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Décès de Philippe Séguin - Le plus souverainiste des Français est mort

La France perd un homme libre, le Québec, un ami

Christian Rioux   8 janvier 2010  Europe
 Philippe Séguin
Photo : Agence France-Presse
Philippe Séguin
Paris — Les Français se sont réveillés hier en apprenant le décès inattendu de celui qui fut pendant 30 ans l'une des personnalités phares de la politique française et l'un des meilleurs amis du Québec. L'ancien ministre et président de l'Assemblée nationale Philippe Séguin a été terrassé dans la nuit par un infarctus à son domicile. «La France perd l'un de ses plus grands serviteurs et l'une de ses plus belles voix politiques, une voix tonitruante, profonde, toujours féconde, une voix parfois aussi tourmentée», a aussitôt déclaré son ancien camarade, le premier ministre François Fillon. Rarement hommage aura été aussi unanime dans le monde politique français, à droite comme à gauche.

À 66 ans, cet orphelin né à Tunis et fin connaisseur du Québec laisse le souvenir d'une personnalité hors du commun qui n'a jamais craint de déranger les establishments politiques. En retrait de la politique active depuis quelques années, il occupait depuis 2004 la présidence de la Cour des comptes, l'équivalent français du vérificateur général. Libre-penseur dans la plus pure tradition gaulliste, Philippe Séguin n'avait pas craint d'écorcher à plusieurs reprises le gouvernement de Nicolas Sarkozy par des rapports dévastateurs sur l'état des finances publiques.

Qualifié par l'ancien ambassadeur du Canada à Paris, Benoît Bouchard, de «loose cannon» (électron libre) à cause de son appui aux souverainistes québécois, Philippe Séguin a eu un parcours politique atypique. Il avait choisi le parti de De Gaulle plus que celui de la droite et ne craignait pas de se réclamer aussi du socialiste Pierre Mendès France. Personnalité en vue du parti de Jacques Chirac (RPR), en 1981 il ose soutenir le président socialiste François Mitterrand lorsqu'il propose l'abolition de la peine de mort. Au moment du référendum sur le traité de Maastricht, en 1992, il rue dans les brancards, défend la souveraineté de la France et prend la direction du camp du «non» avec Charles Pasqua. Même devenu brièvement chef du RPR, il se tient loin de la langue de bois, ce qui ne manquera pas de lui créer de nombreux ennemis dans son propre camp. Candidat à la mairie de Paris en 2001, il a été battu par le socialiste Bertrand Delanoë. Plusieurs personnalités influentes du gouvernement actuel ont été ses proches: du premier ministre François Fillon au conseiller présidentiel Henri Guaino.

Le «grand jeu»

À l'aube du référendum de 1995, il fut la cheville ouvrière du «grand jeu» de Jacques Parizeau visant la reconnaissance du Québec en cas de victoire du «oui». Après son élection, c'est Séguin qui présenta Parizeau au candidat Jacques Chirac. Le futur président avait alors affirmé que, si le «oui» l'emportait, la France serait «au premier rang de ceux qui diraient au Québec que nous marchons avec lui». Le premier ministre Jean Chrétien avait réagi en ironisant que le «oui» avait autant de chance de gagner que Jacques Chirac d'être président. Quelques semaines plus tard, Chirac était élu. L'année suivante, Séguin réserva au premier ministre Lucien Bouchard un accueil à l'Assemblée nationale digne d'un chef d'État.

Séguin était l'un de ces rares Français qui avaient conscience de l'importance stratégique, non seulement pour le Québec, mais aussi pour la France de son alliance avec le Québec. «L'alliance de la France et du Québec est aujourd'hui une nécessité absolue pour assurer dans le monde tel qu'il se construit la pérennité de leur langue et de leurs valeurs partagées», écrivait-il dans un livre consacré à ce sujet (Plus Français que moi, tu meurs! — VLB).

L'homme parlait avec bonheur de l'année qu'il avait passée à enseigner à Montréal, en 1999. Les étudiants le voyaient parfois à la cafétéria de l'UQAM. Passionné de football, il assistait volontiers aux matchs du Canadien de Montréal. Bob Gainey avait d'ailleurs dirigé l'équipe de hockey d'Épinal, la petite ville de Lorraine dont Philippe Séguin fut le maire pendant 14 ans. À Québec, en 2002, il avait même prononcé une conférence sur Montcalm, dont il fit un petit livre.

Des successeurs?

«Aujourd'hui, la France perd un de ses grands serviteurs, et le Québec, un ami des plus fidèles, a déclaré le premier ministre Jean Charest par voie de communiqué. Non seulement il connaissait et comprenait le Québec, mais surtout, il l'aimait profondément.»

«Philippe Séguin était non seulement un ami du Québec, mais un ami personnel», dit Bernard Landry, de passage à Paris cette semaine. L'ancien premier ministre avait reçu Philippe Séguin à plusieurs reprises dans sa maison de Verchère. Il avait dîné avec lui au Club Saint-Denis de Montréal il y a six mois à peine. «Philippe Séguin avait une grande admiration pour les institutions démocratiques du Québec, dit-il. Il admirait particulièrement l'institution du vérificateur général et notre niveau d'éthique — même si les choses se sont un peu gâtées depuis.» Concernant la souveraineté, il était «devenu un peu plus sceptique après la défaite de 1995, dit Landry. Mais comment le lui reprocher.»

L'ancienne ministre Louise Beaudoin représentera le Parti québécois aux funérailles nationales qui auront lieu aux Invalides lundi en présence de Nicolas Sarkozy. Elle avait rencontré Philippe Séguin à Paris il y a trois semaines, et dit l'avoir trouvé en forme. «Philippe Séguin se demandait bien sûr si l'indépendance du Québec se ferait, mais sur le fond, ses convictions souverainistes n'avaient pas varié d'un iota», dit-elle. Elle demeure convaincue qu'«il aura des successeurs».

Diplômé en histoire et auteur d'une biographie de Napoléon III, Philippe Séguin avait une culture encyclopédique. Il a écrit plusieurs livres qui ne sont pas que des recueils de discours. Dans l'un des derniers (Itinéraire dans la France d'en bas, d'en haut et d'ailleurs — Seuil), il reconnaissait qu'au fond, il n'était «pas de droite». Déplorant «le marais» qu'était devenu son parti, il concluait: «Je sais que le reniement des principes auxquels on croit est le meilleur raccourci vers les victoires électorales. Je n'y consentirai jamais.» Malgré ses défaites successives contre le traité de Maastricht, au RPR et à la mairie de Paris, il disait s'inspirer de Charles de Gaulle qui disait que «c'était de sa faiblesse qu'il tirerait sa force».

Une devise qu'il n'aurait probablement pas hésité à appliquer au Québec.











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  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 05h41
    La disparition de Philippe Séguin
    La disparition de Philippe Séguin nous remplit d’émotions et déclenche notre réflexion sur la pertinence de l’appui qu’il avait donné au projet de séparation du Québec de l’ensemble canadien. Le passage du temps, qui fait mieux voir les choses, nous inspire deux réflexions.

    M. Séguin était gaulliste dans toutes ses fibres, mais il n’a pas vu, à mon avis, que le Québec changeait rapidement et la France encore davantage.

    Donc la prédiction ou le souhait du Général de Gaulle ne s’est pas réalisé en 43 ans. Et personne, au Québec comme ailleurs n’oserait faire une nouvelle prédiction à ce sujet. Quelqu’un quelque part s’est donc trompé royalement.

    Par ailleurs, la France a donc changé rapidement, même si tout le monde ne le perçoit pas de la même manière.

    Je soutiendrais que, vue du Canada, l’intégration de la France dans l’Union européenne a durablement modifié la perception qu’a la France de son rôle dans le monde et de certaines questions de géopolitique parmi lesquelles ont peut placer la question des relations entre le Québec et la fédération canadienne. Et c’est en tout logique que le Président Sarkosy l’a reconnu.

    Depuis la ratification du Traité de Lisbonne, il faut constater que les pays membres de l’Union européenne sont devenus des partenaires autant, sinon plus interdépendants que les provinces canadiennes ou les États des États-Unis. C’est le cas, non seulement de la France, mais des tous les 27 pays membres de cette Union. Nous nous intéressons ici à la France parce que ses liens et son influence au Canada et au Québec sont indéniables, et que la modification de ses attributs ne manquera pas d’avoir des répercussions sur nos débats politiques.

    En effet c’est le premier décembre 2009 que le Traité de Lisbonne est entré en application et que l’Europe a désormais un vrai visage, une vraie adresse, et que s’applique la nouvelle nationalité européenne à chaque citoyen des pays membres. Dorénavant l’Europe a un Président permanent et un Ministre des Affaires étrangères permanent. Les détenteurs de ces deux postes importants et prestigieux viennent tout juste d’être désignés: M. Herman van Rumpuy et Mme Catherine Ashton. Ce sont des personnalités peu connues, mais qui ont la lourde tâche de définir en terme clairs le mandat que leur confie la Constitution européenne et de mettre en place tout l’appareil administratif qui permettra, dans un an ou deux, à des personnalités fortes et charismatiques de donner à cette nouvelle Europe toute la visibilité et tout le poids qu’elle mérite.

    C’est donc, forte des ses 500 millions de citoyens, dotée d’un Parlement élu au suffrage universel, d’un Conseil et d’une Commission qui agit comme un gouvernement, d’un réseau diplomatique propre, d’un passeport européen et d’une monnaie unique que l’Europe est enfin prète à jouer le rôle important qui est attendu d’elle sur la scène mondiale, dans l’ensemble des Organisations internationales et dans ses relations avec les autres grandes puissances. Tout cela bien sûr dans l’intérêt bien compris de tous ses citoyens.
     
    Cette évolution de tout un continent, qui sort de cette grande crise économique, n’est pas sans importance pour nous. Dans un livre qui vient tout juste de paraître, l’État du monde 2010 (Boréal) on peut lire les analyses de 50 des meilleurs observateurs de l’actualité mondiale qui en dégagent des idées-forces pour comprendre ce qu’ils appellent le grand tournant de ce 21e siècle. Je reproduis brièvement ici ce que ces 50 analystes ont pondu ensemble, comme observation principale et comme conclusion de leur travail. On retrouve en postface un petit texte qui devrait alimenter les réflexions de tous les citoyens, mais en particulier des Québécois. On peut lire : “Rarement le monde a-t-il changé aussi rapidement autour de nous. En quelques mois, le président Barack Obama a marqué, au moins verbalement, la rupture avec son prédécesseur. Le krach financier s’est transformé en crise économique et sociale mondiale, montrant quel point le temps de la souveraineté avait cédé la place celui de l’interdépendance…”

    Il me semble, en effet qu’il y a ici matière à réflexion. Et les grands changements que l’Union européenne introduit dans le fonctionnement de l’Europe et dans la perception que nous devons en avoir, peuvent servir de point de départ. Retenons quelques éléments importants.
     
    Les pouvoirs de l’Union européenne.

    - L’Union européenne jouit d’une personnalité juridique. Elle peut et elle doit négocier et signer les Traités et les Conventions, en son nom propre et au nom de tous ses pays membres. Et elle possède les pouvoirs et les moyens de les faire appliquer dans l’ensemble du territoire de l’Union.

    - Désormais, les réunions et les Sommets entre les chef d’État et de gouvernement des pays membres de l’UE ne font plus partie du domaine des Affaires étrangères, mais plutôt des Affaires intérieures de l’Union.

    - La Constitution européenne, dans sensiblement les mêmes termes que la Constitution des États-Unis, stipule que les Institutions de l’Union doivent respecter l’identité des États. Un autre rapprochement que l’on peut faire avec les origines de l’édification des États-Unis d’Amérique est le fait que le drapeau, qui a été l’emblème du conseil de l’Europe souhaité par Churchill, et qui a ensuite été adopté par l’Union européenne, ressemble étrangement au drapeau qui a été l’emblème officiel des États Unis d’Amérique de 1777 1795. Le drapeau américain contenait alors 13 étoiles jaunes (les 13 premiers États de l’Union) disposées en cercle sur un fond rectangulaire bleu. Le drapeau européen est identique, sauf qu’il ne contient que 12 étoiles. Bien malin qui pourrait prédire si les rapprochements et les similitudes entre l’évolution de ces deux grandes puissances que sont l’Europe et les États-Unis vont se poursuivre, et si le statut des États qui les composent va se ressembler éventuellement. Je suis de ceux qui croient que ce sera inévitablement le cas. On a cependant décidé, en Europe, de ne pas utiliser l’expression, les États-Unis d’Europe, mais on en est tout proche. D’ailleurs, l’ex-président de la France et principal architecte de la Constitution européenne, M. Valéry Giscard d’Estaing déclarait déjà le 12 septembre 2002: “Nous avons désormais un système de culture fédérale”.
     
    D’ailleurs, il faut sérieusement envisager que la réforme souhaitée du Conseil de sécurité de l’ONU ne puisse se faire que lorsque l’Union européenne prendra sa place dans un Conseil élargi, en remplacement de la France et de la Grande Bretagne qui y détiennent chacun un siège permanent. Cela mettrait l’Europe, avec une seule voix, sur le même pieds que les États-Unis, la Chine, la Russie et les autres.

    - L’Union européenne doit mettre en place un service diplomatique complet et autonome, en recrutant ses 5,000 principaux éléments dans les services diplomatiques des pays membres. Sous la gouverne du Parlement européen et de la Ministre des Affaires étrangères de l’Union, ce réseau se déploira dans les cent et quelques Bureaux de l’Union européenne dans autant de pays et dans les Organisations internationales. On ne parle pas beaucoup encore de la disparition éventuelle des services diplomatiques nationaux, mais on la voit très bien venir.

    - L’Union européenne a beaucoup plus de poids et de pouvoir que ce que l’on voit dans un survol rapide: Ainsi,
    - le Budget de l’Union pour l’année 2010 est de l’ordre de 190 milliards de dollars.
    - les décisions sont prises à la majorité des voix. Donc plus de droit de veto et de politique de la “chaise vide”
    - les lois et règlements de l’Union européenne, qui sont deux fois plus nombreux que ceux des pays membres, s’appliquent intégralement sur la totalité du territoire de l’Union
    - la Cour européenne de Justice peut invalider toute décision des tribunaux natinaux.

    - l’Union européenne représente seule ses 27 pays membres, y compris bien sûr la France, l’Allemagne et les 25 autres, dans un nombre toujours plus grand de Forum mondiaux et d’Organisation internationales. C’est le cas dans l’Organisation mondiale du Commerce, comme la Conférence de Copenhague sur l’environnement,
    et dans une multitude de négociations multilatérales ou avec avec des pays tiers, sur des sujets aussi variés que la pêche, l’énergie, l’environnement, les tarifs douaniers, le contrôle des frontières, le terrorisme, et bien d’autres.
     
    L’Union européenne, un force contre les divisions.

    Si l’Union européenne a connu des succès impressionnants au cours des cinquante années qui l’ont vue passer de 6 à 15 puis à 27 États membres, c’est parce que ces pays, fiers, puissants et indépendants depuis des millénaires, situant dans ce contexte l’essentiel de leurs propres intérêts, sont parvenu à abolir leurs frontières, à dégager des politiques communes essentielles à leur progrès, à conclure de nombreux transferts de compétences vers les institutions européennes, et à adopter une monnaie commune tout en confirmant le rôle essentiel de l’Union européenne sur le vieux Continent de même que sa présence et son influence dans le monde.

    Il se peut bien que des citoyens, en Europe et ailleurs, s’en étonnent et même manifestent contre cette évolution de l’Europe, mais il faudra leur rappeler que les Chefs d’États ou de gouvernements, démocratiquement élus, dans tous les pays membres ont, depuis 50 ans, discuté, approuvé et appuyé cette évolution. Ils étaient conscients de l’importance et des fondements historiques de la souveraineté de leurs pays, mais ils ont tous compris que le progrès de leurs économies et le bien-être de leurs citoyens devaient passer par cette mise en commun des mécanismes et des ressources essentielles à l’atteinte de ces objectifs. Il est donc relativement facile de comprendre pourquoi le Président de la France ait dit récemment “qu’on n’arriverait pas le convaincre que le monde avait besoin de plus de division”. Chacun reste libre de partager cette opinion, mais l’Europe, en ce XXIe siècle, en fait une éclatante démonstration.

    C’est dans ce contexte que le Président Sarkosy a écrit, le 16 février 2009, à Pauline Marois, et à Gilles Duceppe, répondant à leur lettre du 4 février. Certains ont voulu interpréter cette lettre comme une sorte de recul, ou d’excuses, du Président de la France par rapport à des propos tenus un peu plus tôt dans lesquels il disait abandonner la position de “non ingérence, non indifférence” de ses prédécesseurs. Mme Marois et M. Duceppe lui reprochaient cet abandon.
    Vous verrez que le texte et le ton de cette lettre de M. Sarkosy ne peuvent certainement pas être pris pour des excuses. Lisez plutôt: “Depuis mon élection, j’ai eu pour but de refonder la relation franco-québécoise en lui donnant un nouvel élan et en élargissant plus encore le champ de notre coopération.
    Je souhaite que cette nouvelle relation franco-québécoise s’épanouisse en harmonie avec la relation que la France entretient avec le Canada dans son ensemble. Cette communauté d’action est déterminante pour faire avancer les causes auxquelles nous tenons. La victoire commune que nous avons remportée pour la reconnaissance de la diversité culturelle en est l’illustration. Je pense également au projet de nouvel accord entre l’Union européenne et le Canada, pour lequel le Québec joue un rôle moteur. Cette communauté d’action est d’autant plus nécessaire dans le contexte de la crise économique mondiale que nous subissons, dans laquelle la langue française et les valeurs de la francophonie que nous portons ensemble constituent l’un de nos atouts les plus précieux.”
    Il faudra bien admettre que la France n’est plus de qu’elle était, et en tirer les conséquences.
     

  • Olivier Landry
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 07h37
    Coquille
    VerchèreS

  • Pierre Marinet
    Inscrit
    vendredi 8 janvier 2010 07h41
    Exagération?
    "Libre-penseur dans la plus pure tradition gaulliste", là vous exagérez. C’était un gauliste. La droite fut celle de la bourgeoisie, la grande bourgeoisie française. Seguin fut sympa mais il était tout de même un français de droite faisant une politique de droite qui amena incidemment Sarkozy, de droite, au pouvoir. Le bonapartisme de Seguin n'est qu'un faux nez de l'étatisme français dans lequel le pays est englué. Il n'aura pas fallu longtemps pour qu'on juge le bilan politique de M. Seguin : néant sur toute la ligne. On retiendra que c'était surtout un "caractériel épouvantable".

    Henri Guaino s'interrogeait sur Seguin:""C'est la question : est-ce le dernier représentant d'un monde ancien ou la persistance de quelque chose qui n'est pas prêt de mourir, d'une exception française qui ne veut pas disparaître, même si cela ne fait pas plaisir à certains."

    Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan exprime dans un communiqué l'impasse de Philippe Séguin, "décalé avec son époque", arrivé "trop tard par rapport à la génération de la Résistance et de la reconstruction, trop tôt face aux défis d'aujourd'hui et de demain". Selon M. Dupont-Aignan, "il souffrait profondément, j'en suis sûr, de ce décalage entre ce qu'il pensait pouvoir apporter à la France et l'absence de marge de manœuvre politique".

    Que reste t-il du séguinisme ? "Rien", répondent en cœur le socialiste François Hollande et le l'universitaire barriste Jean-Claude Casanova qui dirige la revue Commentaire. Aussi Alain Lamassoure UMP, (ex-UDF) : "Il a échoué, car il représentait en France l'équivalent du Old Labour face au New Labour et parce que c'était un homme seul, un caractériel épouvantable." Voyez, lui aussi parle de caractère épouvantable. "Le marginal représentait plus que lui-même et incarnait une tradition forte de la droite française", nuance Pascal Perrineau, directeur du centre de recherches politiques de Sciences Po.

    Ses détracteurs modèrent les louanges sur le grand Républicain et accusent d'autoritarisme l'auteur d'une biographie de Napoléon III jugée complaisante en matière de politique étrangère. "Le Bonapartisme et la République n'ont jamais été incompatibles, surenchérit Henri Guaino l,ultra-droite française baignant dans la nostalgie du pétainisme, Si la République s'est ancrée dans ce pays, c'est grâce au premier consul et Napoléon 1er".

    Seguin sera vite oublié en France parce que les français s’en passe des fausses louanges alors que celles qui sortent actuellement font seulement partie de la politesse face à un défunt.

  • Alain Lavallée
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 08h47
    Une allaince au-delà des continents
    M. Séguin était un homme de passion mais aussi un visionnaire. Le Québec et, par-delà la francophonie, perdent un grand ami, et surtout un héraut vibrant.

    Une bonne manière de lui rendre hommage serait de relire aujourd'hui son essai écrit en 2000, ""Plus Français que moi, tu meurs"
    et de voir comment sa vision est toujours aussi nécessaire pour faire face à l'homogénéisation (anglobalisation) mondiale de la culture.

    M. Séguin propose de placer au coeur d'une francophonie transatlantique, le couple Québec-France, tout comme le couple France-Allemagne a été placé au coeur de la construction de l'Europe...

    Il souhaite une francophonie forte et dynamique, un Québec ouvert vers la France et l'Europe, une France européenne ouverte vers le Québec et les Amériques. Ce nouveau pôle francophone et dynamique constituant un pôle planétaire majeur, amenant un pluralisme culturel .

    Comme le souligne M. Rioux, M.Séguin avait aussi rédigé un livre sur Napoléon III. Ce dernier souhaitait la renaissance d'un pan latinisme, c'est à dire d'une alliance planétaire des nations latines France-Espagne-Portugal mais avec l'Amérique latine (Mexique, Argentine, Brésil.... et Québec-Nouvelle-France)...

    Dans ""Plus Français que moi tu meurs"", rédigé alors qu'il était prof invité à l'UQAM, Philippe Séguin nous invite à ce projet visionnaire qu'il renouvelle d'une alliance de l'Europe et des Amériques latines, mais ayant en son coeur le Québec et la France... Il invite les QUébécois à se détourner de l'américanisation-anglicisation et à se penser en tant que francophone et latins... à faire revivre leur amérilatinité.

    Philippe Séguin est mort mais sa vision lui survivra.

  • Pierre Brosseau
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 10h38
    LA SOUVERAINETÉ EST INTOUCHABLE
    @ M. Georges Paquet.
    Votre démonstration des progrès de l'Union européenne vers une intégration réussie est claire et bien documentée. Elle est même un bon outil pédagogique que plusieurs auraient intérêt à lire.

    Seule votre conclusion laisse à désirer quand vous semblez faire un parallèle non dit entre l'avancement de l'Europe et la Confédération canadienne dans laquelle se trouve le Québec. Comme si le Québec, à l'instar des pays européens avait librement décidé de se joindre à une entité plus grande avec laquelle elle partagerait des compétences.

    Vous passez sous silence que c'est suite à une conquête et à une enfilade de lois constitutives jamais soumises au peuple que le Québec, minoritaire dans sa culture, sa langue et ses spécificités, est maintenant prisonnier d'une loi de la Clarté (!) et d'une cour supême qui charcute petit à petit et sans relâche sa loi la plus importante.

    Aucun pays européen ne renoncera à faire ses lois, à lever ses taxes et impôts et à signer ses traités même sous le drapeau de l'Union. Le Québec a le droit, le devoir, de protéger sa langue, sa cluture et son avenir tout en s'ouvrant sur le monde, que ce soit à l'intérieur d'un Canada renouvelé (pourquoi pas sur le modèle européen de pays souverains) ou autrement.

    Ce n'est quand même pas le Canada des Harper et autres fédéralistes aveugles qui nous donneront des leçons d'ouverture. N'est-ce pas M. Paquet ?

  • Andre Vallee
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 10h57
    On pourrait en parler longtemps.
    Que de conclusions lancées à gauche et à droite. Mais, les hommes meurent, les peuples demeurent, s'ils le veulent bien.
    On peut paraphraser De Gaule qui parlait de l'Union Européenne: “Alors, nous entrerons dans le Canada debout, car c'est debout qu'on construit l'histoire”. Avec une constitution canadienne qu'aucun premier ministre du Québec ne veut signer, et que Claude Ryan avait condamnée vivement, il ne reste qu'à passer par la souveraineté pour entrer debout au Canada, comme tous les peuples de l'Unions Européenne ont fait.

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 14h39
    À M. Pierre Brosseau. La souveraineté, c'est comme la liberté. On peut faire ce que l'on veut, à certaines conditions...
    Merci de l'appréciation que vous avez accordée à mon texte.

    Mais non, M. Brosseau, la souveraineté n'est pas intouchable. Les pays de l'Union européenne en ont transféré la plus grande partie aux institutions communes.

    Mais oui, M. Brosseau, les pays de l'Union européenne ont renoncé à signer les traités, à faire leurs lois. La majorité des lois et règlements qui sont édictés dans les pays de l'Unionn européenne ont leur origine dans les institutions de l'Union européenne. Les pays membres ont l'obligation de transposer ces lois dans leur propre administration.
    Mais oui, M. Brosseau, la Cour européenne de Justice peut renverser toute décision des tribuneaux d'un quelconque pays membre.

    Mais oui, les Québécois, plutôt que de poursuivre un projet que le Général de Gaulle a claironné. il y a 43 ans, pourraient s'impliquer dans la fédération canadienne et contribuer à en faire un vrai pays bilingue. Le poids d'un pays bilingue comme le Canada avec ces 32 millions de citoyens aurait plus d'influence au sein de la Francophonie et ailleurs dans le monde que le Québec seul, avec ses 7 millions de citoyens. Et il faudrait discuter de tout le reste. Par exemple qu'est-ce que vous faites d'ici un prochain référendum qui pourrait arriver, au mieux, en 2020?

    Merci quand même de vos commentaires.

  • Pierre Brosseau
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 17h03
    SOUVERAINETÉ PARTAGÉE, OUI. SOUVERAINETÉ IMPOSÉE, NON.
    @ M. Paquet, allez donc dire aux membres de l'Union européenne qu'ils ne sont pas souverains ! Ils n'ont pas abdiqué leur souveraineté, ils ont mis en commun certaines de leurs prérogatives qu'ils sont prêts à partager, dont celle de voir certaines de leurs lois être renversées par la cour européenne de justice. Dire que ces pays n'édictent plus leurs lois est faux. Et à ce que je sache, ils lèvent encore leurs impôts et leurs taxes.

    Quant aux traités, aux compétitions commerciales qu'ils se font entre eux sur les marchés étrangers et à d'éventuelles participations à des guerres hors-Union, l'avenir aura beaucoup à dire sur la cohésion des membres. Et on ne parlera pas pour le moment de a non-'influence sur les affaires du monde qu'auront le nouveau président de l'Union, M. Herman Van Rompuy et son acolyte des Affaires étrangères, aussi inconnue et impuissante que lui face aux grands pays.

    Êtes-vous sérieux, M. Paquet, quand vous parlez du grand pays bilingue que pourrait être le Canada grâce au Québec ? Je devine que vous êtes assez mûr pour vous souvenir des trois Colombes, de la Constitution de 1982, de Meech, de Charlottetown et assez grand aussi ppour ne plus croire au Père Noel. Oubliez le Canada bilingue que le Québec pourrait contribuer à construire. Le Canada était bilingue dans les Prairies, il y a 100 ans. Vous voulez ré-écrire l'Histoire ?

    Le nombre de personnes qui parlent la langue nationale du Québec est supérieur à celui qui parlent le Danois, le Norvégien, le Finnois et le Suédois respectivement dans ces pays. Je me trouve en meilleure compagnie avec ces sociaux-démocrates scandinaves, bilingues sans crainte parce que maîtres chez eux, qu'avec les redneck de l'Ouest, les vampires économiques de Toronto et les frileux des Maritimes.

    Enfin, pour ce qui est d'un éventuel référendum, si les gens bien informés comme vous, ont la moindre clairvoyance, le moindre amour pour leurs langue et culture, le moindre courage dans l'adversité et la moindre volonté d'entretenir la flamme québécoise en cet océan nord-américain, ce référendum viendra en temps et lieu et sera vainqueur.

    Vive le Québec libre de ses choix !

  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 19h18
    M.Brosseau, Je ne veux pas réécrire l'Histoire, je voudrais contribuer à écrire une histoire logique, durable et stimulante.
    J'aurais aimé que vous trouviez quelque chose de positif, de stimulant à dire sur tout ce qui c'est fait depuis une cinquantaine d'année pour construire cette Europe riche, forte et puissante. J'aurais aimé que vous trouviez quelque chose d'intéressant et réalisable dans au moins une génération à vos concitoyens, plutôt que de ruminer les débats du passé.

    De toute façon, vous semblez avoir une patience que je n'ai pas, et je vous souhaite qu'elle dure aussi longtemps que vous en aurez besoin

  • Claude Jean
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 07h41
    Philippe Séguin livre Revisiter Montcalm
    Philippe Séguin livre Revisiter Montcalm

    Voici un petit livre de M. Séguin qui a été un grand ami du Québec sur le dit sujet:

    http://books.google.ca/books?id=irsINUlcbcwC

  • Roman Daniel
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 14h20
    Bye Bye Mr Seguin, on vous aimait bien !


    Que laisserez-vous de plus marquant dans nos mémoires ?

    Hommage sous forme de sondage original vu sur Pnyx:

    http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/486

    associant les événements de sa carrière politique à ses traits de caractère: son gaullisme social et populaire, son soutien à Chirac contre Balladur et Sarkozy, son débat télévisé contre Mitterand, mais aussi sa barbe à la gainsbarre, ses clopes, etc

    Qu'est-ce qui, de ces "grandes et petites choses", restera gravé, pour chacun d'entre nous ?

    A l'instant où je poste ce commentaire, parmi les 8 options de réponse, les trois premières choisies sont:

    - son gaullisme social et populaire (25%)
    - ses coups de gueule, sa voix de baryton (21%)
    - son opposition au Traité de Maastricht (18%)

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 15h49
    De De Gaulle à Sarkozy : grande médiocrité des politiciens français
    La 5e République n'a pas été choyé de leaders à la fois gestionnaires et visionnaires... D'autant plus que le nombre de politiciens français corrompus est effarant.

    Ce n'est pas étonnant que le peuple français soit complètement désabusé de la politique française.

  • Claude Jean
    Inscrit
    dimanche 10 janvier 2010 10h44
    Citation du Chevalier de Lévis 28 avril 1760
    «Philippe Séguin se demandait bien sûr si l'indépendance du Québec se ferait, mais sur le fond, ses convictions souverainistes n'avaient pas varié d'un iota»,

    Il n'est pas le seul, ces paroles ont étés prononcés le 28 avril 1760, l'année 2010 marquera le 250ème anniversaire de la bataille de Ste-Foy.

    En espérant que ces paroles du Chevalier de Lévis ne tombe dans l'oubli , je souhaite que ceux-ci résonnent de nouveau sur les plaines. Qui sera le porte voie?

    Citation du chevalier de Lévis lors de la bataille de Ste-Foy 1760..

    La seconde bataille des plaines d’Abraham !

    Chevalier de Lévis

    « Nos espoirs sont élevés. Notre foi dans les gens est grande. Notre courage est fort. Et nos rêves pour ce magnifique pays ne mourront jamais. »

    Soldat Sanspareil
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy!
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-r

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