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Quelle rentrée?

Christian Rioux   10 septembre 2010  Europe
Si pour rentrer quelque part il faut d'abord en être sorti, il devient délicat de parler de la rentrée politique française. En effet, l'actualité politique ne s'est pas arrêtée un instant cet été en France, puisque le président Nicolas Sarkozy n'a pas vraiment eu de vacances.

En juillet et en août, il était sur tous les fronts. Ici, il pourchassait les petits voyous de Grenoble. Là-bas, il s'en prenait aux Roms, population paisible s'il en est une. Enfin, ces derniers jours, il redoublait d'efforts pour parvenir à réformer les retraites. Toute cette excitation avait de quoi harasser ceux qui goûtaient leurs derniers jours de repos.

Au pays des cinq semaines de vacances obligatoires, ce n'est pas pour «gagner plus» que Nicolas Sarkozy a fait des heures supplémentaires. Il s'agissait de faire oublier par tous les moyens l'affaire Bettencourt-Woerth. Car ce scandale, déclenché par les enregistrements pirates d'un majordome, a touché en plein coeur le gouvernement.

En criant au loup contre les Roms, Nicolas Sarkozy aura fait d'une pierre deux coups. Il aura réussi à déplacer l'attention tout en préservant son ministre. En apparence, celui-ci s'active au Parlement, où il défend la réforme des retraites. Tout le monde sait pourtant que c'est le conseiller présidentiel Raymond Soubie qui décide. Woerth demeure toutefois utile afin que le président ne soit pas touché par certains aspects du scandale (comme ces enveloppes brunes qui circulaient à Neuilly). À moins qu'un juge en décide autrement, l'affaire semble pour l'instant circonscrite à ce ministre en sursis qui quittera le cabinet au prochain remaniement, en octobre.

Et les Roms dans tout ça? Tout le monde s'en fout. Ce n'est pas la première fois que les quelques milliers de Roms, qui circulent en France depuis des siècles, servent de bouc émissaire. C'est une cible facile qui ne coûte pas cher. Il serait plus dommageable sur le plan politique de s'attaquer aux centaines de milliers de Français qui font la même chose en squattant ici et là un appartement ou un terrain en plein coeur de Paris parce qu'ils ne trouvent pas de logement. En 2006, Sarkozy avait même toléré que des sans-abri plantent leur tente sur les quais du canal Saint-Martin pendant six mois. Mais ils n'étaient pas Roms. Les Gitans et les Manouches qui squattent à l'occasion des terrains publics, faute de lieux appropriés, ont aussi le grand désavantage d'être Français.

Les Roms auront donc servi à remobiliser une partie de l'électorat de droite qui n'apprécie pas le style agité du président ni les «affaires» et que Sarkozy ne peut pas se permettre de concéder au Front national. Baisser dans les sondages deux ans avant la présidentielle, cela n'est pas catastrophique. Mais perdre le soutien de ces classes populaires et notamment des personnes âgées, c'est plus embêtant. D'où une certaine débandade depuis quelques mois chez les élus de droite.

Les appels cyniques à déchoir de la nationalité française certains criminels ont joué le même rôle. Une fois les cris d'orfraie poussés, on apprenait que la mesure ne touchera que ceux qui attenteraient à la vie d'un représentant des forces de l'ordre. Autant dire quelques cas par décennie, en admettant que la loi passe le test du Conseil constitutionnel. Il y a deux ans, Nicolas Sarkozy avait fait la même chose en proposant d'utiliser des tests d'ADN pour contrôler la réunification familiale. La loi n'a même pas été validée.

Ces provocations destinées aux médias ont aussi l'avantage de mettre les socialistes mal à l'aise. Sans véritable chef, puisqu'ils n'ont pas de candidat désigné à la présidentielle, les socialistes restent vulnérables sur ces questions. Pourtant, leur mollesse en matière de sécurité relève de plus en plus de la légende. Grâce notamment à Ségolène Royal.

La réforme des retraites, qui est actuellement discutée au Parlement, est une bataille que Nicolas Sarkozy ne peut pas se permettre de perdre. Il faudrait plus qu'une nouvelle journée d'action nationale pour la faire dérailler. D'autant plus que 53 % des Français soutiennent le report de deux ans du départ à la retraite afin de financer le régime. Certes, le gouvernement aurait pu en profiter pour innover en la matière et s'inspirer de ce qui se fait en Suède, où le système est moins inégalitaire. Mais, en s'entêtant à refuser ce report de deux ans, l'opposition n'a pas su faire avancer ces idées et s'est laissé enfermer dans le camp de la défense des droits acquis. Une bataille perdue d'avance. À moins d'un imprévu, la réforme devrait donc être votée mercredi prochain, le gouvernement ayant annoncé quelques concessions de dernière minute pour mieux faire passer la pilule.

Une fois cette victoire en main, Nicolas Sarkozy pourra envisager l'avenir plus sereinement. La présidence du G20 et le sommet de la Francophonie lui permettront de se faire valoir sur la scène internationale, ce qui est toujours bon pour la popularité d'un président. Ensuite, il pourra se consacrer entièrement au sujet qui mobilise déjà l'essentiel des esprits: sa réélection, en 2012. La gauche aurait tort de penser que le combat sera facile.
 
 
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  • France Marcotte
    Abonnée
    vendredi 10 septembre 2010 11h42
    On est toujours surpris que la politique puisse être si grossière
    Comment les Français que l'on dit gens politisés peuvent-ils se laisser prendre à des manoeuvres aussi grossières que celles que vous décrivez là? Comment est-ce même possible sans la complicité des médias? Ceux-ci ne montrent-ils à la fois qu'un petit bout de l'affaire, dans les détails de quoi on perd de vue l'ensemble d'une stratégie, indigne il me semble du président d'une république et qui ne ferait qu'inspirer mépris et déception à des gens sensés s'ils en penaient connaissance, qu'ils soient de gauche ou de droite? Le tableau que vous brossez de la situaion, déconcertant de simplicité, pourquoi n'est-ce que maintenant que les jeux sont faits qu'il nous est présenté? Et ici, quand de toute évidence notre gouvernement se comporte de façon cavalière et que la population cherche une validation de ses perceptions limités par les moyens dont elle dispose, pourquoi est-ce si long avant qu'on lui donne franchement raison?

  • Godefroy
    Abonné
    samedi 18 septembre 2010 12h57
    Merci Sarko
    « Si Sarkozy existe en tant que phénomène social et historique, malgré sa vacuité, sa violence et sa vulgarité, nous devons admettre que l'homme n'est pas parvenu à atteindre le sommet de l'Etat malgré ses déficiences intellectuelles et morales, mais grâce à elles. C'est sa négativité qui a séduit. Respect des forts, mépris des faibles, amour de l'argent, désir d'inégalité, besoin d'agression, désignation de boucs émissaires dans les banlieues, dans les pays musulmans ou en Afrique noire, vertige narcissique, mise en scène publique de la vie affective et, implicitement, sexuelle : toutes ces dérives travaillent l'ensemble de la société française; elles ne représentent pas la totalité de la vie sociale mais sa face noire, elles manifestent son état de crise et d'angoisse. [...] Au fond, nous devrions être reconnaissant à Nicolas Sarkozy de son honnêteté et de son naturel, si bien adaptés à la vie politique de notre époque. Parce qu'il a réussi à se faire élire en incarnant et en flattant ce qu'il y a de pire autour de nous, en nous, il oblige à regarder la réalité en face. Notre société est en crise, menacée de tourner mal, dans le sens de l'appauvrissement, de l'inégalité, de la violence, d'une véritable régression culturelle. »

    Après la démocratie, Emmanuel Todd, éd. Gallimard, 2008, p. 16

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