dans les salons du XVIe arrondissement de Paris, mais bien dans les bistros de province à l'heure du PMU*. Là où «le vrai message» passe. Lieu d'évangélisation par excellence, le bistro est en France l'ancêtre de Facebook et de Twitter!

Et, croyez-moi, ça marche encore.

Au FN, certains disent désormais tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Cela dit, je me méfie encore de ceux qui se taisent. D'après les sondages cités plus haut, il reste encore 24 % d'indécis. C'est considérable. Surtout que dans cet ensemble, il y a forcément des frontistes plus discrets.

Pas étonnant que Nicolas Sarkozy fasse tout ce qui est en son pouvoir pour séduire la France bleu Marine. Pas étonnant, mais pas acceptable.

L'élection de 2012 ne se gagnera pas dans les salons de la République, mais dans ses bistros.
______

*Le PMU est un jeu de paris sur les courses de chevaux très populaire dans les cafés et bureaux de tabac.

***

Jean-Jacques Stréliski est professeur à HEC Montréal, spécialiste en stratégie de l'image.
 
 
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