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Mettre les voiles... à 14 ans

Le voyage en solitaire fait de plus en plus d'adeptes parmi les jeunes filles

Fabien Deglise   29 juillet 2010  Europe
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La jeune Néerlandaise Laura Dekker veut partir du Portugal «d’ici deux semaines», avec en tête un objectif simple: devenir la plus jeune navigatrice à réaliser un tour du monde en solitaire.<br />
Photo : Agence France-Presse Marco de Swart

La jeune Néerlandaise Laura Dekker veut partir du Portugal «d’ici deux semaines», avec en tête un objectif simple: devenir la plus jeune navigatrice à réaliser un tour du monde en solitaire.
Après des mois de tractation et d'hésitation, la justice et les services de protection de l'enfance des Pays-Bas viennent cette semaine de trancher: la jeune Laura Dekker, 14 ans, va pouvoir dans les prochaines semaines s'installer à la barre de son voilier pour réaliser son rêve d'adolescente: entreprendre un tour du monde à la voile en solitaire.

Ce projet solo semble étrangement se vivre de plus en plus en groupe, en trouvant partout sur la planète un terreau fertile dans l'esprit de jeunes filles bien nanties qui carburent à la compétition et à la recherche de la reconnaissance, peu importe le caractère extrême de la route à prendre. Dekker est en effet la troisième ado en ligne depuis plus d'un an à vouloir affronter le monde du silence tout comme les vents dominants de la mer Rouge, même si cela peut dépasser l'entendement.

«Le phénomène est intéressant, lance à l'autre bout du fil la sociologue Madeleine Gauthier, membre de l'Observatoire Jeunes et Société de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS). Par le passé, l'affirmation et le dépassement de soi chez les jeunes adolescentes pouvaient passer par le bénévolat ou l'engagement social en groupe dans des projets humanitaires. Mais ce modèle est visiblement en mouvement dans des sociétés où tout est possible et où le climat encourage la compétition.»

En partant à l'assaut du globe à la barre de son voilier de huit mètres baptisé Guppy, la jeune Néerlandaise veut en faire la démonstration. En conférence de presse cette semaine, elle a dit vouloir mettre les voiles depuis le Portugal «d'ici deux semaines», avec en tête un objectif simple: devenir la plus jeune navigatrice à réaliser un tour du monde en solitaire.

Le titre est détenu actuellement par une autre adolescente, l'Australienne Jessica Watson, qui, le 15 mai dernier, est revenue à quai après un tour du globe — et l'affrontement des deux caps (Horn et Bonne Espérance) — trois jours avant de souffler ses 17 bougies. Dekker, qui prévoit toutefois éviter les caps en passant par les canaux de Panama et de Suez, dit que battre ce record d'une seule journée serait suffisant pour la combler, mais aussi pour faire un pied de nez aux autorités néerlandaises, qui lui ont imposé la cale sèche depuis le 30 août dernier sous prétexte qu'elle n'était pas mûre pour entreprendre un tel périple.

Un projet fou

Michel Sacco, rédacteur en chef du magazine L'Escale nautique, semble d'ailleurs du même avis. «Le tour du monde à la voile en solitaire, dit-il, c'est un projet très difficile. Il faut beaucoup d'expérience pour y arriver et il est très étonnant de laisser partir une adolescente de 14 ans dans une telle aventure.» Le 11 juin dernier, l'Américaine de 16 ans Abby Sunderland a d'ailleurs pris la pleine mesure du danger en démâtant au milieu de l'océan Indien. Elle était, elle aussi, partie à la conquête du monde en solitaire. Elle a fini son périple sur le pont du bateau de pêche français Île de La Réunion, venu à son secours.

«C'est moralement et physiquement très exigeant, ajoute Michel Boivin, vice-président de la Fédération de voile du Québec. Quand les conditions climatiques se dégradent, quand on ne peut plus compter sur le pilote automatique et le régulateur de vitesse, le temps peut devenir très long seul sur un bateau au milieu de l'océan.» Et c'est certainement les écueils recherchés par ces adolescentes pour assouvir un besoin propre à leur génération: affirmer avec force leur différence dans des groupes de plus en plus homogènes où la quête de la célébrité a été passablement démocratisée par les réseaux sociaux, le site de partage de vidéos YouTube ou encore les émissions de télé-réalité vouées à la construction de chanteurs et de chanteuses-minute.

Cultiver dépassement et célébrité

«Être la première de sa classe, c'est devenu banal pour une fille qui ne peut plus se démarquer de cette façon, dit Mme Gauthier. Traverser les États-Unis en auto-stop ou l'Amérique du Sud à pied, c'est quelque chose qui appartient à une autre génération. Il reste alors le tour du monde à la voile en solitaire» afin de cultiver ce goût du dépassement et ce culte du vedettariat qui trouvent un écho favorable chez les générations montantes.

Selon elle, ces aspirations maritimes vont d'ailleurs comme un gant à ce groupe d'individus qui a en tête un monde ouvert, sans frontières, où tout est possible et dont le tour, forcément, en bateau et en solitaire, peut relever pour eux d'un jeu d'enfant. «C'est aussi une génération très compétitive, ajoute-t-elle, qui très tôt est exposée à une logique de comparaison entre les individus.» «Dans ce contexte, l'esprit du record à battre trouve facilement sa place, ajoute Michel Sacco. Mais le plus étonnant, c'est que cette compétition est stimulée par les parents, qui acceptent ces dépassements d'ordinaire laissés à des marins d'expérience ou à des fous.»

Michaël Schleifer, professeur d'éducation à l'UQAM et auteur de Valeur et sentiments chez les adolescents (PUQ), ne s'en étonne guère. «Dans le domaine du sport et de la compétition, ce n'est pas la première fois que l'on voit des parents pousser leurs enfants», dit-il en évoquant Tiger Woods et les soeurs Williams. Dirk Dekker, le père de Laura, qui appuie les démarches de sa fille, initiée à la mer à l'âge de deux ans, n'a jamais caché avoir lui-même caressé ce rêve. «Tous les parents veulent que leurs enfants réussissent, poursuit M. Schleifer. Mais parfois, par effet de projection, cela peut amener des dérapages.»

Et comment! Le 11 avril 1996, la jeune Jessica Dubroff, six ans, a perdu la vie aux commandes d'un Cessna Cardinal en décollant de l'aéroport de Cheyenne. Son père rêvait qu'elle devienne la plus jeune pilote à traverser les États-Unis d'un océan à l'autre. Cinq mois après le drame, le Congrès américain a adopté le Child Pilot Safety Act, qui mit fin à la quête des records par des enfants dans le domaine aérien.











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  • Thierry des Mers
    Inscrit
    jeudi 29 juillet 2010 13h36
    C'est pas l'homme qui prend la mer ... c'est la mer qui prend l'homme.
    Moi la mer elle m'a pris un samedi, Dieu merci.

    Faut avoir des couilles pour entreprendre un tel périple, surtout à 14 ans et quand on se nomme Laura.

    Entre Ke$ha. Paris Hilton, Britney et Laura, il me semble que j'aimerai mieux avoir une jeune ado qui cherche à véhiculer les même valeurs que cette jeune navigatrice plutôt que de la voir passer des heures à se maquiller, voir se défoncer, pour être "in" auprès des autres.

    Faut se réjouir de voir ce genre d'initiative médiatiser. Il faut les encourager plutôt que de toujours chercher la bébite. Que de beaux exemples pour la jeunesse. Quelle secondaire "hot" ce trip qui prend des trippes!

    À mon sens, ceux qui s'oposent à laisser partir Laura ont une mentalité de vieux cons et ne sont pas des marins. Oui Laura à des parents qui la "back", la pousse et l'encourage. Mais il ne sont pas fous n'on plus. Laura ne fera pas le CapHorn, ne connaîtra pas la terreur des 40e rugissants, et les mers démontées (comme Abby en aura connu). Laura fera des parcours avec des traversées de 3 semaines en mers maximun, par les alizées et les canals de Panama et Suez. Un promenade extraordinaire quoi.

    Ceux qui n'ont jamais pris la mer ou n'ont jamais été attiré par l'absolue que la navigation au large représente, en soltitaire de surcroît, ne peuvent comprendre un tel désir de dépassement. Surtout, il ne peuvent comprendre que jamais personne ne larguera les amarres en soltaire sans avoir la confiance en soit et l'expérience nécessaire pour le faire. Laura navige en mer du nord depuis très jeune. Elle a déjà essuyé des coups de tabac c'est certain. Elle ne part pas pour faire plaisir à son père. Elle part parce que la mer l'attire. Elle part parce qu'elle le veut. Elle part pour naviguer avant tout.

    Qui, ado, n'a pas déjà révé d'être le plus grand, le premier, le plus fort, le plus beau, le plus populaire ?

    Moi je te dis Go Laura. Garde l'oeuil vif et une main pour le bateau.
    Bon vent.

    ;-

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