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L'Europe en deux - Fin d'un rêve

Serge Truffaut   11 novembre 2011  Europe
C'est clair comme de l'eau de roche: au cours des derniers jours, les dirigeants des nations membres de l'Union européenne (UE) ont emprunté la voie qui débouche sur la division du continent en deux blocs. Un qui incline au libre-échangisme, l'autre à davantage de fédéralisation. Ceci annonce cela: une période d'affrontements politiques à l'intensité impossible à prédire.

En 48 heures et seulement 48 heures, on a observé la publication d'un nombre imposant d'articles et analyses consacrés au divorce possible entre les 17 pays qui partagent l'euro et les 10 qui n'en sont pas. Histoire d'illustrer l'humeur maussade qui plane actuellement de l'autre côté de l'Atlantique, on a retenu quatre titres. «L'éclatement de l'Europe est un risque réel» et «L'Europe finira-t-elle comme l'Union soviétique?» dans le quotidien Le Monde. «Two-speed Europe, or two Europes?» dans The Economist et «Support for Euro Risk Splitting European Union» dans le New York Times.

Peut-être que ces titres sont un tantinet alarmistes. Par contre, une chose est sûre, ils font écho à la précipitation avec laquelle les champions des deux camps se réorganisent afin d'accomplir un remodelage des influences respectives à chacun, et du coup de cette ambition européenne née des décombres de deux guerres mondiales avec comme slogan: «Plus jamais ça!» Exemple par excellence de cette précipitation qui peine à cacher son lot d'anxiétés, les 10 qui n'ont pas adopté l'euro se sont réunis à deux reprises, et dans la discrétion, au cours des cinq derniers jours dans le but de construire un front commun qui ne dit pas encore son nom sous la direction des Britanniques.

À lire les propos formulés par ces derniers, on a l'impression que la crainte s'est installé à demeure au 10, Downing Street. Prenons Nick Clegg, vice-premier ministre du Royaume-Uni. Il vient de lancer une mise en garde voulant que les 10 ont convenu de se battre afin de protéger leurs intérêts. Il a également souligné que la taxe sur les transactions financières que Merkel et Sarkozy ont promis d'imposer aurait un impact si disproportionné sur la City de Londres qu'une contre-offensive, dont la nature reste à déterminer, s'ensuivrait. Ils craignent aussi et surtout que dans la foulée de la construction d'un condominium franco-allemand, la France soit en mesure de réimposer sa vision d'une Europe plus politique que libre-échangiste ou britannique.

Il n'a pas échappé à Clegg, comme à Dave Cameron et leurs homologues des 10, qu'à la faveur des décisions prises lors du dernier sommet de la zone euro, avant celui du G20, la marginalisation de la Commission de Bruxelles ainsi que de la présidence de l'Union actuellement entre les mains des Polonais, s'était accentuée au profit du couple franco-allemand. Il ne leur a pas échappé non plus que Nicolas Sarkozy a enfoncé le clou sans faire dans la dentelle.

Qu'a-t-il martelé? Qu'en accueillant les nations des Balkans, l'Union pourrait fort bien compter 32 ou 34 nations, mais qu'au sein de ce groupe il y aura un noyau dur fédéral, qu'on devine mené par Paris-Berlin, et tendant pour plus d'intégration politique et tous les autres. Son intervention a ceci de fascinant qu'elle consacre la victoire, 20 ans plus tard, de la théorisation allemande du concept de noyau dur. Qui en fut le principal auteur? Wolfgang Schäuble, alors qu'il était conseiller du chancelier Helmut Kohl. Et que fait-il aujourd'hui? Il est ministre des Finances.

Cela étant, reste à espérer que tous ces bouleversements ne vont pas aiguiser encore davantage la fibre nationaliste, et donc les menaces qui lui sont inhérentes.
 
 
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  • Georges Paquet - Abonné
    11 novembre 2011 07 h 55
    La Grande-Bretagne et l'Union européenne
    Même si c'est Winston Churchill qui a proposé, dès 1946, la création des États-Unis d'Europe, la Grande-Bretagne a toujours été plusieurs pas derrière les concepteurs et les promoteurs d'une union toujours plus étroite entre les peuples et les pays membres de l'Union européenne. Ce n'est qu'en 1973, plus de 20 ans après que les premiers traités furent signés, menant vers l'Union européenne que nous connaissons aujourd'hui, que la Grande-Bretagne adhérera à cette Union européenne. Les Britanniques ont même tenté de ralentir la solidification de ce bloc continental qu'ils craignaient autant qu'il enviaient. Jusqu'à tout récemment, ils ont déclaré haut et fort qu'ils ne se joindraient jamais aux pays membres de la zone euro. Pas étonnant alors que les Français et les Allemands rejettent assez sèchement les conseils des Britanniques sur l'avenir de la zone euro.
    Il est donc tout à fait logique de prévoir que la nécessaire et inévitable cohésion entre les pays qui partagent la même monnaie les amènent à former un bloc différent, et peut être même, séparé du bloc des pays qui n'ont pas encore rejoint cette zone, ou qui ne veulent pas s'y joindre.
    Une Europe à deux vitesses est donc tout à fait concevable. Dans les faits, elle existe déjà. Ce sont les mesure communes nécessaires au maintien de la solidité de l'euro qui éloignera de plus en plus ceux qui avancent ensemble, et ceux qui ne veulent pas suivre. Rappelons que toute la stratégie et le canvas menant à l'euro. comme monnaie commune a été élaboré depuis les anéées '70, donc en pleine connaissance des Britanniques et même avec leurs contributions et leur approbation. La Livre sterling fesait d'ailleurs partie du panier de monnaies sur lequel était fondé la valeur de l'ÉCU, la premère monnaie théorique, élaborée sous l'empire du Système monétaire européen. Ancêtre de l'euro.
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  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit
    11 novembre 2011 08 h 00
    Fin d'un rêve
    Le rêve des années '50, c'était de faire de l'Europe un bloc économique de poids égal à celui de l'Amérique. La mondialisation, née de la technologie et de la montée des puissances d'Asie, a changé tout cela. Il y a désormais d'autres blocs. Cela étant, l'Europe compte et comptera de moins en moins. D'où un retour à ce vieux modèle: les pays riches entendent bien se débarrasser des pays pauvres qui les retardent.

    Pierre Desrosiers
    Val David
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  • Pierre Kiroule - Inscrit
    11 novembre 2011 09 h 30
    Les Britanniques, caniches des Américains
    Les Britanniques ont toujours été le cheval de Troie (ou plutôt le caniche de Troie) des Américains dans l'Union européenne. Rien de surprenant à leurs petites manoeuvres en catimini actuelles.

    Ces hypocrites (ici, on dirait « visage à deux faces ») ont toujours voulu profiter des bienfaits de l'Europe sans en assumer les responsabilités.

    Je n'aime pas Sarko, mais j'ai applaudi quand il a remis à sa place ce connard de Cameron.

    De toute manière, chacun sait que les attaques spéculatives actuelles sur l'Europe proviennent des États-Unis et n'ont pour but que de faire diversion sur la situation encore plus désastreuses des finances américaines.
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  • Gilbert Talbot Gilbert Talbot - Abonné
    11 novembre 2011 12 h 51
    @ Georges Paquet :Ce fut Napoléon Bonaparte qui parla le premier d'États-Unis d'europe.
    Je peux comprendre pourquoi la vision de l'Union européenne de Napoléon ne convienne pas aux Britanniques, mais qu'elle inspire encore Français et Allemands pour des raisons différentes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Napoléon voulait unifier l'Europe sur la base des principes des Révolution française et Américaine : liberté, égalité, fraternité, alors que les Britanniques défendaient une vision plus respectueuses des monarchies traditionnelles de tous ces pays, c'est-à-dire leur souveraineté, au sens premier du terme.

    C'est pourtant cette vision de Napoléon qui favorisa l'extension des États-Unis, en cédant la Louisiane, c'est-à-dire toute l'Amérique mississipienne, qui allait être la source de leur désir impérialiste de devenir la première puissance du monde, celle qui défendrait la liberté à travers le monde, tout en oblitérant la fraternité des peuples.
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  • Georges Paquet - Abonné
    11 novembre 2011 16 h 23
    À Gilbert Talbot. Napoléon n'a eu que des réflexions à postériori sur une Europe idéale.
    Je comprends que les historiens font la difdérence énorme entre les actions de Napoléon qui n'a eu de cesse d'attaquer et de démolir tout ce qu'il trouvait sur son passage avant d'être détruit lui-même à la Bérézina et à Waterloo, et les regrets qu'il exprimait dans son asile à Ste-Hélène. Personne ne croit plus que Napoléon avait la moindre intention de respecter les identités nationales ni surtout de créer quelque chose comme les État-Unis d'Europe. S'il avait cru un instant à ce qu'il disait avant de mourir, il n'aurait pas commencer et poursuivi toute sa vie une politique de domination et de soumission. Ni Napoléon ni Hitler n'ont eu le moindre respect pour les autres nations.
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