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Les Anglais dehors

François Brousseau   12 décembre 2011  Europe
«Maudits Anglais!» C'est ce qu'a dû grommeler, en catimini, Nicolas Sarkozy à Bruxelles, jeudi et vendredi derniers — avec plusieurs de ses homologues présents — lorsqu'il a vu et entendu le premier ministre David Cameron faire cavalier seul dans sa défense de la finance londonienne et de la «différence» britannique, drapée dans l'Union Jack.

Le Français a dû rager un peu plus lorsque M. Cameron s'est bruyamment réjoui de ne pas être dans l'euro — ce paquebot qui n'en finit plus de tanguer — tout en déclarant que «l'Union pour nous est essentiellement un marché, un réseau commercial»... avant de bloquer tout accord à 27 sur une refonte de l'Europe selon les canons allemands de l'austérité.

Ce qui a finalement mené... à un accord à 26: un texte qui n'a pas vocation à devenir un énième Traité européen, mais dont la ratification confirme de façon spectaculaire que le Royaume-Uni n'est plus vraiment dans l'Union européenne.

Il est vrai que les Anglais face à l'Europe avaient déjà «un pied dedans, un pied dehors». Désormais, ils ont un pied, les deux bras et la tête dehors. Ce week-end à Londres, beaucoup de commentateurs assimilaient le refus britannique — pour s'en réjouir ou pour le déplorer — à un geste séparatiste irréversible, voire à une gaffe stratégique de dimension historique.

C'est en tout cas un développement considérable. Non seulement pour ce divorce annoncé entre l'Europe et le Royaume-Uni, mais aussi par l'effet inattendu qu'a eu cette sortie sur les autres acteurs du drame. Car la superbe britannique a servi de ciment pour «coller» les 26 sur la position franco-allemande — en réalité plus allemande que française — qui était sur la table.

On disait l'Europe à la dérive, de plus en plus morcelée: cette fois en tout cas, elle semble se raffermir... avec un membre de moins. Mais pour combien de temps?

***

Bouc émissaire à Bruxelles, l'Albion insulaire de David Cameron n'est pourtant pas le seul pays dont le programme et les actions font grincer les dents chez les voisins. Car en France, ce serait plutôt «Maudits Allemands!» qu'on entend par les temps qui courent. Bien sûr, pas dans ces mots-là, injurieux et tabous. En tout cas, pas publiquement. Et surtout pas à l'Élysée, où l'on professe aujourd'hui la «parfaite convergence» franco-allemande.

Mais lorsqu'un politicien en vue, le socialiste Arnaud Montebourg, décrie la «politique à la Bismarck» d'Angela Merkel (Otto von Bismarck, conquérant guerrier et unificateur de l'Allemagne au XIXe siècle) et qu'un grand intellectuel, Emmanuel Todd, déclare que «grâce à une prédisposition anthropologique à la discipline, les sociaux-démocrates allemands ont pu mener une politique de compression acceptée des salaires» (interview au magazine Le Point du 1er décembre), un politicien comme Daniel Cohn-Bendit lance l'alarme contre une remontée de l'antigermanisme: «Avec la crise, je crains une mobilisation germanophobe.»

Car l'accord du 9 décembre à Bruxelles n'est pas qu'un retour, peut-être furtif, de la cohésion européenne. C'est l'alignement, au forceps, et en profitant de la panique inspirée par les marchés, des gouvernements européens sur la conception allemande de l'austérité. C'est une belle unité à 26 gouvernements... mais sans demander du tout son avis au petit, au payeur, à l'électeur. Où l'on voit revenir, en somme, l'infirmité fondatrice de l'Europe: le déficit démocratique.

Des euro-obligations pour partager entre États d'Europe le fardeau de la dette? Nein! Une Banque centrale européenne libérée de l'obsession anti-inflationniste, et qui se résoudrait à intervenir massivement pour racheter de la dette, quitte à imprimer de l'argent comme le fait la Réserve fédérale américaine? Nein!

Au-delà de la mainmise appréhendée de l'Allemagne sur les processus politiques européens, au-delà de la menace d'une «dictature technocratique» sur les budgets nationaux, il y a aussi, dans tout ça, le choix fondamental d'une politique économique peut-être erronée: la politique de l'austérité à tout prix.

Une austérité immédiate, sur un modèle unique appliqué à tous, avec la même intensité — car c'est cela, le message du 9 décembre à Bruxelles. En refusant toute mesure de relance — même par ceux qui en auraient encore les moyens aujourd'hui, l'Allemagne par exemple — comme moralement répréhensible, impossible, inimaginable.

Vendredi, le paquebot européen a retrouvé un peu de cohésion, avec un capitaine désormais incontesté. Mais où va-t-il au juste?

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l'adresse http://blogues.radio-canada.ca/correspondants
 
 
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  • ziverer - Inscrit
    12 décembre 2011 04 h 09
    La GB joue sur 2 tableaux...
    Depuis la seconde guerre mondiale, la GB est une sorte d'état -client des USA avec une forte intégration militaire ,économique et culturelle de la part des anciens maîtres du monde. Les blocs économiques mondiaux ont souvent montré des associations USA-Asie(Japon) versus l'Europe perçue comme surtout depuis l'arrivée de l'Euro comme une adversaire économique pour la conquête des marchés internationaux. Churchill- Roosevelt, Thatcher- Reagan, Blair-W.Bush ont cimenté cette alliance anglo-saxonne qui domine encore le monde financier planétaire.
    Mais elle est aussi géographiquement occupée par les affaires européennes qu'elle a quand même dominé pendant près de 250 ans.Et elle a gardé ses vieux réflexes de considérer la partie sud de l'Europe comme frivole et superficielle. S'il n'y avait que l'Europe du Nord , je crois qu'elle serait moins sceptique à l'idée de faire partie de cette , il faut le dire,débauche de fonctionnaires de Bruxelles.
    À mon avis, la GB a perdu une partie de son âme en suivant aveuglément les politiques américaines mondiales, même culturellement, elle est en train de perdre son originalité musicale et cinématographique.
    Quant à l'avenir de l'Europe, je ne le trouve pas si mauvais si la rigueur et la rationalité retrouvent leur place ds les pays vivants au dessus de leurs moyens. Il faudra néanmoins que les élites comprennent qu'on ne peut gommer les nationalismes des populations en ne proposant qu'une Europe économique.
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  • Richard Lapointe - Abonné
    12 décembre 2011 06 h 34
    L'austérité à l'anglaise
    Attention! Ce qui pose problème, c'est que le parti de David Cameron est aussi un parti qui prône l'austérité à tout prix. Dans ce contexte, quel choix avaient les 26 pays de l'Europe; accepter l'austérité Allemande ou Anglaise tout en permettant à l'Angleterre de se soustraire aux contraintes liées à l'application et à la vérification de la règle d'or que les autres pays doivent s'imposer tout en lui cédant un droit de véto garantissant entre autre, l'autonomie complète d'action des institutions financières de la City.

    Si l'Angleterre avait elle-même une approche budgétaire différente de celle de l'Allemagne, peut-être aurait-elle réussi à s'allier d'autres pays de l'Union Européenne évitant ainsi sa marginalisation ? Mais entre l'Allemagne qui malgré tout cherche à préserver l'Euro et l'Angleterre qui cherche le contraire, les pays européens avaient-t-ils un choix ? À mon avis c'est sur cette dimension que s'est plutôt jouée la partie de bras de fer entre l'Europe et l'Angleterre. David Cameron se soucie uniquement de son maintien au pouvoir en répondant à l'opinion publique anglaise qui, comme le démontrent les sondages, ne croit pas à l'Europe.Cela lui permettra de maintenir sa politique d'austérité à tout prix, comme l'Allemagne et les autres pays européen le feront mais sur les dos des européens.

    Richard Lapointe

    Richard Lapointe
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  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    12 décembre 2011 07 h 53
    Back to deGaulle ...
    Il faut se souvenir de ce que le rêve d'une Europe unie s'est largement construit contre l'Angleterre. Le rapprochement deGaulle-Adenauer s'est créé contre la configuration économique de l'après-guerre. La domination anglo-américaine - États-Unis, Grande Bretagne et pays du Commonwealth - obsédait de Gaulle, qui ne voyait qu'une l'Europe franco-allemande capable d'y faire contrepoids. Trois quart de siècle plus tard, la problématique mondiale a changé mais la vieille psychologie demeure. Pourtant, l'Europe n'a plus le poids relatif de jadis.

    Il y a soixante-dix ans, que valaient économiquement la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Indonésie? Rien ou si peu. Aujourd'hui, par contre ... C'est pourquoi la Grande Bretagne, forte de ses liens américains et des rapports qu'elle a conservés dans ses ancienne colonies, a peut-être raison de refuser l'Europe et de jouer sa partie sur un autre tableau.

    Dehors les Anglais? Certes. Mais peut-être l'Asie leur est-elle plus familière et leur sera--t-elle plus rentable que l'Europe.

    Pierre Desrosiers
    Val David
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  • François Dugal - Abonné
    12 décembre 2011 07 h 54
    Proverbe anglais
    «Au Royaume des Angles, on danse un «set» carré.» - Lord Strathmore
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    12 décembre 2011 08 h 20
    La politique et l'économie
    Depuis cinquante ans, les britanniques ont fait un pari politique en misant sur le maintien d'une relation privilégiée avec l'Amérique et en basant leur puissance sur celle du grand frère anglophone-saxon, alors que c'est
    À prospérité européenne qui était à l'origine de leur croissance. Peine perdue.
    Les français eux ont continué de croire au protectionnisme et au colbertisme, et se retrouvent aujourd'hui incapables de tirer leur épingle du jeu dans une économie mondialisée. Leur industrie ne fait plus le poids devant la machine exportatrice allemande. Ils sortent du jeu.
    Les allemands, de leur côte, qui éprouvaient des difficultés sérieuses après l'absorption de l'est après la chute du Mur, ontt choisi la discipline fiscale, la productivité. Avec des voisins aussi mous et ballotés par les avancées des pays éMergents, ils ont emporté la mise. Ils ont pour ainsi dire gagné par défaut
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  • Kris13104 - Inscrit
    12 décembre 2011 10 h 49
    Évolution...
    Il est certain que le nouveau traité européen, accepté par 26 membres sur 27, établit une évolution qui conduit l'Union Européenne d'une union monétaire à une union budgétaire, constituant une étape nouvelle dans l'intégration nécessaire de l'union.
    M. Cameron a toujours été hostile à la monnaie unique, sa coalition gouvernementale est dominée par les euro-sceptiques; que pouvez-t-on attendre de sa participation à la dernière réunion européenne? City et Wall-Sreet, même combat: ne gênez pas les agioteurs dans leurs entreprises immorales!
    Les britanniques ne se sont jamais perçu comme européens, bien qu'ils aient toujours cherché à exploiter les différences nationales européennes, moins ils seront impliqués dans le processus européen et mieux celui-ci se portera.

    Ils ont voulus leur pays comme un porte-avion américain au seuil de l'Europe, choisissant les États-Unis contre l'Europe, qu'ils assument leur choix d`être à la remorque d'une puissance en grande difficulté. Quant à la situation du Royaume-Uni, c'est un pays qui a quand même deux millions de personnes dans la rue, un pays qui a 8% de déficit, 80% de dette dont le chef de gouvernement dit "je ne peux pas faire cet accord sauf s'il y a une dérégulation des produits financiers", alors que c'est un pays où les dirigeants bancaires ont eu une hausse de leur rémunération de 49% en moyenne et que c'est justement cette dérégulation qui est une cause majeurs de la crise actuelle!
    Les européens doivent harmoniser des personnalités différentes et anciennes, mais ils possèdent des principes communs et l'histoire leur a appris à vivre ensemble et touver des solutions à leur vie commune.
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    12 décembre 2011 11 h 11
    Que la GB quitte l'Union...
    Et l'Union n'aura plus aucune raison d'utiliser l'anglais comme langue de travail.
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  •  
  • michel lebel - Inscrit
    12 décembre 2011 16 h 13
    Les Anglais demeurent anglais... et quelle Europe?
    Mais les Anglais ont toujours été dehors! Alors un peu plus ou un peu moins, ça leur fait pas un pli! Ils ont toujours leurs "pounds" et leur mesure impériale. Et leur cricket, leur conduite à gauche, leur bière tiède, leur Reine, leur plum pudding et leur City! Ils viennent sur le "Continent" pour la bouffe, les plages ensoleillées et puis ils retournent boire leur thé, et manger des scones et des saucisses(avec pruneaux), le matin. Et lire leurs journaux à scandales surtout sexuels! Mais je les aime bien dans leur originalité! Alors l'Europe, ils s'en foutent pas mal. Comme d'ailleurs la plupart des habitants de l'Europe continentale, qui se retrouvent dans leur patelin. L'Europe, c'est surtout une affaire de fonctionnaires et de gens d'affaires.
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  • Jeanne du Lys - Inscrite
    13 décembre 2011 02 h 41
    Elle ne va nulle part, à mon avis...
    Vous avez dit; Mais où va-t-il au juste? (le paquebot européen)

    Bien voyons, vers le politique.

    - Controler les cartels de l'alimentation, des médicaments, des énergies. Décider quelles compagnies auront le droit, selon les lois déterminés par eux de faire de l'im port-ex port. Contrôler toute l'économie de la zone Euro et qui aura le droit d'être en haut de la pyramide financière et de décider pour les peuples, en résumé.

    - Aussi idéalogique je dirais. J'ai entendu dire que les technocrates voulaient interdire l'avortement et l'homosexualité (qui devrait être traiter comme une maladie, selon eux...) en Europe.

    L'Arabie Saoudite collaborait, selon ces alléguations à ce que sera les droits des femmes dans l'union européenne. Ça en dit long...

    Sylvie R. Tremblay
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