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    Entrevue avec Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre de Belgique - La crise grecque, un test pour l'Union européenne

    17 février 2010 |Claude Lévesque | Europe
    Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre de Belgique, hier à Montréal.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre de Belgique, hier à Montréal.
    La crise des finances publiques en Grèce représente un important défi pour l'Union européenne (UE), particulièrement pour les pays de la zone euro.

    «Quel degré de solidarité aurons-nous pour maintenir cette Union avec tous les pays qui en font partie sans pour autant donner à chacun une licence pour se laisser aller», se demande Jean-Luc Dehaene, ancien premier ministre de Belgique et membre du Parlement européen, en entrevue au Devoir.

    M. Dehaene, qui donnait hier une conférence à l'invitation du Conseil des relations internationales de Montréal, ne croit pas que cette crise menace pour le moment la stabilité économique ou politique de l'Union européenne, mais cette dernière doit selon lui avoir le «courage de faire un certain nombre de pas» si elle veut maintenir son union monétaire.

    «Dans un premier temps, on a mis l'accent sur le fait que les Grecs doivent mettre de l'ordre chez eux, d'autant plus que la situation résulte en partie d'éléments de corruption et de mauvaise gestion, affirme M. Dehaene. Mais à un moment donné, une intervention structurelle sous la forme de reprises d'emprunts obligataires peut devenir nécessaire. Ou bien l'Union monétaire pourra le faire de façon interne, ou bien on fera appel au Fonds monétaire international, ce qui prouverait qu'elle n'est pas capable de s'attaquer elle-même à ses problèmes.»

    La solidarité

    M. Dehaene dit croire que la solidarité souhaitée se manifestera, quoiqu'il s'agisse d'une situation «qui n'est pas facile à gérer.» Le député européen estime par ailleurs que l'euro demeure dans l'ensemble un «succès inespéré», la monnaie européenne s'étant en fait bien comportée durant la récente crise financière.

    Il faut dire que M. Dehaene n'était pas venu à Montréal pour parler spécifiquement de la crise grecque, mais plutôt de l'Union européenne et de «l'expérience fédérale dans le monde».

    L'homme politique ne croit pas que le Vieux Continent se transformera dans un avenir prévisible en des «États-Unis d'Europe», même si l'UE, à qui ses États membres ont transféré une partie de leur souveraineté, utilise effectivement des «méthodes fédérales».

    En revanche, «l'Europe devra adapter ses comportements si elle veut être un acteur dans la gouvernance globale», affirme M. Dehaene.

    Dans certains domaines, il faut que «l'Europe parle d'une seule voix, ce qui veut dire transférer d'autres compétences» au niveau supranational, précise-t-il. «Là est tout le débat: est-ce qu'une partie des États membres se rendront compte que leur souveraineté est devenue fort théorique dans le monde global et qu'ils ne la regagneront qu'en faisant un "pool de souveraineté" au niveau de l'UE?»

    Le traité

    Le nouveau traité de Lisbonne vise justement une plus grande intégration politique du continent. Témoin de la création des postes de ministre des Affaires étrangères et de président du Conseil, qui devraient assurer «un peu plus de continuité dans l'action».

    En Europe, les transferts de souveraineté vers l'entité supranationale ont coïncidé avec une décentralisation des pouvoirs vers «des régions qui, historiquement, ont une caractéristique de nation» comme l'Écosse, la Catalogne ou la Bavière.

    Premier ministre de la Belgique de 1992 à 1999, M. Dehaene est bien placé pour en parler. Récemment, il a été nommé commissaire royal aux Affaires institutionnelles, chargé de trouver des solutions aux problèmes qui ont paralysé la vie politique de son pays pendant deux ans.

    «On a voulu mettre les tensions communautaires [entre Wallons et Flamands] hors du gouvernement, de sorte qu'il puisse mener sa mission socio-économique. On m'a chargé d'essayer, dans une certaine discrétion et sans la pression journalière de l'opinion publique, de trouver des issues à des problèmes chargés de symbolisme et d'émotivité.»

    La Belgique frôle-t-elle l'éclatement? avons-nous demandé. M. Dehaene ne le croit pas: en dépit de la présence du Vlaams Blok, parti indépendantiste flamand, «il y a un certain nombre de facteurs, dont le facteur bruxellois, qui font qu'une scission est inimaginable».












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