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    Sarkozy-Hollande - La course à obstacles

    16 décembre 2011 |Christian Rioux | Europe
    Paris — «Si la France perd son triple A, je suis mort.» Voilà la citation que Le Canard enchaîné prêtait à Nicolas Sarkozy lors d'une conférence tenue à Paris au début du mois. En plaçant les pays de la zone euro sous surveillance et en menaçant d'abaisser, non pas d'un, mais de deux crans la note de la France, l'agence Standard & Poor's a mis le président français dans une situation plus que difficile en cette année électorale.

    Certes, Nicolas Sarkozy tente de désamorcer la menace en affirmant que cette décote ne serait pas une catastrophe. Quoi qu'il en soit, à quatre mois de l'échéance, Nicolas Sarkozy se retrouve dans la situation de tous les chefs d'État qui doivent affronter l'électorat en cette période. La crise a déjà eu raison des gouvernements grec, irlandais, italien et espagnol. Si l'élection avait lieu cette semaine, les électeurs français ne feraient pas autrement. Ils tiendraient leur président pour responsable de la dégradation de la situation économique du pays. Surtout qu'il s'était présenté en champion du pouvoir d'achat.

    Malgré une légère remontée, Nicolas Sarkozy tire toujours de l'arrière (26 %) par rapport au candidat socialiste François Hollande (32 %) au premier tour. Au second, la victoire de ce dernier serait écrasante (60 %). Cet écart est évidemment trompeur et il ne manquera pas de se resserrer. Une élection présidentielle se gagne généralement par une marge 2 ou 3 %.

    C'est conscient de ce lourd handicap que Nicolas Sarkozy (qui n'est toujours pas officiellement candidat) a choisi de briser la trêve à laquelle tout le monde s'attendait après le choix de François Hollande aux primaires socialistes. Des conférences de presse avec Angela Merkel aux nombreux déplacements en région, chaque geste du président est aujourd'hui motivé par cette échéance.

    En 2007, Nicolas Sarkozy avait fait campagne en s'affichant d'abord comme un libéral désireux de réformer la France. Découvrant qu'il courait à l'échec, à quelques mois du scrutin, il avait opéré un virage radical et réorienté son discours afin de faire une percée inespérée parmi les électeurs du Front national. De l'avis de la plupart des analystes, ce grand écart sera pratiquement impossible à répéter cette année. Nicolas Sarkozy traîne en effet derrière lui, non seulement des libéraux déçus de ses maigres réformes économiques, mais une droite dure encore plus déçue et déterminée à ne plus se faire avoir.

    Donné pour mort en 2007, le FN est plus vigoureux que jamais. Marine Le Pen semble avoir donné une seconde vie à ce parti jusque-là vieillissant. Malgré un discours souvent extrême contre les immigrants, dont est chargé le fidèle Claude Guéant, l'UMP peut difficilement espérer mettre à nouveau la main sur cet électorat au premier tour. Au second, Marine Le Pen, qui veut s'imposer comme un interlocuteur à droite, n'aura d'autre but que de faire tomber Sarkozy. Voilà qui oblige le président à réorienter son discours vers les centristes de François Bayrou, aujourd'hui crédité de 11 % des voix. Mais cet électorat, lui aussi échaudé depuis quatre ans, ne semble pas suffisamment nombreux pour compenser les pertes que Sarkozy essuiera à droite. Sans compter que les centristes, qui avaient été rebutés par la personnalité de Ségolène Royal, pourraient être séduits par celle de Hollande, qui a été un disciple de Jacques Delors.

    Même si la mathématique de l'élection paraît implacable, rien n'est évidemment joué. Nicolas Sarkozy mise sur son habileté réelle dans l'adversité et sa stature d'homme d'État qui appelle au rassemblement national dans la crise face à un candidat socialiste sans expérience. Or, François Hollande a récemment multiplié les gaffes en signant un accord avec les verts qui, par ses imprécisions, pouvait laisser entendre qu'il était favorable à l'abandon du nucléaire et du siège de la France au Conseil de sécurité de l'ONU. Même si tout est rentré dans l'ordre, ces erreurs ont laissé une douloureuse impression d'improvisation.

    La stratégie du président consiste à dire que, face à la crise, Hollande aurait dû se résoudre aux mêmes choix. C'est ce qui lui a permis de regagner quelques points avant le sommet de Bruxelles. Mais ce sommet, censé «refonder» l'Europe, n'a accouché d'aucune mesure immédiate. Seulement d'un traité imprécis dont on connaîtra la teneur véritable en mars. Voilà qui faisait dire à Jacques Attali, qui avait soutenu Sarkozy en 2007, que le président n'avait «fait que se donner un peu de temps, pour passer les élections de 2012».

    Cette fois, François Hollande a été plus habile. Il a accusé Sarkozy d'avoir tellement affaibli la France depuis quatre ans qu'il n'a plus de pouvoir de négociation face à la chancelière. C'est lui qui a lancé la formule «Merkozy», reprise par toute la presse internationale. Devant un traité dont la simple ratification prendra des mois, Hollande a beau jeu de dire qu'il en renégociera les termes. C'est ce qu'avait déclaré Lionel Jospin à propos du Pacte européen de stabilité avant les législatives de 1997. Quelques semaines plus tard, il était élu.

    Mais, à cette époque, la crise était loin, bien loin, des esprits. C'est peut-être elle, au fond, qui déterminera le gagnant de 2012.
     
     
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