Quelle rentrée?
Si pour rentrer quelque part il faut d'abord en être sorti, il devient délicat de parler de la rentrée politique française. En effet, l'actualité politique ne s'est pas arrêtée un instant cet été en France, puisque le président Nicolas Sarkozy n'a pas vraiment eu de vacances.
En juillet et en août, il était sur tous les fronts. Ici, il pourchassait les petits voyous de Grenoble. Là-bas, il s'en prenait aux Roms, population paisible s'il en est une. Enfin, ces derniers jours, il redoublait d'efforts pour parvenir à réformer les retraites. Toute cette excitation avait de quoi harasser ceux qui goûtaient leurs derniers jours de repos.
Au pays des cinq semaines de vacances obligatoires, ce n'est pas pour «gagner plus» que Nicolas Sarkozy a fait des heures supplémentaires. Il s'agissait de faire oublier par tous les moyens l'affaire Bettencourt-Woerth. Car ce scandale, déclenché par les enregistrements pirates d'un majordome, a touché en plein coeur le gouvernement.
En criant au loup contre les Roms, Nicolas Sarkozy aura fait d'une pierre deux coups. Il aura réussi à déplacer l'attention tout en préservant son ministre. En apparence, celui-ci s'active au Parlement, où il défend la réforme des retraites. Tout le monde sait pourtant que c'est le conseiller présidentiel Raymond Soubie qui décide. Woerth demeure toutefois utile afin que le président ne soit pas touché par certains aspects du scandale (comme ces enveloppes brunes qui circulaient à Neuilly). À moins qu'un juge en décide autrement, l'affaire semble pour l'instant circonscrite à ce ministre en sursis qui quittera le cabinet au prochain remaniement, en octobre.
Et les Roms dans tout ça? Tout le monde s'en fout. Ce n'est pas la première fois que les quelques milliers de Roms, qui circulent en France depuis des siècles, servent de bouc émissaire. C'est une cible facile qui ne coûte pas cher. Il serait plus dommageable sur le plan politique de s'attaquer aux centaines de milliers de Français qui font la même chose en squattant ici et là un appartement ou un terrain en plein coeur de Paris parce qu'ils ne trouvent pas de logement. En 2006, Sarkozy avait même toléré que des sans-abri plantent leur tente sur les quais du canal Saint-Martin pendant six mois. Mais ils n'étaient pas Roms. Les Gitans et les Manouches qui squattent à l'occasion des terrains publics, faute de lieux appropriés, ont aussi le grand désavantage d'être Français.
Les Roms auront donc servi à remobiliser une partie de l'électorat de droite qui n'apprécie pas le style agité du président ni les «affaires» et que Sarkozy ne peut pas se permettre de concéder au Front national. Baisser dans les sondages deux ans avant la présidentielle, cela n'est pas catastrophique. Mais perdre le soutien de ces classes populaires et notamment des personnes âgées, c'est plus embêtant. D'où une certaine débandade depuis quelques mois chez les élus de droite.
Les appels cyniques à déchoir de la nationalité française certains criminels ont joué le même rôle. Une fois les cris d'orfraie poussés, on apprenait que la mesure ne touchera que ceux qui attenteraient à la vie d'un représentant des forces de l'ordre. Autant dire quelques cas par décennie, en admettant que la loi passe le test du Conseil constitutionnel. Il y a deux ans, Nicolas Sarkozy avait fait la même chose en proposant d'utiliser des tests d'ADN pour contrôler la réunification familiale. La loi n'a même pas été validée.
Ces provocations destinées aux médias ont aussi l'avantage de mettre les socialistes mal à l'aise. Sans véritable chef, puisqu'ils n'ont pas de candidat désigné à la présidentielle, les socialistes restent vulnérables sur ces questions. Pourtant, leur mollesse en matière de sécurité relève de plus en plus de la légende. Grâce notamment à Ségolène Royal.
La réforme des retraites, qui est actuellement discutée au Parlement, est une bataille que Nicolas Sarkozy ne peut pas se permettre de perdre. Il faudrait plus qu'une nouvelle journée d'action nationale pour la faire dérailler. D'autant plus que 53 % des Français soutiennent le report de deux ans du départ à la retraite afin de financer le régime. Certes, le gouvernement aurait pu en profiter pour innover en la matière et s'inspirer de ce qui se fait en Suède, où le système est moins inégalitaire. Mais, en s'entêtant à refuser ce report de deux ans, l'opposition n'a pas su faire avancer ces idées et s'est laissé enfermer dans le camp de la défense des droits acquis. Une bataille perdue d'avance. À moins d'un imprévu, la réforme devrait donc être votée mercredi prochain, le gouvernement ayant annoncé quelques concessions de dernière minute pour mieux faire passer la pilule.
Une fois cette victoire en main, Nicolas Sarkozy pourra envisager l'avenir plus sereinement. La présidence du G20 et le sommet de la Francophonie lui permettront de se faire valoir sur la scène internationale, ce qui est toujours bon pour la popularité d'un président. Ensuite, il pourra se consacrer entièrement au sujet qui mobilise déjà l'essentiel des esprits: sa réélection, en 2012. La gauche aurait tort de penser que le combat sera facile.
En juillet et en août, il était sur tous les fronts. Ici, il pourchassait les petits voyous de Grenoble. Là-bas, il s'en prenait aux Roms, population paisible s'il en est une. Enfin, ces derniers jours, il redoublait d'efforts pour parvenir à réformer les retraites. Toute cette excitation avait de quoi harasser ceux qui goûtaient leurs derniers jours de repos.
Au pays des cinq semaines de vacances obligatoires, ce n'est pas pour «gagner plus» que Nicolas Sarkozy a fait des heures supplémentaires. Il s'agissait de faire oublier par tous les moyens l'affaire Bettencourt-Woerth. Car ce scandale, déclenché par les enregistrements pirates d'un majordome, a touché en plein coeur le gouvernement.
En criant au loup contre les Roms, Nicolas Sarkozy aura fait d'une pierre deux coups. Il aura réussi à déplacer l'attention tout en préservant son ministre. En apparence, celui-ci s'active au Parlement, où il défend la réforme des retraites. Tout le monde sait pourtant que c'est le conseiller présidentiel Raymond Soubie qui décide. Woerth demeure toutefois utile afin que le président ne soit pas touché par certains aspects du scandale (comme ces enveloppes brunes qui circulaient à Neuilly). À moins qu'un juge en décide autrement, l'affaire semble pour l'instant circonscrite à ce ministre en sursis qui quittera le cabinet au prochain remaniement, en octobre.
Et les Roms dans tout ça? Tout le monde s'en fout. Ce n'est pas la première fois que les quelques milliers de Roms, qui circulent en France depuis des siècles, servent de bouc émissaire. C'est une cible facile qui ne coûte pas cher. Il serait plus dommageable sur le plan politique de s'attaquer aux centaines de milliers de Français qui font la même chose en squattant ici et là un appartement ou un terrain en plein coeur de Paris parce qu'ils ne trouvent pas de logement. En 2006, Sarkozy avait même toléré que des sans-abri plantent leur tente sur les quais du canal Saint-Martin pendant six mois. Mais ils n'étaient pas Roms. Les Gitans et les Manouches qui squattent à l'occasion des terrains publics, faute de lieux appropriés, ont aussi le grand désavantage d'être Français.
Les Roms auront donc servi à remobiliser une partie de l'électorat de droite qui n'apprécie pas le style agité du président ni les «affaires» et que Sarkozy ne peut pas se permettre de concéder au Front national. Baisser dans les sondages deux ans avant la présidentielle, cela n'est pas catastrophique. Mais perdre le soutien de ces classes populaires et notamment des personnes âgées, c'est plus embêtant. D'où une certaine débandade depuis quelques mois chez les élus de droite.
Les appels cyniques à déchoir de la nationalité française certains criminels ont joué le même rôle. Une fois les cris d'orfraie poussés, on apprenait que la mesure ne touchera que ceux qui attenteraient à la vie d'un représentant des forces de l'ordre. Autant dire quelques cas par décennie, en admettant que la loi passe le test du Conseil constitutionnel. Il y a deux ans, Nicolas Sarkozy avait fait la même chose en proposant d'utiliser des tests d'ADN pour contrôler la réunification familiale. La loi n'a même pas été validée.
Ces provocations destinées aux médias ont aussi l'avantage de mettre les socialistes mal à l'aise. Sans véritable chef, puisqu'ils n'ont pas de candidat désigné à la présidentielle, les socialistes restent vulnérables sur ces questions. Pourtant, leur mollesse en matière de sécurité relève de plus en plus de la légende. Grâce notamment à Ségolène Royal.
La réforme des retraites, qui est actuellement discutée au Parlement, est une bataille que Nicolas Sarkozy ne peut pas se permettre de perdre. Il faudrait plus qu'une nouvelle journée d'action nationale pour la faire dérailler. D'autant plus que 53 % des Français soutiennent le report de deux ans du départ à la retraite afin de financer le régime. Certes, le gouvernement aurait pu en profiter pour innover en la matière et s'inspirer de ce qui se fait en Suède, où le système est moins inégalitaire. Mais, en s'entêtant à refuser ce report de deux ans, l'opposition n'a pas su faire avancer ces idées et s'est laissé enfermer dans le camp de la défense des droits acquis. Une bataille perdue d'avance. À moins d'un imprévu, la réforme devrait donc être votée mercredi prochain, le gouvernement ayant annoncé quelques concessions de dernière minute pour mieux faire passer la pilule.
Une fois cette victoire en main, Nicolas Sarkozy pourra envisager l'avenir plus sereinement. La présidence du G20 et le sommet de la Francophonie lui permettront de se faire valoir sur la scène internationale, ce qui est toujours bon pour la popularité d'un président. Ensuite, il pourra se consacrer entièrement au sujet qui mobilise déjà l'essentiel des esprits: sa réélection, en 2012. La gauche aurait tort de penser que le combat sera facile.
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