Affaire Clearstream - Villepin acquitté
Un camouflet pour Sarkozy
Photo : Agence France-Presse
Une meute de journalistes attendait Dominique de Vilepin à sa sortie du tribunal hier.
Paris — L'ancien premier ministre Dominique de Villepin est sorti blanchi d'une des affaires politico-financières les plus rocambolesques de la vie politique française. Accusé d'avoir trempé dans la divulgation de fausses listes de comptes bancaires visant à compromettre directement le président Nicolas Sarkozy, il a été acquitté hier par le Tribunal correctionnel de Paris. Le dénouement de cette affaire, dont les origines remontent à 2004, apparaît comme un revers pour le président français qui avait fait de ce procès un combat personnel au point de se porter partie civile, une procédure qui permet aux victimes d'intervenir directement dans le procès avec leurs avocats.
Sur le ton de la victoire, l'ancien premier ministre s'est avancé vers la meute de journalistes et de partisans qui s'étaient massés dans le palais de justice. Sur un ton presque présidentiel, il a affirmé: «Je salue le courage du Tribunal qui a su faire triompher le courage et le droit sur la politique. Je suis fier d'être le citoyen d'un pays, la France, où l'esprit d'indépendance reste vivant.»
Ce jugement apparaît comme une véritable résurrection politique pour l'ancien premier ministre de Jacques Chirac qui ne cache pas ses ambitions pour la présidentielle de 2012. Depuis l'ouverture du procès, en septembre dernier, cet interminable combat judiciaire avait pris l'allure d'un véritable duel entre Dominique de Villepin et le président de la République. Non seulement Nicolas Sarkozy s'est-il constitué partie civile, mais à la télévision, il avait oublié la présomption d'innocence et désigné les accusés comme des «coupables». Lors des audiences, c'est son avocat personnel, Me Thierry Herzog, qui a mené la charge la plus virulente contre Dominique de Villepin.
Ce dernier avait, quant à lui, accusé nommément Nicolas Sarkozy de vouloir le suspendre à «un croc de boucher», selon les mots attribués au président par le journaliste Franz-Olivier Giesbert. À Paris, le procureur Jean-Claude Marin, qui a instruit le dossier d'accusation, a la réputation d'être un proche de Nicolas Sarkozy et de soutenir certaines de ses réformes. La presse affirme qu'après avoir songé à prononcer un non-lieu, il a cédé aux pressions de l'exécutif pour finalement monter un dossier d'accusation plutôt mince. Chose jamais vue en France, il était allé défendre publiquement sur les ondes d'Europe 1 sa décision de poursuivre Dominique de Villepin.
Sarkozy prend acte
Le président, qui fêtait hier son 55e anniversaire de naissance, a réagi par un communiqué affirmant qu'il avait «pris acte» du jugement et qu'il ne ferait «pas appel». Une affirmation surprenante pour un avocat de profession puisque seuls les condamnés et le parquet ont légalement le droit de faire appel. «La nouvelle gaffe de Sarkozy», titrait le site Internet du journal Libération.
Contrairement à Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud, Dominique de Villepin est exonéré de l'accusation de «complicité de dénonciation calomnieuse». Les juges estiment qu'il n'a pas comploté pour fabriquer et diffuser les fausses listes bancaires de la banque suisse Clearstream. Selon les juges, Dominique de Villepin ne pouvait pas non plus dénoncer un complot dont il n'a eu la certitude qu'en octobre 2004. Les juges soulignent tout de même «qu'il pressentait l'avantage politique qu'il pouvait tirer de ces révélations dans un contexte de rivalité notoire». La France était alors à l'aube d'une campagne électorale.
Les juges ont identifié l'ancien numéro deux de la société d'aéronautique EADS, Jean-Louis Gergorin, comme le cerveau de cette manipulation. Gergorin, qui a transmis ces fausses listes à la justice, a été condamné à trois ans de prison, dont 15 mois fermes. Le mathématicien Imad Lahoud est aussi condamné à trois ans de prison, dont 18 mois fermes, pour avoir comploté avec Gergorin. Cet expert en informatique est désigné comme celui qui a falsifié les listes de comptes bancaires en y ajoutant des noms de personnalités politiques. Le juriste Florian Bourge a aussi été condamné pour avoir subtilisé les dossiers de Clearstream.
En campagne
«Pour Dominique de Villepin, c'est évidemment un pari politique et judiciaire de gagné», affirmait hier le journaliste du Figaro Bruno Jeudy. Depuis la fin du procès, Dominique de Villepin était pratiquement déjà en campagne. Le leader du dernier quartier des chiraquiens a multiplié les déplacements. La semaine dernière, il était à Bondy, le genre de banlieues difficiles où Nicolas Sarkozy s'aventure rarement. Ses partisans sont pour l'instant peu nombreux et ses moyens, assez maigres. On lui attribue surtout une «capacité de nuisance» qui pourrait faire perdre de précieux votes à Nicolas Sarkozy dans un éventuel duel à droite. Cela ne l'empêchait pas hier de déclarer vouloir contribuer «au redressement de la France».
«Le président de la République a, dans cette affaire, instrumentalisé la justice pour régler des comptes. Il vient d'être violemment démenti par un juge indépendant et son tribunal», a déclaré le socialiste Arnaud Montebourg. Loin d'afficher la même retenue que le président, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a affirmé que ce sont «les exécutants qui paient».
Il n'est pas exclu que, d'ici dix jours, le parquet fasse appel de la relaxe de Dominique de Villepin. Déjà, Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ont annoncé qu'ils en appelleraient de leur sentence. Cet incroyable scandale n'est pas encore tout à fait sorti du paysage politique français.
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Correspondant du Devoir à Paris
Sur le ton de la victoire, l'ancien premier ministre s'est avancé vers la meute de journalistes et de partisans qui s'étaient massés dans le palais de justice. Sur un ton presque présidentiel, il a affirmé: «Je salue le courage du Tribunal qui a su faire triompher le courage et le droit sur la politique. Je suis fier d'être le citoyen d'un pays, la France, où l'esprit d'indépendance reste vivant.»
Ce jugement apparaît comme une véritable résurrection politique pour l'ancien premier ministre de Jacques Chirac qui ne cache pas ses ambitions pour la présidentielle de 2012. Depuis l'ouverture du procès, en septembre dernier, cet interminable combat judiciaire avait pris l'allure d'un véritable duel entre Dominique de Villepin et le président de la République. Non seulement Nicolas Sarkozy s'est-il constitué partie civile, mais à la télévision, il avait oublié la présomption d'innocence et désigné les accusés comme des «coupables». Lors des audiences, c'est son avocat personnel, Me Thierry Herzog, qui a mené la charge la plus virulente contre Dominique de Villepin.
Ce dernier avait, quant à lui, accusé nommément Nicolas Sarkozy de vouloir le suspendre à «un croc de boucher», selon les mots attribués au président par le journaliste Franz-Olivier Giesbert. À Paris, le procureur Jean-Claude Marin, qui a instruit le dossier d'accusation, a la réputation d'être un proche de Nicolas Sarkozy et de soutenir certaines de ses réformes. La presse affirme qu'après avoir songé à prononcer un non-lieu, il a cédé aux pressions de l'exécutif pour finalement monter un dossier d'accusation plutôt mince. Chose jamais vue en France, il était allé défendre publiquement sur les ondes d'Europe 1 sa décision de poursuivre Dominique de Villepin.
Sarkozy prend acte
Le président, qui fêtait hier son 55e anniversaire de naissance, a réagi par un communiqué affirmant qu'il avait «pris acte» du jugement et qu'il ne ferait «pas appel». Une affirmation surprenante pour un avocat de profession puisque seuls les condamnés et le parquet ont légalement le droit de faire appel. «La nouvelle gaffe de Sarkozy», titrait le site Internet du journal Libération.
Contrairement à Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud, Dominique de Villepin est exonéré de l'accusation de «complicité de dénonciation calomnieuse». Les juges estiment qu'il n'a pas comploté pour fabriquer et diffuser les fausses listes bancaires de la banque suisse Clearstream. Selon les juges, Dominique de Villepin ne pouvait pas non plus dénoncer un complot dont il n'a eu la certitude qu'en octobre 2004. Les juges soulignent tout de même «qu'il pressentait l'avantage politique qu'il pouvait tirer de ces révélations dans un contexte de rivalité notoire». La France était alors à l'aube d'une campagne électorale.
Les juges ont identifié l'ancien numéro deux de la société d'aéronautique EADS, Jean-Louis Gergorin, comme le cerveau de cette manipulation. Gergorin, qui a transmis ces fausses listes à la justice, a été condamné à trois ans de prison, dont 15 mois fermes. Le mathématicien Imad Lahoud est aussi condamné à trois ans de prison, dont 18 mois fermes, pour avoir comploté avec Gergorin. Cet expert en informatique est désigné comme celui qui a falsifié les listes de comptes bancaires en y ajoutant des noms de personnalités politiques. Le juriste Florian Bourge a aussi été condamné pour avoir subtilisé les dossiers de Clearstream.
En campagne
«Pour Dominique de Villepin, c'est évidemment un pari politique et judiciaire de gagné», affirmait hier le journaliste du Figaro Bruno Jeudy. Depuis la fin du procès, Dominique de Villepin était pratiquement déjà en campagne. Le leader du dernier quartier des chiraquiens a multiplié les déplacements. La semaine dernière, il était à Bondy, le genre de banlieues difficiles où Nicolas Sarkozy s'aventure rarement. Ses partisans sont pour l'instant peu nombreux et ses moyens, assez maigres. On lui attribue surtout une «capacité de nuisance» qui pourrait faire perdre de précieux votes à Nicolas Sarkozy dans un éventuel duel à droite. Cela ne l'empêchait pas hier de déclarer vouloir contribuer «au redressement de la France».
«Le président de la République a, dans cette affaire, instrumentalisé la justice pour régler des comptes. Il vient d'être violemment démenti par un juge indépendant et son tribunal», a déclaré le socialiste Arnaud Montebourg. Loin d'afficher la même retenue que le président, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a affirmé que ce sont «les exécutants qui paient».
Il n'est pas exclu que, d'ici dix jours, le parquet fasse appel de la relaxe de Dominique de Villepin. Déjà, Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ont annoncé qu'ils en appelleraient de leur sentence. Cet incroyable scandale n'est pas encore tout à fait sorti du paysage politique français.
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Correspondant du Devoir à Paris
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