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Qu'est-ce qu'une nation?

Dominique Sopo - Président de SOS Racisme  27 août 2010  Europe
Nicolas Sarkozy a compris qu’une frange substantielle des élites avait hâte d’ôter toute légitimité citoyenne à des parties de la population dont la montée en puissance crée une indicible crispation sociale et identitaire.<br />
Photo : Agence Reuters Philippe Wojazer
Nicolas Sarkozy a compris qu’une frange substantielle des élites avait hâte d’ôter toute légitimité citoyenne à des parties de la population dont la montée en puissance crée une indicible crispation sociale et identitaire.
Beaucoup d'encre aura coulé à la suite du discours tenu le 30 juillet par le chef de l'État français, discours aux accents mâles dans lequel il mettait notamment en avant la volonté de rendre possible la déchéance de nationalité pour les criminels d'«origine étrangère». Étonnamment, l'essentiel des commentaires s'est situé sur le terrain choisi par Nicolas Sarkozy: celui de la sécurité.

Mais les propositions du président de la République n'ont qu'un très lointain rapport avec le thème de la sécurité. Qui d'ailleurs pourrait croire en toute bonne foi que la possibilité de déchoir quelqu'un de sa nationalité, en raison de crimes pour lesquels il risque la perpétuité, deviendrait une variable dissuasive?

En réalité, derrière cette exacerbation des peurs de la société, une bataille fondamentale se dessine: celle de la conception de la nation. C'est pourquoi le débat actuel doit être replacé dans la lignée des débats initiés ces derniers mois. Il y a une redoutable cohérence entre le débat sur l'identité nationale, la «bouc-émissarisation» des Roms et des gens du voyage et aujourd'hui la volonté de déchoir de leur nationalité des citoyens français. Car, dans chacun de ces moments, un même récit a été raconté: il y a au sein de notre société des personnes aux origines «extérieures» qui posent problème et ces personnes n'appartiennent pas à la nation française.

Francitude

Ce qui est en train de se nouer, à travers l'annonce de mesures s'apprêtant à faire entrer dans notre droit une partie du programme du Front national, c'est le choix entre une nation ethnique et une nation politique. Or, la nation française, à l'exception de quelques lugubres parenthèses, s'est toujours définie, conformément aux idéaux de 1789 et de la République, comme une communauté politique dans laquelle aucune distinction ne pouvait être opérée entre les citoyens en raison de leur origine. Dans la nation française, il n'y a pas de citoyens accueillis, mais des citoyens pleins avec tous les droits inaliénables et les devoirs y afférant.

Mais là où la dimension ethnicisante qui nous est servie apparaît dans tout son éclat, c'est lorsque les propositions fardées du souci de protéger les Français s'orientent vers les Français d'origine étrangère de la «deuxième génération» à qui serait réservée une disposition: s'ils ont été des mineurs délinquants, ils ne deviendront plus automatiquement citoyens français à leur majorité. Sous quelque périmètre que l'on entende cette mesure, elle nous fait entrer dans une racialisation de la nation française puisque, génération après génération (car il n'y a aucune raison logique ou pratique de s'arrêter à la «deuxième» génération), certains Français pourraient ainsi se voir retirer leur nationalité s'ils n'ont pas l'heur de disposer d'un nombre suffisant de quartiers d'une «francitude» que l'on imagine se confondre avec la proportion des ascendants blancs et catholiques.

Légitimité citoyenne

Pourquoi Nicolas Sarkozy, au risque de mener la droite vers un ravin moral et électoral et de plonger la nation dans les eaux saumâtres d'un funeste ethnicisme, se lance-t-il dans cette voie? Certains lui prêtent des penchants racistes. Raciste, il ne l'est assurément pas. Mais il dispose, pour reprendre l'expression de Sartre, d'une capacité illimitée à «s'infecter de son propre mensonge». Et Nicolas Sarkozy a compris qu'une frange substantielle des élites avait hâte d'ôter toute légitimité citoyenne à des parties de la population dont la montée en puissance crée une indicible crispation sociale et identitaire.

Car ces élites craignent pour le monopole dont elles jouissent sur les positions sociales les plus élevées, de même qu'elles sont attachées à un «esprit» français à dimension ethnique qui n'est pas sans rapport avec le sourd écho d'un colonialisme dont les rapports, «si ça continue comme ça», risqueraient de se trouver symboliquement et socialement perturbés, voire — effroi aussi suprême qu'irrationnel — inversés.

Il faut ici se rappeler que la définition politique de la nation s'est épanouie dans le chaudron de la Révolution et de l'abolition des privilèges. Délicieux parallèle de remarquer que se trouve aujourd'hui pointée, dans la capacité à donner son opinion et à impulser des débats, l'illégitimité de ceux qui viendraient corrompre la nation française (les musulmans, les gens du voyage, les Noirs...) comme jadis les roturiers — Gaulois — étaient censés avoir un pouvoir de corruption sur la noblesse prétendument franque, laquelle affirmait se confondre, à l'exception de tout autre corps, avec la nation.

La soupe des origines

Mais derrière cette thématique de la corruption, c'était déjà bien la question des privilèges qui se posait. Car faire nation, c'est également donner sa place et sa dignité à chacun et donc redistribuer les richesses. Évidemment, les élites ne peuvent, dans un espace démocratique, espérer maintenir leurs privilèges, et l'insuffisance de la redistribution qu'en s'appuyant sur une majorité politique. D'où cette stratégie qui consiste à jeter en pâture à l'opinion publique des boucs-émissaires ethnicisés afin de faire oublier à cette même opinion — mais la tient-on à ce point pour aveugle? — que la France est un pays privé de toute fluidité sociale, un pays dans lequel les classes sociales les moins favorisées se trouvent écrasées sous le talon de fer d'une élite jalouse de ses privilèges.

Nicolas Sarkozy, agent politique du renforcement desdits privilèges, tente dans la présente séquence politique d'éluder son incapacité à soumettre un projet politique grâce auquel chacun aurait la faculté de s'épanouir. Et lorsque l'on ne peut pas dire au peuple où l'on va, on le gave jusqu'à la nausée avec la soupe des origines.

L'arc républicain aurait tort de mésestimer ce débat en se réfugiant derrière le fait qu'il n'accouchera au pire que d'une souris législative. Car derrière les provocations racistes à l'oeuvre se joue la question de l'inclusion pleine et entière dans la communauté nationale de franges de la population qu'il serait tentant de vouloir tenir en lisière. Tentation qui n'épargne pas les élites de gauche, dont la discrétion de violette de ces dernières semaines tend à laisser penser qu'elles ont pour partie joué, peut-être avec soulagement, que le racisme était à combattre avec délicatesse auprès des Français.

La gauche doit se souvenir qu'en 1936, le Front populaire posait la question de l'intégration politique à la République de la classe ouvrière. À l'approche des élections présidentielles de 2012, se pose pour elle une question d'une nature similaire. Et revenir à ce qu'est une nation, c'est aussi briser la réalité d'une République monarchique et faire entrer pleinement dans une ère d'égalité et de dignité tout citoyen français, quelles que soient son origine ou sa condition sociale.

***

Dominique Sopo - Président de SOS Racisme
 
 
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  • Sansterre Gilles
    Inscrit
    vendredi 27 août 2010 05h51
    70% des Français d'accord avec Sarkozy!
    Le dernier sondage Le Figaro montre que les Français sont massivement derrière leur Président (70%) en ce qui concerne sa politique d'immigration avec les Roms.

    Les « nations » en ont assez de se faire imposer par le patronat transnational et la gauche altermondialiste une immigration tous azimuts.

    Basta!

  • Sansterre Gilles
    Inscrit
    vendredi 27 août 2010 06h23
    Un texte pernicieux et tendancieux!
    M. Sopo n'explique pas le contexte particulier de cette immigration de seconde génération vivant dans « les cités » en France.

    Les faits sont bien connus là-bas, mais ignorés ici au Québec : les immigrés afro-maghrébins des cités huent la marseillaise lors des matchs de foot, scandent des slogans anti-Français dans la rue, refusent l'éducation nationale, détestent ouvertement la culture française, ne veulent pas s'intégrer et méprisent les Français. C'est la révolte perpétuelle; Montréal-Nord à la puissance 10! Tout ceci est massivement documenté et à été rapporté d'innombrables fois dans les médias français. En France, le débat fait rage.

    C'est la raison pour laquelle une écrasant majorité des Français « en ont marre » de se faire donner des leçon de civisme par l'extrême gauche de M. Sopo et appuient la politique « sécuritaire » de Nicolas Sarkozy.

    TOUT CECI N'A RIEN À VOIR AVEC L'ETHNICITÉ COMME TENTE DE NOUS LE FAIRE CROIRE M. SOPO!

    Nicolas Sarkozy, comme son nom l'indique, est lui-même d'origine hongroise!!!!!

    « Arrêtez donc de nous charrier », comme on dit ici au Québec, M. Sopo!

  • Socrate
    Inscrit
    vendredi 27 août 2010 07h05
    citoyenneté
    Faudrait-il aussi enlever leur citoyenneté aux Européens de l'Union européenne? Ou aux citoyens à double nationalité comme en Israël ou au Canada? Dans ce cas-là, il faudrait aussi expulser Sarko et ses suppôts dans une quelconque Légion étrangère d'ICI plutôt que d'Ailleurs faut-il croire. Mais encore?

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    vendredi 27 août 2010 09h28
    Haro sur Sarko
    Les Français sont peut-être d'accords avec les dérives de Sarko sur les Roms. Comment expliquer que près des deux-tiers sont contre sa réélection et qu'il n'a que 30 % d'appuis sur sa gouvernance ?

  • Michel Leclaire
    Abonné
    vendredi 27 août 2010 11h40
    L'état juif
    Un exemple très contemporain : certains juifs désignent Israël comme étant un État juif. À méditer !

  • Godefroy
    Abonné
    vendredi 27 août 2010 11h52
    La peur de l'autre
    L'actuel fascisme social européen de France, Hongrie, Italie, Belgique, Serbie, Russie, etc... c'est inquiétant. C'est un constat d'échec, probablement causé par la crise économique actuelle - taux de chômage élevée -, des politiques d'intégration déficientes et par la peur de l'autre distillée par des irresponsables de haut et de bas niveaux. L'Europe des lumières vacille encore une fois. Nous ne sommes pas à l'abri de cette dérive.

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 27 août 2010 16h07
    À Marc Tremblay
    Il y a plus qu'un problème en politique. Et les citoyens, contrairement aux indépendantistes d'ici, qui n'ont qu'une option et rien d'autre, les citoyens français, comme bien d'autres, peuvent ne pas être d'accord sur une question, ou sur la façon de résoudre une problème, mais ils ne sont pas engagé, ni enrragés pour ne consommer que de la détestation et voir des ennemeis dans leur soupe.
    Si vous aviez vécu en France et constaté le quantité de campements illicites dans les parcs, sur des terrains de jeu et en bordure des voies ferrées, vous vous demanderiez comment résoudre ce problème. si vous aviez vos premeières pages de quotidiens remplies de manchettes décrivant les milliers de voitures incendiées durant la nuit de la St-Sylvestre, vous demanderiez à ce que le problème, qui dure depuis de nombreuses années, soit réglé aussi rapidement que possile

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 27 août 2010 16h12
    Une nation, M. Sopo c'est un groupe d'individus qui ont envie de vivre ensemble.
    Vivre ensemble, ce n'est pas vivre en marge. Si j'ai bien compris, les ROMS qui choisiraient de vivre ensemble, comme tout le monde, pourront revenir s'établir en France.
    Je crois que les QuÉbécois comprennent très bien celà et aceuillent volontiers ceux et celles qui ont envie de participer à la vie commune.

  • Jean-François DERET
    Abonné
    samedi 28 août 2010 11h42
    moi, l'étranger
    j'ai vécu un an à Montréal où j'ai travaillé en 1973....
    Sur les murs de la ville on pouvait voir : "Soyez chez vous, chez nous"
    Il s'agissait pour des personnes vivant au Québec de régulariser leur situation si nécessaire.....dans un temps donné.
    J'ai été très bien accueilli, j'ai toujours des amis depuis lors !
    Aucune communauté n'était visée par le dispositif si je m'en souviens bien
    La France doit être capable d'en faire autant !

  • lephilosophe
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 07h49
    Fine analyse
    Ce texte est une très bonne réflexion sur la question nationale qui devrait faire réfléchir les tenants de la souveraineté au Québec. Le lien que monsieur Sopo fait entre le maintien des privilèges, la constitution d'une majorité politique et l'instrumentalisation des minorités, dans une perspective historique, permet de mettre en lumière la stagnation dans laquelle se débatte les États-nations à l'heure du règne de la ploutocratie financière internationale.
    Car au moment où les États ont volé au secours des banques, afin de maintenir les privilèges de classes de tout ce monde, il n'y aura plus d'argent pour les services sociaux et les services publics... Alors que les entreprises ne paient plus qu'autour de 20% des impôts (après trente ans de néolibéralisme), alors que c'était 80% dans les années soixante-dix, il est facile d'exciter les classes moyennes contre les plus démunis, et d'exploiter leur sentiment de se faire avoir au change. Quoi de mieux alors que de brandir des chiffons rouges comme la religion et l'identité nationale pour faire diversion? Le populisme est de retour, il a les mêmes caractéristiques que celui des années trente, crise financière internationale, fragilisation des États nationaux, concentration dans les mains de quelques-uns de la richesse, précarisation des populations. Un cocktail explosif que la décennie qui vient devra boire jusqu'à la lie.

    Bernard Gadoua

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