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Amalgame

Christian Rioux   30 juillet 2010  Europe
L'histoire a commencé dans la nuit du 16 au 17 juillet lorsque Luigi Duquenet et son cousin ont forcé un barrage de police. Sentant son collègue menacé, un gendarme a tiré deux coups de feu en direction de la voiture, tuant sur le coup le jeune homme de 22 ans. Son cousin a pris la fuite et déposé le corps à une dizaine de kilomètres de là.

Il s'agirait d'un simple fait divers si les deux hommes n'étaient des Tsiganes, autrement appelés par les bureaucrates «gens du voyage». Convaincus que le tir des policiers était motivé par le racisme, assez répandu à leur égard, une trentaine de Tsiganes ont attaqué la gendarmerie de Saint-Aignan et la mairie d'Onzain, tout près de là.

Dans une telle situation, la logique voudrait que l'on tente aussitôt de calmer le jeu en expliquant que justice sera rendue et qu'une enquête impartiale aura lieu. Surtout que le conducteur affirme qu'il a freiné, qu'il n'y a eu aucune sommation et qu'il ne savait même pas qu'il avait affaire à des policiers. Des membres de la famille soutiennent par ailleurs que Luigi ne s'est pas arrêté parce qu'il conduisait sans permis et qu'il avait bu.

Au lieu d'appeler au calme, Nicolas Sarkozy a plutôt choisi d'attiser le feu en stigmatisant des populations tsiganes très diverses (Roms, Gitans, Manouches, etc.) qui sont simplement coupables de partager une culture et un certain mode de vie traditionnel. Des camps illégaux seront démantelés, dit-on. Les Roms venus de Bulgarie et de Roumanie et ayant enfreint la loi seront aussitôt reconduits dans leur pays. Des inspecteurs du fisc contrôleront la situation fiscale des occupants des camps. Le ministre de l'Intérieur est allé jusqu'à évoquer les grosses cylindrées «de certains véhicules qui traînent des caravanes».

Quel rapport peuvent bien avoir ces mesures avec la mort de Luigi Duquenet et les incidents malheureux qui ont suivi? Absolument aucun. Elles touchent d'ailleurs des communautés d'origines très différentes. Un peu comme si un incident survenu dans une banlieue avec un jeune Beur justifiait tout à coup la reconduction à la frontière de citoyens de l'Arabie saoudite.

Car c'est bien de ce genre d'amalgame qu'il s'agit ici. Comment peut-on imputer à une vaste diaspora présente sur tout le territoire européen la faute de quelques-uns des leurs? Sur les 400 000 Tsiganes recensés en France,

95 % sont Français et les deux tiers ne sont pas nomades. Luigi Duquenet vivait dans une caravane des environs et circulait probablement avec sa famille dans la région comme le font traditionnellement de nombreux Manouches. Ces derniers n'ont rien à voir avec ceux qu'on appelle les Roms et qui viennent de Bulgarie et de Roumanie. Au-delà de l'effet d'annonce, la politique d'expulsion des Roms n'a d'ailleurs rien de nouveau puisque 10 000 d'entre eux ont été expulsés en 2009. Citoyens européens, les Roms ont pourtant le droit de circuler partout en Europe. Dans trois ans, ils pourront même travailler où ils le souhaitent comme n'importe quel Européen.

L'essentiel de la présence tsigane en France n'a rien à voir avec l'immigration, illégale ou pas, comme semble le laisser entendre Nicolas Sarkozy. Elle remonte même au Moyen Âge. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le mode de vie nomade des Tsiganes commença à poser problème. Au début du XXe siècle, on leur imposera un carnet anthropométrique destiné à contrôler leurs déplacements. Celui-ci sera remplacé en 1969 par un titre de circulation que certains doivent toujours présenter à la police tous les trois mois. On connaît la répression sauvage que les Tsiganes ont subie pendant la guerre. En 2003, Sarkozy avait lui-même haussé les amendes et les peines d'emprisonnement en cas d'installation illégale sur un terrain.

Les Roms et les Tsiganes français n'ont pas du tout les mêmes problèmes. Les premiers vivent souvent dans une pauvreté extrême en Roumanie, même si le pays a commencé à reconnaître leurs droits. Pour la plupart, les seconds travaillent et sont sédentaires. Ceux qui voyagent encore le font un peu comme nos autochtones qui rejoignent leur camp de chasse et de pêche pendant une partie de l'année. Mais la France n'est pas le Grand Nord. Avec l'urbanisation croissante, les espaces se font rares. Ils ont surtout besoin de lieux qui leur permettent d'être mobiles tout en pouvant jouir des aides de l'État, d'ouvrir un compte en banque et d'envoyer leurs enfants à l'école.

C'est pourquoi une loi adoptée en 1990 oblige les villes de plus de 5000 habitants à aménager des aires d'accueil destinées aux populations nomades. Mais sur les 42 000 emplacements nécessaires, moins de la moitié ont été construits. De nombreuses villes refusent purement et simplement d'accueillir ces populations et même d'accepter leurs enfants à l'école. Voilà qui explique les campements illégaux dont Nicolas Sarkozy veut accélérer le démantèlement.

Ce n'est certainement pas en stigmatisant les Tsiganes qu'on réglera leurs problèmes. D'ailleurs, si la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy (appliquée depuis bientôt sept ans) fonctionnait, cela se saurait.
 
 
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  • France Marcotte
    Abonnée
    vendredi 30 juillet 2010 07h56
    La pie voleuse de loi
    Voilà que N.Sarkozy profite d'un fait divers pour laisser libre cours à ses penchants mauvais contre une immigration qui n'en est pas une, dont la majorité est aujourd'hui sédentaire et dont les coutumes de la portion encore sporadiquement nomade sont en théorie protégés par une loi qui n'est pas appliquée. ... "sur les 42 000 emplacements nécessaires, moins de la moitié ont été construits". Merci M.Rioux de démontrer aussi clairement à qui ça peut servir de tout mélanger.

  • Socrate
    Inscrit
    vendredi 30 juillet 2010 08h32
    Esmeralda
    Ce pauvre Sarko a sans doute tort de vouloir maintenant enlever leur petite chèvre Esmeralda aux Roumis. HUGO.

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 30 juillet 2010 11h19
    Se prendre pour Dieu
    Les dirigeants politiques tels Sarkozy et Harper se prennent pour Dieu. Malheureusement, ils n'en connaissent qu'un, le leur, le Dieu de Moïse vengeur et cruel. Ce faisant, ils ramènent l'humanité à la barbarie, au nom de leur dieu.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 30 juillet 2010 11h43
    Étrange
    Étrange article que celui de Christian Rioux. Il nous parle de faits que l’on connaît bien ici au Canada et son long exposé est inutile. Quelques lignes auraient été largement suffisantes.

    Ensuite, il reprend les positions et déclarations du Parti socialiste et de la gauche française, mais sans le dire. Rien par contre des déclarations de la droite, qui précisent justement qu’il n’y a pas d’amalgame dans les mesures qui seront prises.

    Et la dernière ligne : « D'ailleurs, si la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy (appliquée depuis bientôt sept ans) fonctionnait, cela se saurait », n’a rien à voir avec le sujet traité. C’est un amalgame imprécis et non basé sur des preuves solides, et un jugement qu’un journaliste étranger n’a pas à faire, car c’est une prise de position dans la politique du pays, qu’il faut laisser aux politiciens de ce pays.

    Ce que l’on attend d’un journaliste posté dans un pays étranger, c’est qu’il nous rapporte faits et déclarations de l’ensemble de la classe politique concernée, dans le cas présent, et qu’il laisse au lecteur le soin de se faire une opinion. Il n’a pas à s’inscrire dans les vues d’un parti ou d’un autre, même si l’un a ses préférences.

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    vendredi 30 juillet 2010 17h47
    (Liberté), (Égalité), (Fraternité)
    Décidément, l'esprit français a quelque chose d'étroit et de mesquin.

    La tradition se poursuit avec Sarkozy...

  • André Loiselet
    Abonné
    vendredi 30 juillet 2010 22h23
    M. Rioux a raison
    Votre argumentation pour défendre la droite et faire taire la compréhension des faits est plutôt faible. M. Rioux rapporte justement les événements, faudrait-il qu'il fasse mine de ne pas les comprendre pour ne pas inquiéter le pouvoir? Duplessis n'est pas mort, à ce que je vois. Le Devoir n'est pas une feuille rapportant, sans opinions, les meurtres et chiens écrasés et nous en sommes heureux.

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