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France - Une loi en demi-teintes contre la burqa

Christian Rioux   27 janvier 2010  Europe
Des femmes potant la burqa
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
Des femmes potant la burqa
Paris — Unanimes à dénoncer le rejet des valeurs républicaines que représente le port du voile intégral, les parlementaires français sont divisés sur le type de loi à adopter. Devant la presse internationale venue nombreuse à leur conférence de presse, hier, les membres de la Mission d'information sur le voile intégral créée à l'instigation du président, Nicolas Sarkozy, en juin dernier ont rendu publiques leurs recommandations. Le document de 200 pages, bien documenté, a rallié tous les membres de la commission autour d'une résolution symbolique qui sera soumise à l'Assemblée nationale. Celle-ci affirmera que le port du voile intégral est contraire aux valeurs de la France.

«Le voile intégral en France est contraire à nos principes républicains. Il représente tout ce que la France rejette unanimement. Il s'agit là d'un sujet qui transcende les appartenances politiques. C'est toute la société française qui est heurtée», a déclaré le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer.

Mais cette belle unanimité s'effrite dès qu'il s'agit de savoir quelle loi proposer. Alors qu'une majorité de commissaires était d'avis d'interdire le voile intégral dans tout l'espace public, la mission s'est contentée de proposer son interdiction dans les seuls services publics comme la poste, les administrations et les transports.

Hier, à la toute dernière minute, le rapport a failli ne pas être adopté. Des députés socialistes ont boycotté le vote final, jugeant que le débat avait été «pollué par celui sur l'identité nationale». À droite, plusieurs députés ont aussi manifesté leur mécontentement quant à un texte ne proposant qu'une interdiction partielle.

Les services publics d'abord

Devant l'absence de consensus et les avis des juristes, la mission s'est contentée d'une proposition en demi-teintes. «L'objectif est bien que cesse cette pratique sur le territoire de la République», a expliqué Bernard Accoyer. Il précise néanmoins qu'«une loi inapplicable [...] serait un échec». Parmi les 200 personnes entendues par la commission, de nombreux juristes ont soutenu que la voie d'une interdiction totale était étroite. Selon la plupart, il était insuffisant d'invoquer la sécurité, l'égalité des sexes et même la dignité des femmes pour empêcher une telle loi d'être recalée à l'examen des tribunaux.

Le président de la mission, André Gerin, aurait lui aussi préféré une loi générale car, dit-il, «au XXIe siècle, on ne peut pas accepter d'avoir le visage couvert dans l'espace public». Devant l'absence de consensus, il s'est rallié. «Le port du voile intégral n'est que la partie émergée de l'iceberg, dit-il. Il cache des pratiques scandaleuses à contresens de notre histoire».

Selon son collègue, le rapporteur Éric Raoult, il s'agit de «commencer par les services publics» en attendant de trouver une solution plus générale, si elle existe. «Cette loi est attendue par les personnels qui sont en première ligne», dit-il. Il évoque les médecins et les infirmières des urgences qui doivent composer avec des femmes voilées refusant de se faire soigner par un homme.

Protéger les femmes

Le rapport contient plusieurs propositions destinées à protéger les femmes à qui l'on tenterait d'imposer le voile intégral. Les fonctionnaires seront invités à signaler à la protection de la jeunesse les cas où des mineurs le porteraient. L'obligation de le porter pourrait être considérée comme une violence faite aux femmes dans tous les cas de demande d'asile politique. De plus, la Mission de lutte contre les dérives sectaires sera invitée à enquêter sur les pratiques existantes dans l'entourage des femmes qui le portent. Enfin, ce voile pourra être considéré comme «un défaut d'intégration», ainsi que l'avait fait le Conseil d'État en juillet 2008 pour refuser la nationalité française à une Marocaine.

Fort du soutien de 200 députés, le chef du groupe parlementaire de l'UMP, Jean-François Copé, pense toujours qu'une interdiction générale de la burqa est nécessaire. Il déposera d'ici quelques jours un projet de loi en ce sens. «Comment va-t-on expliquer que [l'interdiction du voile], c'est plus constitutionnel à l'hôpital que dans la rue?», demande-t-il. Le même débat fait rage à gauche. Lundi, une quinzaine de militantes de l'association féministe Ni putes ni soumises ont manifesté, vêtues d'une burqa, devant les locaux du Parti socialiste (PS) pour protester contre les déclarations de Martine Aubry. La première secrétaire du parti parle d'une «loi de circonstance». Sihem Habchi, présidente de Ni putes ni soumises, a réclamé du PS «qu'il soutienne la mise en place d'une loi ou d'une disposition législative pour que les femmes puissent être libérées de ce cercueil». Plusieurs socialistes menés par Manuel Vals sont aussi de cet avis.

Le centriste François Bayrou s'est quant à lui déclaré favorable à l'interdiction de la burqa dans les services publics. Il a jugé le rapport «équilibré» et «juste». «En Europe, nous sommes une société, une civilisation du visage dévoilé, où l'on se regarde les yeux dans les yeux», a-t-il déclaré.

La plupart des musulmans qui ont témoigné devant la commission se sont prononcés contre le port du voile intégral, dont ils ne trouvent aucune prescription dans le Coran. L'un des rares à aller jusqu'à soutenir l'adoption d'une loi était l'imam Hassen Chalghoumi. Il a révélé hier à la presse que lundi, 80 islamistes avaient fait irruption dans sa mosquée de Drancy pour le menacer de mort.

*****

Correspondant du Devoir à Paris
 
 
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  • Paul Lafrance - Inscrit
    27 janvier 2010 06 h 48
    La burka
    Ce serait facile pour une personne (homme ou femme) qui veut commattre un crime ou un attentat, de se déguiser en portant une burka dont il pourrait se débarasser pour ne pas être reconnu Le port d'une burka devrait être aussi illégal que de porter un masque en dehors d'un bal masqué ou lors d'une mascarade. .On parle beaucoup de l'aspect religion, de liberté, de soumission, mais on parle peu de sécurité.
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  • ysengrimus - Inscrit
    27 janvier 2010 06 h 54
    Touche oas...
    Occidental, touche pas à ma copine voilée ou burkinée

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/24/athee-r

    Je n’approuve pas le voile, mais je le tolère… Et surtout, le jour où elle le retirera d’elle-même, elle disposera de ma pleine et entière solidarité.
    Paul Laurendeau
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  • Mathieu Lavallée - Abonné
    27 janvier 2010 08 h 23
    Conséquences ?
    Je crains que si cette loi passe, toutes ces femmes se retrouvent emprisonnées à vie dans la maison de leurs maris ...
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    27 janvier 2010 09 h 18
    À Québec...
    n'y a-t-il pas, depuis le Sommet des Amériques, un règlement qui interdit de se cacher le visage? Comme dans la loi proposée?
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  • marie-claude leclerc - Inscrite
    27 janvier 2010 09 h 36
    Complexe cette burka !
    La femme qui la porte devrait décider par elle-même en son "âme et conscience" si elle peut assumer le port de la burka dans un contexte public et faire face aux préjugés. Les croyances sont tellement ancrées qu'il est difficile d'effectuer un changement radical de "culture", Il faut du temps et surtout une volonté de fer pour briser le joug et assumer pleinement les conséquences de ses choix. Peut-être que la solidarité des femmes permettra un soulevement collectif de ce voile. C'est à espérer.
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  • Maryanne - Inscrite
    27 janvier 2010 10 h 45
    Bravo à la France
    Si ces immigrantes et immigrés changent de pays, ils doivent se conformer à notre manière de circuler et d'agir. Si ça ne leur convient pas alors lls savent quoi faire .L'âge des cavernes est passé. De plus pourquoi la FEMME est-elle si soumises? Au Canada la FEMME à des droits autant que l'homme. Pourquoi l'homme n'a-il pas le visage chaché lui aussi? J'espère que le Canada va suivre l'exemple de tous ces pays .
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  • Minona Minona - Inscrite
    27 janvier 2010 11 h 53
    La sécurité passe avant la religion
    Il ne s'agit même pas de religion mais bien de sécurité. Personne ne devrait avoir le droit de cacher son visage rendant ainsi son identification impossible, c'est aussi simple que ça et pas de passe-droit pour considérations religieuses. Je dis religieuses mais au fond nous savons tous que la burqa à moins à voir avec la religion (le coran n'en fait même pas mention) qu'avec une politique de contrôle des femmes et de prosélistisme agressif.

    Que ferons-nous lorsque des violeurs, des pédophiles et des assassins recherchés par la police pourrons déambuler tranquillement en burka et que d'autres y dissimulerons de la drogue, des armes ou des bombes? Il n'y a pas que les écoles, les hôpitaux et les transports en communs qui soient en danger avec une telle prison ambulante, n'importe quel lieu public peut devenir celui d'un crime.

    Je ne crois pas qu'une personne libre et non contrainte ne puisse réellement supporter de montrer son visage. Un visage ne saurait être indécent, à moins qu'il existe un fétichisme du visage dont on ne nous aurait pas parlé? Si nous devons dire à nos enfants de fuir toutes personne portant une burka au cas où ce serait un criminel, les femmes en burka auront d'autant plus de mal à s'intégrer, en supposant que ce soit ce qu'elles désirent vraiment.
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  • Pascal Barrette - Abonné
    27 janvier 2010 12 h 05
    Si j'étais une femme
    La simple pensée de porter un pareil vêtement dont la principale ouverture est une grille ou mince fente me traumatise. De penser que des femmes soient obligées de s'y emprisonner me révolte. Je suis très ouvert à d'autres cultures, d'autres modus vivendi, mais il y a des limites à ne pas franchir. La burqa en est une. Si j'étais une femme, je ne pourrais jamais, au grand jamais, supporter un tel emprisonnement vestimentaire.

    La manière d'interdire pareil étouffement? En droit, l'interdiction d'attenter à l'intégrité physique et mentale de la personne pourrait être la piste à emprunter, peu importe les prétentions religieuses, peu importe le lieu de l'infraction, foyer ou place publique. Qui plus est, cette approche réduirait peut-être un tant soit peu les levées de boucliers de tout pontife ou calife.

    Pascal Barrette
    Ottawa
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  •  
  • Monia Ayachi - Inscrite
    27 janvier 2010 14 h 33
    Vêtement!!!
    Oui mais en Amérique du nord (les États Unis), c’est une autre approche…
    Pauvre femme, que faire pour que les Hommes ne politisent et ne médiatisent plus de mes habits?
    A lire l'editorial du New York Times sur la Loi anti-Burqa

    http://www.nytimes.com/2010/01/27/opinion/27wed2.h
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  •  
  • Pierre Marinet - Inscrit
    27 janvier 2010 15 h 30
    À lire.
    Le témoignage sensible et si humain de monsieur Mustapha Amarouche dans les pages du Devoir du mercredi 27 janvier 2010 09h27.

    "Non, ce n' est pas encore l' aurore, mais il y a à l' horizon comme une lueur...":

    http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religio
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  •  
  • Johanne St-Amour - Inscrite
    27 janvier 2010 21 h 37
    LE CERCUEIL SOCIAL
    On dit sur le site de Ni Putes, Ni Soumises :

    "Le Mouvement Ni Putes Ni Soumises est enchanté et rassuré de la réaction d’Aurélie Filippetti : enchanté de ce positionnement clair en faveur d’une loi contre le cercueil social que constitue la burqa"

    Aussi:

    "Nous sommes venues dire au deuxième Parti de France et à toutes les forces progressistes de ne pas abandonner les femmes face à la violence et aux forces obscurantistes. Le parti socialiste, comme tous les autres partis, doit prendre ses responsabilités et entendre celles qui veulent simplement une main tendue. C’est pourquoi ce matin, une vingtaine de militants étaient présents, en burqa noires et en silence, devant les grilles de Solférino, levant haut une Marianne bâillonnée, pour être entendus. La présidente du Mouvement, Sihem Habchi, avait une rose à la main, en souvenir des 101 propositions de François Mitterrand. « Il faut condamner la burqa, mais il faut aussi agir !"

    http://www.niputesnisoumises.com/
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  •  
  • Johanne St-Amour - Inscrite
    27 janvier 2010 21 h 54
    "Le voile permet aux femmes d'acquérir une valeur marchande"
    Sur le site de Riposte Laïque:

    "Chadhortt Djavann. Elle y explique que le voile est la « clé du système islamiste » : parce qu’il fait office de marquage du territoire où l’islamisme parvient à s’imposer et à dicter ses règles, il rend visible les avancées de l’islam dans les pays européens ; mais aussi parce « qu’avec le voile, les femmes acquièrent une valeur marchande. (…) Elles sont les biens des hommes musulmans. (…) Pour accéder à ce marché (…) il faut être ou devenir musulman » (7) . Autrement dit, le voile est un titre de propriété d’une communauté sur ses femmes. La seule liberté que le voile autorise donc, c’est celle des hommes de soustraire leurs femmes au reste de la société et aux idéaux de la République. Voilà la liberté dont se réclament ceux qui s’opposent à l’interdiction de la burqa !"

    Une excellente apologie de la "supossée libertée individuelle" de porter le voile et du voile comme "liberté vestimentaire". Le JE-ME-MOI en prend pour son rhume!

    http://www.ripostelaique.com/De-la-liberte-d-impos
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