Amalgame
L'histoire a commencé dans la nuit du 16 au 17 juillet lorsque Luigi Duquenet et son cousin ont forcé un barrage de police. Sentant son collègue menacé, un gendarme a tiré deux coups de feu en direction de la voiture, tuant sur le coup le jeune homme de 22 ans. Son cousin a pris la fuite et déposé le corps à une dizaine de kilomètres de là.
Il s'agirait d'un simple fait divers si les deux hommes n'étaient des Tsiganes, autrement appelés par les bureaucrates «gens du voyage». Convaincus que le tir des policiers était motivé par le racisme, assez répandu à leur égard, une trentaine de Tsiganes ont attaqué la gendarmerie de Saint-Aignan et la mairie d'Onzain, tout près de là.
Dans une telle situation, la logique voudrait que l'on tente aussitôt de calmer le jeu en expliquant que justice sera rendue et qu'une enquête impartiale aura lieu. Surtout que le conducteur affirme qu'il a freiné, qu'il n'y a eu aucune sommation et qu'il ne savait même pas qu'il avait affaire à des policiers. Des membres de la famille soutiennent par ailleurs que Luigi ne s'est pas arrêté parce qu'il conduisait sans permis et qu'il avait bu.
Au lieu d'appeler au calme, Nicolas Sarkozy a plutôt choisi d'attiser le feu en stigmatisant des populations tsiganes très diverses (Roms, Gitans, Manouches, etc.) qui sont simplement coupables de partager une culture et un certain mode de vie traditionnel. Des camps illégaux seront démantelés, dit-on. Les Roms venus de Bulgarie et de Roumanie et ayant enfreint la loi seront aussitôt reconduits dans leur pays. Des inspecteurs du fisc contrôleront la situation fiscale des occupants des camps. Le ministre de l'Intérieur est allé jusqu'à évoquer les grosses cylindrées «de certains véhicules qui traînent des caravanes».
Quel rapport peuvent bien avoir ces mesures avec la mort de Luigi Duquenet et les incidents malheureux qui ont suivi? Absolument aucun. Elles touchent d'ailleurs des communautés d'origines très différentes. Un peu comme si un incident survenu dans une banlieue avec un jeune Beur justifiait tout à coup la reconduction à la frontière de citoyens de l'Arabie saoudite.
Car c'est bien de ce genre d'amalgame qu'il s'agit ici. Comment peut-on imputer à une vaste diaspora présente sur tout le territoire européen la faute de quelques-uns des leurs? Sur les 400 000 Tsiganes recensés en France,
95 % sont Français et les deux tiers ne sont pas nomades. Luigi Duquenet vivait dans une caravane des environs et circulait probablement avec sa famille dans la région comme le font traditionnellement de nombreux Manouches. Ces derniers n'ont rien à voir avec ceux qu'on appelle les Roms et qui viennent de Bulgarie et de Roumanie. Au-delà de l'effet d'annonce, la politique d'expulsion des Roms n'a d'ailleurs rien de nouveau puisque 10 000 d'entre eux ont été expulsés en 2009. Citoyens européens, les Roms ont pourtant le droit de circuler partout en Europe. Dans trois ans, ils pourront même travailler où ils le souhaitent comme n'importe quel Européen.
L'essentiel de la présence tsigane en France n'a rien à voir avec l'immigration, illégale ou pas, comme semble le laisser entendre Nicolas Sarkozy. Elle remonte même au Moyen Âge. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le mode de vie nomade des Tsiganes commença à poser problème. Au début du XXe siècle, on leur imposera un carnet anthropométrique destiné à contrôler leurs déplacements. Celui-ci sera remplacé en 1969 par un titre de circulation que certains doivent toujours présenter à la police tous les trois mois. On connaît la répression sauvage que les Tsiganes ont subie pendant la guerre. En 2003, Sarkozy avait lui-même haussé les amendes et les peines d'emprisonnement en cas d'installation illégale sur un terrain.
Les Roms et les Tsiganes français n'ont pas du tout les mêmes problèmes. Les premiers vivent souvent dans une pauvreté extrême en Roumanie, même si le pays a commencé à reconnaître leurs droits. Pour la plupart, les seconds travaillent et sont sédentaires. Ceux qui voyagent encore le font un peu comme nos autochtones qui rejoignent leur camp de chasse et de pêche pendant une partie de l'année. Mais la France n'est pas le Grand Nord. Avec l'urbanisation croissante, les espaces se font rares. Ils ont surtout besoin de lieux qui leur permettent d'être mobiles tout en pouvant jouir des aides de l'État, d'ouvrir un compte en banque et d'envoyer leurs enfants à l'école.
C'est pourquoi une loi adoptée en 1990 oblige les villes de plus de 5000 habitants à aménager des aires d'accueil destinées aux populations nomades. Mais sur les 42 000 emplacements nécessaires, moins de la moitié ont été construits. De nombreuses villes refusent purement et simplement d'accueillir ces populations et même d'accepter leurs enfants à l'école. Voilà qui explique les campements illégaux dont Nicolas Sarkozy veut accélérer le démantèlement.
Ce n'est certainement pas en stigmatisant les Tsiganes qu'on réglera leurs problèmes. D'ailleurs, si la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy (appliquée depuis bientôt sept ans) fonctionnait, cela se saurait.
Il s'agirait d'un simple fait divers si les deux hommes n'étaient des Tsiganes, autrement appelés par les bureaucrates «gens du voyage». Convaincus que le tir des policiers était motivé par le racisme, assez répandu à leur égard, une trentaine de Tsiganes ont attaqué la gendarmerie de Saint-Aignan et la mairie d'Onzain, tout près de là.
Dans une telle situation, la logique voudrait que l'on tente aussitôt de calmer le jeu en expliquant que justice sera rendue et qu'une enquête impartiale aura lieu. Surtout que le conducteur affirme qu'il a freiné, qu'il n'y a eu aucune sommation et qu'il ne savait même pas qu'il avait affaire à des policiers. Des membres de la famille soutiennent par ailleurs que Luigi ne s'est pas arrêté parce qu'il conduisait sans permis et qu'il avait bu.
Au lieu d'appeler au calme, Nicolas Sarkozy a plutôt choisi d'attiser le feu en stigmatisant des populations tsiganes très diverses (Roms, Gitans, Manouches, etc.) qui sont simplement coupables de partager une culture et un certain mode de vie traditionnel. Des camps illégaux seront démantelés, dit-on. Les Roms venus de Bulgarie et de Roumanie et ayant enfreint la loi seront aussitôt reconduits dans leur pays. Des inspecteurs du fisc contrôleront la situation fiscale des occupants des camps. Le ministre de l'Intérieur est allé jusqu'à évoquer les grosses cylindrées «de certains véhicules qui traînent des caravanes».
Quel rapport peuvent bien avoir ces mesures avec la mort de Luigi Duquenet et les incidents malheureux qui ont suivi? Absolument aucun. Elles touchent d'ailleurs des communautés d'origines très différentes. Un peu comme si un incident survenu dans une banlieue avec un jeune Beur justifiait tout à coup la reconduction à la frontière de citoyens de l'Arabie saoudite.
Car c'est bien de ce genre d'amalgame qu'il s'agit ici. Comment peut-on imputer à une vaste diaspora présente sur tout le territoire européen la faute de quelques-uns des leurs? Sur les 400 000 Tsiganes recensés en France,
95 % sont Français et les deux tiers ne sont pas nomades. Luigi Duquenet vivait dans une caravane des environs et circulait probablement avec sa famille dans la région comme le font traditionnellement de nombreux Manouches. Ces derniers n'ont rien à voir avec ceux qu'on appelle les Roms et qui viennent de Bulgarie et de Roumanie. Au-delà de l'effet d'annonce, la politique d'expulsion des Roms n'a d'ailleurs rien de nouveau puisque 10 000 d'entre eux ont été expulsés en 2009. Citoyens européens, les Roms ont pourtant le droit de circuler partout en Europe. Dans trois ans, ils pourront même travailler où ils le souhaitent comme n'importe quel Européen.
L'essentiel de la présence tsigane en France n'a rien à voir avec l'immigration, illégale ou pas, comme semble le laisser entendre Nicolas Sarkozy. Elle remonte même au Moyen Âge. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le mode de vie nomade des Tsiganes commença à poser problème. Au début du XXe siècle, on leur imposera un carnet anthropométrique destiné à contrôler leurs déplacements. Celui-ci sera remplacé en 1969 par un titre de circulation que certains doivent toujours présenter à la police tous les trois mois. On connaît la répression sauvage que les Tsiganes ont subie pendant la guerre. En 2003, Sarkozy avait lui-même haussé les amendes et les peines d'emprisonnement en cas d'installation illégale sur un terrain.
Les Roms et les Tsiganes français n'ont pas du tout les mêmes problèmes. Les premiers vivent souvent dans une pauvreté extrême en Roumanie, même si le pays a commencé à reconnaître leurs droits. Pour la plupart, les seconds travaillent et sont sédentaires. Ceux qui voyagent encore le font un peu comme nos autochtones qui rejoignent leur camp de chasse et de pêche pendant une partie de l'année. Mais la France n'est pas le Grand Nord. Avec l'urbanisation croissante, les espaces se font rares. Ils ont surtout besoin de lieux qui leur permettent d'être mobiles tout en pouvant jouir des aides de l'État, d'ouvrir un compte en banque et d'envoyer leurs enfants à l'école.
C'est pourquoi une loi adoptée en 1990 oblige les villes de plus de 5000 habitants à aménager des aires d'accueil destinées aux populations nomades. Mais sur les 42 000 emplacements nécessaires, moins de la moitié ont été construits. De nombreuses villes refusent purement et simplement d'accueillir ces populations et même d'accepter leurs enfants à l'école. Voilà qui explique les campements illégaux dont Nicolas Sarkozy veut accélérer le démantèlement.
Ce n'est certainement pas en stigmatisant les Tsiganes qu'on réglera leurs problèmes. D'ailleurs, si la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy (appliquée depuis bientôt sept ans) fonctionnait, cela se saurait.
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