À cent jours du scrutin - Sarkozy tire sur tout ce qui bouge
Le président français est convaincu qu'il est mort s'il reste immobile
Photo : Agence Reuters
Nicolas Sarkozy
Paris — Homme habituellement posé et rationnel, Bernard Accoyer a annoncé rien de moins que «la guerre». Oui, «la guerre»! Pour le président de l'Assemblée nationale française, l'élection présidentielle, qui se tiendra dans 100 jours exactement, pourrait avoir les mêmes conséquences qu'une «guerre». Pour l'observateur attentif, cette guerre semble pourtant d'ores et déjà déclarée. Alors que la «trêve des confiseurs» est à peine terminée, la nouvelle année a été l'objet d'un lancement de campagne électorale pétaradant comme seul Nicolas Sarkozy en a le secret.
Traînant toujours de l'arrière dans les sondages, le président (qui n'est pas encore officiellement candidat) a lancé les premières salves. Car il est convaincu que, s'il reste immobile, il est mort. Bref, que la campagne se gagnera maintenant ou jamais. Fait inusité en fin de mandat, il multiplie les projets de loi déposés en catastrophe. Alors qu'il avait annoncé une pause dans les réformes avant les élections, il a choisi d'entrer en campagne dans le rôle de l'hyperprésident qui réforme sur tous les fronts, quitte à prendre des mesures impopulaires. «Cette stratégie est risquée, mais ne pas prendre de risque, c'est l'échec assuré», confiait le secrétaire d'État Benoist Apparu au quotidien Le Monde.
En moins d'une semaine, le président a donc dit qu'il ferait voter la taxe sur les transactions financières (taxe Tobin) même si l'Europe ne le suivait pas. Un impôt qu'il avait dénoncé par le passé. Il a annoncé le transfert des prélèvements patronaux vers une TVA dite «sociale». En passant, il a prêché pour une réforme radicale de l'école. Le président a aussi trouvé le temps de célébrer l'anniversaire de Jeanne d'Arc, qui est habituellement le monopole du Front national. C'est sans compter deux ou trois polémiques sur des mots ou de petites phrases attribués au candidat socialiste François Hollande.
«Notre campagne, c'est l'action», disait son ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire. Sauf qu'une fois l'effet d'annonce passé, ces réformes s'avèrent toutes plus complexes que prévu. Il a fallu deux jours pour que les ténors de la droite commencent à battre en retraite sur la TVA sociale, un impôt très contesté qui pourrait s'avérer tout aussi inégalitaire. C'est à cette TVA sociale que les sondeurs attribuent la baisse de la courbe de popularité du président au début de janvier alors qu'elle avait pris un peu de mieux en décembre.
Cible mouvante
Il a aussi fallu quelques jours pour découvrir que la France avait déjà adopté la taxe Tobin, en 2002, ce dont personne ne se souvenait. Le Parlement avait alors précisé que la loi n'entrerait en vigueur que lorsque les autres pays européens feraient la même chose. Afin de ne pas faire fuir les transactions financières vers Londres, la France pourrait néanmoins opter pour une taxe Tobin réduite à sa plus simple expression, en pratique une taxe sur les transactions boursières comme il en existe d'ailleurs une en Grande-Bretagne.
Cette stratégie de la «cible mouvante», qui vise à avoir toujours une longueur d'avance sur l'adversaire, permet à Nicolas Sarkozy d'occuper le terrain. Les médias n'ont pas le temps d'expliquer une proposition que le président en dégaine une nouvelle qui fait oublier la première. En ces temps où la récession menace l'Europe, «une stratégie de mouvement tous azimuts» permet à Nicolas Sarkozy de ne pas «avoir à justifier son bilan, très faiblement apprécié dans l'opinion publique», déclarait le politologue Frédéric Dabi au journal Le Monde.
Plus que sur sa propre popularité, qui est au plus bas, le président mise aujourd'hui sur un effondrement de son rival. Une cellule «riposte» a été constituée sous la direction de Brice Hortefeux afin de pilonner littéralement le candidat socialiste à la moindre déclaration. C'est à elle que l'on doit la fausse polémique selon laquelle le candidat socialiste aurait traité son adversaire de «sale mec». Une expression totalement sortie de son contexte, selon les journalistes présents.
La stratégie Rajoy
«La manière dont Nicolas Sarkozy installe une guerre éclair révèle une inquiétude profonde de sa part», déclarait cette semaine le conseiller de François Hollande, Jean-Marc Ayrault. Le candidat socialiste, qui inaugurait mercredi son quartier général de campagne, semble avoir opté pour une montée en puissance progressive. Les stratèges socialistes ont en tête la stratégie de Mariano Rajoy. Le candidat de la droite espagnole élu le 20 novembre dernier s'en est tenu tout au long de sa campagne à un programme général destiné surtout à assurer l'électeur qu'il était prêt à prendre les commandes et à succéder à l'impopulaire Jose Luis Zapatero. Chaque fois que Rajoy faisait des propositions trop précises, il perdait quelques points dans les sondages. Il en va de même pour François Hollande, qui a pris ses distances à l'égard de propositions jugées trop complexes, comme la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG (une taxe destinée à la sécurité sociale) ou la fin de la déclaration d'impôt familiale.
À la différence des 110 propositions de François Mitterrand et de la centaine de Ségolène Royal, chez les socialistes, on dit vouloir axer la campagne sur quelques grandes idées, comme le redressement des finances, la réforme fiscale et la jeunesse. Mais surtout, François Hollande veut faire le bilan de son adversaire, qui demeure l'un des présidents les plus impopulaires de la Cinquième République même si les intentions de vote à son égard remontent légèrement et devraient continuer à le faire.
Pour le politologue Philippe Chriqui, ce sont les milieux populaires qui décideront de cette élection. Ce sont eux qui font la popularité du Front national. Au lieu de se reporter sur la droite au second tour, comme en 2007, ils pourraient cette fois voter socialiste. «La déception des ouvriers à l'égard de Nicolas Sarkozy est telle qu'une écrasante majorité d'entre eux compte voter Hollande (plus de 60 %), écrit-il. Ou, plus exactement, ne pas voter Sarkozy!»
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Correspondant du Devoir à Paris
Traînant toujours de l'arrière dans les sondages, le président (qui n'est pas encore officiellement candidat) a lancé les premières salves. Car il est convaincu que, s'il reste immobile, il est mort. Bref, que la campagne se gagnera maintenant ou jamais. Fait inusité en fin de mandat, il multiplie les projets de loi déposés en catastrophe. Alors qu'il avait annoncé une pause dans les réformes avant les élections, il a choisi d'entrer en campagne dans le rôle de l'hyperprésident qui réforme sur tous les fronts, quitte à prendre des mesures impopulaires. «Cette stratégie est risquée, mais ne pas prendre de risque, c'est l'échec assuré», confiait le secrétaire d'État Benoist Apparu au quotidien Le Monde.
En moins d'une semaine, le président a donc dit qu'il ferait voter la taxe sur les transactions financières (taxe Tobin) même si l'Europe ne le suivait pas. Un impôt qu'il avait dénoncé par le passé. Il a annoncé le transfert des prélèvements patronaux vers une TVA dite «sociale». En passant, il a prêché pour une réforme radicale de l'école. Le président a aussi trouvé le temps de célébrer l'anniversaire de Jeanne d'Arc, qui est habituellement le monopole du Front national. C'est sans compter deux ou trois polémiques sur des mots ou de petites phrases attribués au candidat socialiste François Hollande.
«Notre campagne, c'est l'action», disait son ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire. Sauf qu'une fois l'effet d'annonce passé, ces réformes s'avèrent toutes plus complexes que prévu. Il a fallu deux jours pour que les ténors de la droite commencent à battre en retraite sur la TVA sociale, un impôt très contesté qui pourrait s'avérer tout aussi inégalitaire. C'est à cette TVA sociale que les sondeurs attribuent la baisse de la courbe de popularité du président au début de janvier alors qu'elle avait pris un peu de mieux en décembre.
Cible mouvante
Il a aussi fallu quelques jours pour découvrir que la France avait déjà adopté la taxe Tobin, en 2002, ce dont personne ne se souvenait. Le Parlement avait alors précisé que la loi n'entrerait en vigueur que lorsque les autres pays européens feraient la même chose. Afin de ne pas faire fuir les transactions financières vers Londres, la France pourrait néanmoins opter pour une taxe Tobin réduite à sa plus simple expression, en pratique une taxe sur les transactions boursières comme il en existe d'ailleurs une en Grande-Bretagne.
Cette stratégie de la «cible mouvante», qui vise à avoir toujours une longueur d'avance sur l'adversaire, permet à Nicolas Sarkozy d'occuper le terrain. Les médias n'ont pas le temps d'expliquer une proposition que le président en dégaine une nouvelle qui fait oublier la première. En ces temps où la récession menace l'Europe, «une stratégie de mouvement tous azimuts» permet à Nicolas Sarkozy de ne pas «avoir à justifier son bilan, très faiblement apprécié dans l'opinion publique», déclarait le politologue Frédéric Dabi au journal Le Monde.
Plus que sur sa propre popularité, qui est au plus bas, le président mise aujourd'hui sur un effondrement de son rival. Une cellule «riposte» a été constituée sous la direction de Brice Hortefeux afin de pilonner littéralement le candidat socialiste à la moindre déclaration. C'est à elle que l'on doit la fausse polémique selon laquelle le candidat socialiste aurait traité son adversaire de «sale mec». Une expression totalement sortie de son contexte, selon les journalistes présents.
La stratégie Rajoy
«La manière dont Nicolas Sarkozy installe une guerre éclair révèle une inquiétude profonde de sa part», déclarait cette semaine le conseiller de François Hollande, Jean-Marc Ayrault. Le candidat socialiste, qui inaugurait mercredi son quartier général de campagne, semble avoir opté pour une montée en puissance progressive. Les stratèges socialistes ont en tête la stratégie de Mariano Rajoy. Le candidat de la droite espagnole élu le 20 novembre dernier s'en est tenu tout au long de sa campagne à un programme général destiné surtout à assurer l'électeur qu'il était prêt à prendre les commandes et à succéder à l'impopulaire Jose Luis Zapatero. Chaque fois que Rajoy faisait des propositions trop précises, il perdait quelques points dans les sondages. Il en va de même pour François Hollande, qui a pris ses distances à l'égard de propositions jugées trop complexes, comme la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG (une taxe destinée à la sécurité sociale) ou la fin de la déclaration d'impôt familiale.
À la différence des 110 propositions de François Mitterrand et de la centaine de Ségolène Royal, chez les socialistes, on dit vouloir axer la campagne sur quelques grandes idées, comme le redressement des finances, la réforme fiscale et la jeunesse. Mais surtout, François Hollande veut faire le bilan de son adversaire, qui demeure l'un des présidents les plus impopulaires de la Cinquième République même si les intentions de vote à son égard remontent légèrement et devraient continuer à le faire.
Pour le politologue Philippe Chriqui, ce sont les milieux populaires qui décideront de cette élection. Ce sont eux qui font la popularité du Front national. Au lieu de se reporter sur la droite au second tour, comme en 2007, ils pourraient cette fois voter socialiste. «La déception des ouvriers à l'égard de Nicolas Sarkozy est telle qu'une écrasante majorité d'entre eux compte voter Hollande (plus de 60 %), écrit-il. Ou, plus exactement, ne pas voter Sarkozy!»
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Correspondant du Devoir à Paris
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