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La chute du Mur - Fin de partie

Serge Truffaut   9 novembre 2009  Europe
Il y a vingt ans, les nations du centre et de l'est de l'Europe se libéraient de l'emprise stalinienne qui les avait étouffées pendant près d'un demi-siècle. Malgré un sursaut récent de la nostalgie pour le totalitarisme rouge, heureusement minoritaire, la grande majorité des peuples concernés ne souhaitent pas la mise en berne de la démocratie. Sauf que...

D'après une enquête réalisée tout récemment par le sérieux Pew Research Center, l'adhésion à la démocratie dans huit anciens satellites de l'Union soviétique accuse un recul par rapport aux résultats enregistrés en 1991. Lorsque l'on s'attarde à la ventilation des chiffres obtenus, on constate que l'inclination pour le multipartisme demeure très élevée en Allemagne de l'Est, en Pologne et en République tchèque, mais qu'elle est en baisse en Hongrie, en Bulgarie, et surtout en Ukraine. La cause? Elle est avant tout économique.

Commençons avec l'Allemagne de l'Est où une certaine morosité a été relevée au sein de la tranche la plus âgée de la population. Tout d'abord, on se souviendra qu'à la différence, du reste énorme, de la Hongrie ou de la Pologne, l'Allemagne de l'Est a été intégrée ou réunifiée à sa s¶ur de l'Ouest alors que les autres recouvraient leur souveraineté. Toujours est-il que, du jour au lendemain, l'ex-RDA s'est retrouvée entre les mains de politiciens et d'administrateurs si soucieux de l'absorber au plus vite qu'ils ont écarté du revers de la main toute période de transition.

Au cours des cinq années qui ont suivi la chute du mur, le chancelier Helmut Kohl a ordonné des investissements massifs dans une région alors confrontée à la déshérence économique. Mais, voilà, comme cette opération ne fut pas accompagnée par des mesures sociales, Kohl a en fait subventionné l'émergence d'un nouveau marché au bénéfice des entrepreneurs de l'Ouest. Cette orientation, ce choix, eut entre autres conséquences un dumping social des Allemands de l'Est vers l'Ouest. À tort, on a cru que cultiver avec ténacité le Dieu consommation doperait l'ensemble de l'économie.

En Pologne et en Hongrie, nations qui furent à la pointe du combat pour la destruction du Mur, la décennie des années 90 fut celle d'une certaine instabilité politique. À Varsovie comme à Cracovie, cette instabilité fut le fait de la forte résistance des syndicats qui, comme chacun sait, furent les premiers à faire craqueler le Mur. À Hongrie, elle fut pour ainsi dire plus subtile. C'est tout simple: Budapest avait décidé de renoncer à une politique de restitution des biens et commanda en toute logique la vente des 2000 sociétés publiques. Et alors? Beaucoup d'entre elles ont été achetées par les anciens fonctionnaires communistes bien au fait des dossiers. Bien d'autres furent acquises par des intérêts étrangers qui dominent aujourd'hui les secteurs bancaires et énergétiques.

Depuis 2004, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et d'autres nations avec elles sont membres de l'Union européenne. Elles ont également intégré l'OTAN avec d'autant plus d'enthousiasme que leur sentiment envers les Russes porte la marque profonde des blessures infligées par le stalinisme pendant des lunes et des lunes. Comme l'a souligné on ne sait plus quel historien, si, à l'Ouest, le vilain absolu s'appelle Hitler, à l'Est, il s'appelle encore et toujours Staline.

Cela étant, la crise économique qui a frappé avec plus de force la Hongrie ou la Slovaquie que la France ou l'Allemagne a modifié quelque peu le regard que les citoyens de l'ancien bloc soviétique portent sur les sociétés occidentales. Ces pays sont confrontés à des problèmes d'autant plus énormes qu'en plus d'être surendettés ils n'offrent pas à leurs populations des filets de protection sociale comme c'est le cas à l'ouest de l'Europe. Le chômage augmente, les salaires baissent, les dépenses publiques sont stoppées, les impôts sont en hausse.

D'où ce sursaut de nostalgie pour l'avant 1989, heureusement minoritaire, qui fait concurrence à un autre sursaut comme en font foi les dernières élections européennes. De quoi s'agit-il? L'émergence de groupes affichant sans complexe leur affection pour la peste brune. En Hongrie plus qu'ailleurs. Espérons que ces perversités politiques découlent d'une certaine fatigue alimentée, elle, par une accélération de l'histoire sans équivalent dans l'histoire moderne.
 
 
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  • Roman Daniel - Inscrit
    9 novembre 2009 08 h 27
    'Fin de l'Histoire' = début de la 'Grande Cata' ?
    Chute du Mur, 20 ans déjà ! Et si ' La fin de l'Histoire ' était le début de la ' Grande Cata ' ?

    Cette question trouvée sur le portail suisse Pnyx.com rappelle opportunément, vingt ans plus tard, le grand débat engendré par le célèbre article 'La fin du monde' de Francis Fukuyama, publié dans le numéro d'été 1989 de la revue 'National Interset' et reproduit par la revue 'Commentaire' dans l'édition d'automne de la même année.

    2009 : comment les événements que la planète vit depuis un an doivent-ils être mis en perspective vis à vis de la fin de guerre froide ? Pour voir le détail du débat provoqué par cet article de Fukuyama, aller : http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/410


    La question qui se pose aujourd'hui n'est-elle pas :

    En 2008, dans l'immense clash planétaire du système financier, la dynamique engendrée depuis 1989 s'est-elle révélée une impasse ? 20 ans plus tard, 'l'Histoire' doit-elle finalement se réinventer ?

    Ou au contraire, cette dynamique engendrée en 1989 reste-t'elle valide et la crise de 2008 n'est-elle qu'un 'incident de parcours' qui ne modifie pas le 'cap' engagé après la chute du mur ?
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  • François Gerin - Inscrit
    9 novembre 2009 11 h 19
    Capitalisme sauvage
    Au-delà de la célébration euphorique de la chute du mur de Berlin, n'oublions pas que c'est la disparition du communisme qui a donné des ailes au capitalisme sauvage et entraîné tous ces dérapages dont nous devons aujourd'hui (et devrons encore longtemps) subir les lourdes conséquences. La «libération» de quelques dizaines de millions d'individus aura eu pour effet d'aggraver l'asservissement de l'humanité tout entière. Était-ce une si bonne chose ?

    Pour reprendre la célèbre boutade : le communisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme; le capitalisme, c'est le contraire.
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  • André Pelchat - Inscrit
    9 novembre 2009 11 h 23
    La grande illusion...
    ... que cette chute du Mur. J'ai pleuré de joie comme tout le monde, à l'époque. On parlait alors DU Mur. Il n'y en avait qu'un et il venait de tomber. On voyait arriver la liberté des peuples de se déplacer. Et maintenant ?

    On n'a jamais tant construit de murs dans le monde. Mur entre les USA et le Mexique. Mur entre Israël et la Palestine. Mur à Bagdad entre chiites et sunnites. Mur entre l'Inde et le Pakistan. Mur autour des enclaves espagnoles au Maroc. Mur bientôt entre l'Arabie Saoudite et l'Irak. Entre l'Inde et le Pakistan. etc.

    Autrefois on fortifiat des villages. Maintenant on fortifie des pays.

    Libre-Échange ? Mon oeil !
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    9 novembre 2009 11 h 36
    Fin de partie, continuation de l'histoire
    Merci, M. Truffaut, de nous rappeler ce titre - La fin de l'histoire - d'un livre de Francis Fukuyama que j'avais beaucoup aimé lire au moment de sa parution. J'avais découvert ensuite que plusieurs le contestaient, le considérant comme trop proche de l'idéologie capitaliste. J'aimerais souligner ici les deux piliers dont s'inspirait Fukuyama : Hegel et Marx, laissant entendre qu'il parvenait, lui, à faire la synthèse entre ces deux idéologies à la structure identique, mais à la conclusion opposée : Hegel laisserait entendre que l'idéal, donc les superstructures idéologiques et rationnelles, devrait amener l'humanité à une synthèse de l'histoire qui soit un jour positive. Marx prônerait l'inverse : ces superstructures idéologiques, surtout religieuses, ne seraient que des masques permettant aux élites économiques de continuer d'exploiter les simples travailleurs.

    Selon Jean-François Revel, «le libéralisme émerge comme le meilleur système politique et social connu à ce jour, mais il est fort improbable que l'implantation démocratique se fera de façon automatique. Tout peut revenir en arrière, notamment parce tout est très souvent revenu en arrière. Pour que cela change les démocraties doivent se doter d'une politique mondiale de la démocratie et se donner les moyens pour influer sur la marche de l'histoire au lieu d'attendre son déroulement dialectique. Car l'histoire n'est qu'une liste d'oeuvres et d'événements et jamais leur moteur.» (Cité dans Chute du mur, 20 ans déjà)

    Selon Gertrude Himmelfarb, «l'avenir est inconnaissable. La dialectique de l'histoire ne consiste pas de lui attribuer "un début un milieu et une fin", mais de voir son évolution au rythme de thèse, antithèse et synthèse hégéliennes. Dans ce système, la synthèse du stade précédent devient la thèse de la phase actuelle, ce qui met un mouvement un cycle dialectique perpétuel où l'histoire garde tout son suspens.» (Même source)

    J'estime pour ma part que la crise récente de l'économie mondiale, principalement la vitesse avec laquelle les grands chefs banquiers et entrepreneurs ont recommencé à se graisser la patte, donne raison à Gertrude Himmelfarb citée plus haut. En effet même Fukuyama ne semble pas avoir bien compris la complexité de la pensée de Hegel. Si nous concevons la synthèse comme une phase du développement de l'humanité, jamais nous ne pourrons assister à son dénouement en une stabilité sans fin. Non, la synthèse ne peut être qu'une nouvelle thèse appelée à se transformer à travers une antithèse pour accéder à une nouvelle synthèse appelée à se transformer à son tour sous la poussée d'une nouvelle antithèse, etc. Les rêves de pacification - à la Jules César - du Moyen-Orient deviennent risibles à la lumière de cette philosophie plus sage - sophia - et moins hégémonique.
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