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La princesse et le plombier

Christian Rioux   15 avril 2011  Europe
Le président français Nicolas Sarkozy n'en est pas à un ennemi près. On pourrait même dire qu'il a le don de les collectionner. Ainsi son courroux s'est-il tour à tour abattu sur Angela Merkel, Jose Luis Zapatero, Gordon Brown, Jose Manuel Barroso, les souverainistes québécois et même, il y a trois ans, sur un pauvre passant anonyme du Salon de l'agriculture qui avait refusé de lui serrer la main.

On sait moins à l'étranger que le président a aussi des détestations littéraires. Ainsi abhorre-t-il tout particulièrement un éminent personnage des lettres françaises: Madame de La Fayette. L'auteur de La Princesse de Clèves a beau être mort en 1693, il compte parmi ceux qui ont déclenché les foudres présidentielles. Son roman a eu le don de faire sortir le président de ses gonds à deux reprises. En 2006, en pleine campagne électorale, le candidat avait déclaré qu'il était absurde d'inscrire ce premier roman français moderne au programme des concours des hauts fonctionnaires. Une telle décision ne pouvait être le fait que d'un «imbécile» ou d'un «sadique». «Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves», avait-il ironisé. Deux ans plus tard, il avait avoué avoir «beaucoup souffert» sur le chef-d'oeuvre de Madame de La Fayette.

Jamais un président français n'avait osé dénigrer à ce point le patrimoine littéraire. Nicolas Sarkozy ne se doutait probablement pas — la France étant tout de même encore la France — que ses déclarations le poursuivraient jusqu'à aujourd'hui. Non seulement les ventes du roman ont-elles explosé, mais il est devenu un véritable étendard. Son titre a été repris sur des macarons et des bannières. On en a fait des lectures publiques et même des films.

Il y a deux semaines, l'un d'eux sortait justement à Paris. Chose rare, ce documentaire a recueilli les éloges unanimes de médias aussi différents que Le Figaro, Le Monde et Les Inrockuptibles. Intitulé Nous princesses de Clèves, le film prend à rebours les préjugés de toute une élite qui, aussi bien en France qu'au Québec, juge ces grandes oeuvres dépassées ou inaccessibles aux jeunes d'aujourd'hui. Le propos du cinéaste Régis Sauder consiste au contraire à démontrer l'actualité brûlante de ce roman du XVIIe siècle dans la vie de plusieurs jeunes d'une banlieue de Marseille.

Invités à étudier, à lire et à jouer l'oeuvre de Madame de La Fayette, ces jeunes d'un quartier dit «difficile» vont se l'approprier jusqu'à en faire un instrument leur permettant de découvrir et d'exprimer leurs propres angoisses et hésitations devant l'amour. Récit d'une initiation amoureuse, le beau texte de Madame de La Fayette se révèle soudainement d'une modernité surprenante. Car, en dépit des modes et des publicitaires qui s'amusent à inventer chaque année une nouvelle génération X, Y ou Z, les tiraillements du coeur ont-ils tellement changé depuis quatre siècles?

Pas vraiment s'il faut en croire ces jeunes des quartiers populaires. Sauder nous les décrit avec tendresse. Il montre comment une oeuvre digne de ce nom permet de mettre des mots, et pas n'importe lesquels, sur des sentiments complexes. Des mots dont la qualité et l'intelligence feront toute la différence.

Dans un de ses livres, le philosophe Allan Bloom raconte qu'il se retrouva un jour devant des étudiants de l'Université Cornell qui brandissaient une bannière sur laquelle était inscrit: «Great sex is better than great books». Le philosophe américain, pour qui la qualité même de nos sentiments était tributaire de la finesse de la langue et des modèles qui leur étaient offerts, répondit: «C'est vrai, mais on ne peut avoir l'un si l'on n'a pas l'autre.»

En écoutant cette semaine nos plombiers de l'éducation expliquer qu'il fallait supprimer les commissions scolaires, les fusionner, hausser les salaires des professeurs ou les baisser, j'ai pensé au film de Sauder. Et je me suis dit que tous les François Legault de cette terre n'avaient qu'une peur bleue: celle de toucher du doigt ce qui était au coeur de l'éducation et qui consiste justement à mettre des élèves en contact avec des connaissances et des oeuvres qui marqueront leur vie à jamais. C'est pourquoi nos plombiers préfèrent toujours parler de décrochage, de bulletins, de réussite, de tableaux «intelligents», de connexion Internet et d'autres balivernes plutôt que de culture. Un mot que les ministres de l'Agriculture prononcent plus volontiers que leurs collègues de l'Éducation.

Or, dans la classe que nous montre Sauder, il n'y a ni tableaux «intelligents», ni ordinateurs portables, ni connexion Internet, ni professeur cool abonné à Twitter. Seulement des élèves intelligents qui découvrent la profondeur d'une oeuvre qui va changer leur vie. Loin de la coolitude des nouvelles pédagogies, qui méprisent radicalement les jeunes en supposant qu'ils n'ont d'intérêt que pour leur petit univers immédiat, Sauder nous montre que l'on peut se regarder comme dans un miroir en plongeant dans une oeuvre écrite trois siècles et demi avant l'invention du iPod et de Twitter.

Ce film est une arme contre tous ceux qui réduisent l'éducation à une simple affaire de plomberie technocratique ou de quincaillerie technologique. Et ils sont légion.
 
 
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  • rene lefebvre - Inscrit
    15 avril 2011 04 h 51
    Le plombier qui voulait être prince
    Alors qu'il était simple Ministre de l'Éducation, le plombier Legault rêvait de procéder à une réforme de l'éducation au Québec qui aurait fait de lui un monument à la réussite scolaire. En plombier expérimenté qu'il était, le plombier Legault ne voulait que des matériaux neufs, pas question d'assujettir des vieux tuyaux avec des neufs. Il fallait tout refaire, même si cela allait coûter les yeux de la tête aux parents. Avec les résultats mirobolants à venir, les contribuables verraient bien que la dépense était minime face aux résultats. D'ailleurs, les plans et devis du plombier Legault, quoique très alambiqués, démontaient noir sur blanc que les connaissances des jeunes Québécois étaient mal en point depuis ses origines et que seul une réforme Legault en profondeur pouvait assurer aux Québécois un avenir prometteur et compétitif. Son patron en fut ébloui ainsi que tout ses collègues et l'on procéda à la réforme Legault malgré le mécontentement des enseignants et des parents. Puis le plombier Legault fut muté et Mme Marois pris la relève et continua à porter le flambeau de la réforme. Cependant, les années passèrent et la réforme Legault tomba dans l'oublie collectif et n'apporta pas les résultats promis.
    Lorsque le plombier voulu devenir Premier Ministre, quelques personnes s'intéressèrent à ses plans et devis, mais la majorité des Québécois se sont souvenu comment il avait rejeté tout ce que des générations avaient bâti avant sa venu et comment il avait méprisé les bâtisseurs qui avaient fait du Québec un petit pays au rayonnement mondial étonnant. Ainsi, le plombier ne put devenir Prince car les Québécois se dirent , je me souviens et rejetèrent celui qui promettait d'autres réformes magiques sans tenir compte des acquis historiques et du travail des bâtisseurs de la nation québécoise.

    Joseph Louis
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  • Luc Boyer - Abonné
    15 avril 2011 07 h 34
    Un petit trait.
    Les seuls quelques jours où j'ai fait de la suppléance c'était à des ado en proie à des super doses de testo et de progesto. Je me souviendrai toujours de celui assis au pupitre au premier rang à ma droite. Il me demanda et devant toute la classe de l'aider à rédiger une lettre d'amour à sa flamme. Il en brûlait.
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  • - Abonné
    15 avril 2011 07 h 35
    Les métiers se la font faire dur!
    Quelle mouche pique ceux des commentateurs qui osent dénigrer les métiers comme celui de plombier? Pourquoi comparer des maladresses d'ex-futurs (peut-être) politiciens? Dit-on d'un mauvais plombier qu'il n'est qu'un politicien?
    Me semble que ce type de comparaison ne rend grâce ni à l'auteur, ni au politicien passé, présent ou futur, ni au métier.
    Tout le monde a besoin à un moment donné d'un artisan de métier, soit-il plombier (aujourd'hui) ou épicier (il n'y a guère longtemps). Ne comparait-on pas les décisions et vues des gouvernants à des épiciers?
    Ce n'est pas parce que l'image d'un métier renvoit à quelqu'un qui n'a pas planché très longtemps sur les bancs d'école, d'université, qu'il faut le dénigrer. Peut-être ceux qui exercent ce métier sont-ils plus terre-à-terre et pragmatiques que certains rêveurs, pelleteux de nuages qui osent dire tout haut leur solution inapplicable - ils savent bien dans le fond que ça n'a pas d'allure, ils cèlent de larges pans de la réalité afin de monter leur petit modèle auquel ils croient très fort, au point à l'occasion de tordre un peu la réalité pour qu'elle s'applique à leur modèle pas toujours réaliste.
    Assez de fiel et de temps perdu.
    Pouvons-nous changer de comparatif? Un politicien n'a consciemment ou non que le désir d'être aimé, d'avoir un peu plus de pouvoir, de notoriété. Il a besoin de ça pour être motivé. Malheureusement il le fait parfois en grimpant sur les épaules de gens qui ont un quotidien plus petit. Quand on tente de se faire valoir en dénigrant autrui, faudrait au moiins accepter d'admettre qu'on est dans le même tas de fumier. On peut considérer ce tas comme un déchet. Ou d'y voir une occasion de renouvellement. Qui a raison? Certainement pas moi. Je n'en sais pas assez pour ça. Il me reste encore tout le reste à savoir.
    Pierre B
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  • Denis-Émile Giasson - Abonné
    15 avril 2011 08 h 27
    @ «Abonné»
    Cher «B», À la relecture du texte de Christian Rioux vous découvrirez qu'il n'est en rien méprisant pour quelque métier que ce soit. Une fois refroidies ,vos ardeurs faussement ouvriéristes vous permettront de comprendre que les mots sont riches et peuvent vivre dans plusieurs univers. Mécanique, architecture, médecine... et pourquoi pas plomberie expriment et décrivent des réalités exorbitant leur sens commun. Respirez par le nez mon petit!
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  • Diane Leclerc - Abonnée
    15 avril 2011 09 h 23
    Bien dit !
    Quel bel et bon article, monsieur Rioux!

    Je pense comme vous que les meilleurs éducateurs utilisent avant tout leur coeur pour parler à leurs élèves et les éduquer. Leur parler de leur passé, de leur culture, de leur littérature, des grands enjeux, de leur avenir. Les toucher, au fond. Cette communication une fois bien établie, la science et la technologie sont les bienvenues, mais non l'inverse.

    Gare aux esprits trop pragmatiques! Leurs calculs servent souvent d'éteignoirs.
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  • France Marcotte - Abonnée
    15 avril 2011 09 h 40
    L'inestimable, si près de nous
    Princes ou plombiers, ce n'est pas ce qui importe vraiment ici.

    Et ce que dit Christian Rioux ne vaut pas que pour les élèves.

    J'ai repris l'autre soir chez moi, allez savoir pourquoi, un livre qui s'empoussiérait dans ma bibliothèque. C'était "À la recherche du temps perdu" de Proust, "Du côté de chez Swann".
    Après quelques paragraphes, j'ai réalisé à quel point cette lecture m'était salutaire. La richesse du vocabulaire, l'élégance de la composition des phrases, la précision des sentiments exprimés, sont vite devenues une fête des sens et de l'intelligence, une merveille de douceur et de beauté.

    Je comprends que le fait de nous voir prendre goût à cette nourriture accessible à la valeur inestimable puisse être une menace au règne de la médiocrité payante.
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  • Jacques Thibault - Inscrit
    15 avril 2011 09 h 53
    Plombier et comité de parent
    pourquoi plombier, la raison est simple quand ça va mal sur une job c'est le plombier. Qui fait respecter sa convention c'est le plombier...J'en suis un.
    15 ans sur les comités d'écoles, conseil d'établissement et même parents commissaire... Je pronais la disparition des commisions scolaires avant même leur dernière fusion. J'étais encore seul à l'époque.
    Savez-vous que la CSST (Commission Scolaire de Ste-Thérèse) laissait construire des écoles avec des sans carte en 1997.
    La Voix-des-mille îles 6 mai 1998...
    Imaginez ce que peut faire une commission scolaire...
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  • Bernard Terreault - Abonné
    15 avril 2011 10 h 37
    plombier
    Einstein a dit qu'il valait mieux être un bon plombier qu'un médiocre physicien.
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  • Manon Carrière - Abonnée
    15 avril 2011 10 h 39
    Le chroniqueur et la princesse
    Il n'était pas nécessaire pour river le clou de monsieur Legault de convoquer La princesse de Clèves au rendez-vous. Il n'y a que lui pour croire qu'il a été un grand ministre de l'éducation, ainsi que les quelques «sbires» qui l'accompagnaient. Il n'y a point chez ce monsieur d'autre intelligence que comptable - c'est probablement le travers professionnel du personnage - et il a fait à l'éducation ce qu'il savait faire : compter. C'est encore ce qu'il promet. Que voulez-vous, il n'a qu'une seule et même manie! Encore que cette habileté ait aussi sa place, même en éducation. Mais on conviendra entre gens raisonnables que cela reste un peu court quand il s'agit d'ériger cela en principe d'organisation du système. Sauf évidemment, à apprendre aux élèves à compter! Ceci dit, votre texte mérite, à mon sens, deux remarques supplémentaires. La première est que vous confondez, par l'exemple que vous donnez, culture et littérature. Vous faites là une faute logique, la première notion ne se réduit pas à la seconde. Vous faites d'ailleurs la même faute quand vous donnez à votre exemple de l'exploitation pédagogique intelligente de La princesse de Clèves une portée de «re-fondation» des systèmes d'éducation. Vous faites d'une illustration un principe. Vous commettez des fautes logiques dont le souci de clarté que vous devez au lecteur ne s'embarrasse pas, monsieur le chroniqueur! Revenons à votre sujet. Je partage avec vous l'idée que la fréquentation des grands textes de la tradition littéraire font partie de l'acquisition de la culture et de la formation des jeunes. Mais elle n'en constitue qu'une partie. La formation des «belles âmes» a aussi une portée sociale qui ne se réduit pas à la formation de la sensibilité littéraire et à la fréquentation de ce seul corpus d'oeuvres. Autrement dit, la vie d'aujourd'hui appelle la maîtrise de bien d'autres choses. Mais aussi de cela, j'en conviens. Ma seconde remarque a trait à
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  • Normand Chaput - Abonné
    15 avril 2011 11 h 25
    le deuxième plus vieux métier du monde
    L'enseignement existe depuis la nuit des temps. Après les gouvernements et la corruption *aucun rapport entre les deux( c'est le seul métier commun à toutes les sociétés avant même la prostitution. Alors sommes-nous tellement une société distincte pour devoir réformer aux dix ans?
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  • Fatherlogan - Inscrit
    15 avril 2011 11 h 39
    Beaux exemples d'analphabètes techniques
    Analphabètes techniques: Quelqu'un qui sait lire mais qui ne comprend pas le sens du texte.

    Remplacer le mot "plombier" par "technicien". D'ailleurs M. Rioux utilise la métaphore "nos plombiers de l'éducation". Ca veut dire nos techniciens de l'éducation. D'ailleurs il écrit "C'est pourquoi nos plombiers préfèrent toujours parler de décrochage, de bulletins, de réussite, de tableaux «intelligents», de connexion Internet et d'autres balivernes plutôt que de culture."

    Il ne parle pas de clé à molette ou de tuyaux en PVC. En aucun cas il parle du métier de plombier en tant que tel dans son texte. Ca n'a aucun rapport avec l'utilité ou le prestige du métier de plombier. M. Rioux utilise donc un terme concret dans un contexte abstrait. Si vous n'êtes pas convaincu allez voir la définition de métaphore dans le dictionnaire et vous comprendrez.
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  • Henry Fleury - Inscrit
    15 avril 2011 11 h 49
    Plombier ou pompier même combat
    Les articles de Christian Rioux sont toujours fort intéressants. Celui-ci l'est particulièrement, en ce qu'il nous renseigne davantage sur le président français et son manque toujours plus affirmé de culture. Intéressant aussi de comparer l'image de ce chef d'état avec celle de notre premier ministre Stephen Harper pour qui la lecture ne semble pas être un fer de lance. Cela l'écrivain Yann Martel
    l'a bien prouvé. Mais toujours plus intéressant de voir à quel point nos politiques, même les plus à gauche et peu importe le palier, s'acharnent sur les jeunes et, paradoxalement, tout en les ignorant. La seule chose qui leur importe, comme pour un François Legault par exemple, c'est de hausser les frais de scolarité. Là-dessus, le 11 avril dernier, un collectif d'auteurs militants jeunes péquistes, ont fait paraître un texte d'extrême importance intitulé L'éducation doit devenir un projet national. Ils ont raison. Plutôt que de prôner le décrochage et le surendettement, comme le font la plupart de nos policitiens, l'éducation doit devenir la grande priorité du Québec et être accessible à tous. Il en va de notre avenir oui, mais certainement de celui de notre identité nationale en ces temps de grisaille politique sans bon sens.
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  • Manon Carrière - Abonnée
    15 avril 2011 12 h 18
    Le chroniqueur et la princesse (suite)
    Ma seconde remarque a trait à votre propension à présenter les choses sur le mode caricatural. Vous me semblez mépriser les «nouvelles pédagogies» alors qu'il apparaît clairement que l'expérience à laquelle vous référez est un exemple de pédagogie active où un enseignant inspiré fait travailler un texte à ses étudiants pour en raccrocher le contenu à leur expérience et ainsi les amener à lui donner du sens par rapport à leur expérience, dans ce cas-ci le sentiment amoureux. Ce texte est donc mis en relation avec « leur petit univers immédiat». Ce que vous dénoncez. De ce «travail» conjoint, le texte de l'oeuvre prend ainsi un ton et une résonance singuliers : l'enseignant en montre le mode de traitement, l'intérêt et l'actualité; l'étudiant y entre guidé pour s'y découvrir. À moins que vous ne valorisiez l'attitude de certains enseignants tenants de la grande «Kultur» dont l'activité consiste principalement à étaler la connaissance qu'ils ont des oeuvres devant des étudiants confinés, au mieux, au rôle passif de la bonne oreille. Tympan, miroir narcissique de l'autre! L'anathème que vous adressez aux nouvelles pédagogies mériterait certaines nuances que votre propre manque de culture du champ ne vous permet pas. Vous êtes là coupable de simplification, monsieur le chroniqueur! C'est toujours commode dans un papier pour faire effet! Mais cela ne fait pas un bon papier! Copie à réviser!
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  • Michel Simard - Abonné
    15 avril 2011 16 h 55
    Un peu de caricature, ça ne fait pas de tort
    Bien oui Christian Rioux aime peindre en caricaturant. Cela fait du bien dans notre grisaille journalistique ou les coups de gueule des poules sans tête du Journal du Mourial.

    Vous avez bien raison Mme Carrière de dénoncer ces perleux qui ne savent que perler car incapables d'une pensée originale et qui utilisent leurs lectures littéraires - mais maintenant de plus en plus utilitaires - comme poudre aux yeux. Surtout ceux venant des écoles classiques. Pourtant, la nouvelle pédagogie qui fait passer les compétences avant les connaissances, obligeant chaque jeune à réinventer la roue sans objets pour avoir une prise réelle sur son univers physique et social, a voulu mettre la charrue avant les boeufs, si ce n'est qu'elle a voulu nous embrouiller avec toutes sortes de concepts bidons habillés de termes compliqués pseudo-scientifiques.

    Mais, outre que ces jeunes ne savent même pas que Mme de La Fayette ait écrit quoi que ce soit, est-il normal qu'ils n'aient jamais fait aucun cours de science avant la 5e secondaire, et que les cours d'histoire et de sciences sociales soient quasi inexistants. Un petit cours d'économie familiale ou de finances personnelles ne ferait pas de mal non plus. Combien de bacheliers et de gens qui sortent avec une maîtrise sont incapables de résoudre des problèmes simples au travail, n'étant capables que d'appliquer des recettes qu'on doit leur montrer. Or, le curriculum, ce ne sont pas les profs qui en sont responsables, ce sont les pédagogues de la tour G.
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  • asclepios - Inscrit
    18 avril 2011 22 h 55
    Plomberie technocratique?
    On me dit que le renouveau pédagogique de 1996 (la fameuse réforme) est inspirée de la théorie constructiviste de Piaget sur le développement cognitif et l'apprentissage des enfants de 0 à 6 ans. Si c'est le cas, a-t-il été une erreur de vouloir imposer ce modèle jusqu'à la fin du secondaire? Est-ce que ça se révèlerait être une extrapolation mal avisée?

    Quand M.Rioux parle de plomberie il doit faire référence au développement technocratique de l'éducation au Québec à partir de la Révolution Tranquille. Cette approche a connu un succès indéniable avec l'avènement des écoles polyvalentes et l'uniformisation des programmes scolaires. Peut-être que M.Rioux essaie de suggérer que l'approche technocratique a atteint ses limites et maintenant nuit au bon fonctionnement des écoles. Selon cette interprétation, M.Legault se tromperait de cible en désignant comme coupables des citoyens travaillant dans le milieu de l'éducation. Ce serait plutôt la dérive mondiale de la pensée éducative qui est présentement obsédée par l'économisme qui serait la véritable cause des ratés dont nous nous plaignons.

    François Genest http://atenacite.blogspot.com
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