La chute du Mur - Fin de partie
Il y a vingt ans, les nations du centre et de l'est de l'Europe se libéraient de l'emprise stalinienne qui les avait étouffées pendant près d'un demi-siècle. Malgré un sursaut récent de la nostalgie pour le totalitarisme rouge, heureusement minoritaire, la grande majorité des peuples concernés ne souhaitent pas la mise en berne de la démocratie. Sauf que...
D'après une enquête réalisée tout récemment par le sérieux Pew Research Center, l'adhésion à la démocratie dans huit anciens satellites de l'Union soviétique accuse un recul par rapport aux résultats enregistrés en 1991. Lorsque l'on s'attarde à la ventilation des chiffres obtenus, on constate que l'inclination pour le multipartisme demeure très élevée en Allemagne de l'Est, en Pologne et en République tchèque, mais qu'elle est en baisse en Hongrie, en Bulgarie, et surtout en Ukraine. La cause? Elle est avant tout économique.
Commençons avec l'Allemagne de l'Est où une certaine morosité a été relevée au sein de la tranche la plus âgée de la population. Tout d'abord, on se souviendra qu'à la différence, du reste énorme, de la Hongrie ou de la Pologne, l'Allemagne de l'Est a été intégrée ou réunifiée à sa s¶ur de l'Ouest alors que les autres recouvraient leur souveraineté. Toujours est-il que, du jour au lendemain, l'ex-RDA s'est retrouvée entre les mains de politiciens et d'administrateurs si soucieux de l'absorber au plus vite qu'ils ont écarté du revers de la main toute période de transition.
Au cours des cinq années qui ont suivi la chute du mur, le chancelier Helmut Kohl a ordonné des investissements massifs dans une région alors confrontée à la déshérence économique. Mais, voilà, comme cette opération ne fut pas accompagnée par des mesures sociales, Kohl a en fait subventionné l'émergence d'un nouveau marché au bénéfice des entrepreneurs de l'Ouest. Cette orientation, ce choix, eut entre autres conséquences un dumping social des Allemands de l'Est vers l'Ouest. À tort, on a cru que cultiver avec ténacité le Dieu consommation doperait l'ensemble de l'économie.
En Pologne et en Hongrie, nations qui furent à la pointe du combat pour la destruction du Mur, la décennie des années 90 fut celle d'une certaine instabilité politique. À Varsovie comme à Cracovie, cette instabilité fut le fait de la forte résistance des syndicats qui, comme chacun sait, furent les premiers à faire craqueler le Mur. À Hongrie, elle fut pour ainsi dire plus subtile. C'est tout simple: Budapest avait décidé de renoncer à une politique de restitution des biens et commanda en toute logique la vente des 2000 sociétés publiques. Et alors? Beaucoup d'entre elles ont été achetées par les anciens fonctionnaires communistes bien au fait des dossiers. Bien d'autres furent acquises par des intérêts étrangers qui dominent aujourd'hui les secteurs bancaires et énergétiques.
Depuis 2004, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et d'autres nations avec elles sont membres de l'Union européenne. Elles ont également intégré l'OTAN avec d'autant plus d'enthousiasme que leur sentiment envers les Russes porte la marque profonde des blessures infligées par le stalinisme pendant des lunes et des lunes. Comme l'a souligné on ne sait plus quel historien, si, à l'Ouest, le vilain absolu s'appelle Hitler, à l'Est, il s'appelle encore et toujours Staline.
Cela étant, la crise économique qui a frappé avec plus de force la Hongrie ou la Slovaquie que la France ou l'Allemagne a modifié quelque peu le regard que les citoyens de l'ancien bloc soviétique portent sur les sociétés occidentales. Ces pays sont confrontés à des problèmes d'autant plus énormes qu'en plus d'être surendettés ils n'offrent pas à leurs populations des filets de protection sociale comme c'est le cas à l'ouest de l'Europe. Le chômage augmente, les salaires baissent, les dépenses publiques sont stoppées, les impôts sont en hausse.
D'où ce sursaut de nostalgie pour l'avant 1989, heureusement minoritaire, qui fait concurrence à un autre sursaut comme en font foi les dernières élections européennes. De quoi s'agit-il? L'émergence de groupes affichant sans complexe leur affection pour la peste brune. En Hongrie plus qu'ailleurs. Espérons que ces perversités politiques découlent d'une certaine fatigue alimentée, elle, par une accélération de l'histoire sans équivalent dans l'histoire moderne.
D'après une enquête réalisée tout récemment par le sérieux Pew Research Center, l'adhésion à la démocratie dans huit anciens satellites de l'Union soviétique accuse un recul par rapport aux résultats enregistrés en 1991. Lorsque l'on s'attarde à la ventilation des chiffres obtenus, on constate que l'inclination pour le multipartisme demeure très élevée en Allemagne de l'Est, en Pologne et en République tchèque, mais qu'elle est en baisse en Hongrie, en Bulgarie, et surtout en Ukraine. La cause? Elle est avant tout économique.
Commençons avec l'Allemagne de l'Est où une certaine morosité a été relevée au sein de la tranche la plus âgée de la population. Tout d'abord, on se souviendra qu'à la différence, du reste énorme, de la Hongrie ou de la Pologne, l'Allemagne de l'Est a été intégrée ou réunifiée à sa s¶ur de l'Ouest alors que les autres recouvraient leur souveraineté. Toujours est-il que, du jour au lendemain, l'ex-RDA s'est retrouvée entre les mains de politiciens et d'administrateurs si soucieux de l'absorber au plus vite qu'ils ont écarté du revers de la main toute période de transition.
Au cours des cinq années qui ont suivi la chute du mur, le chancelier Helmut Kohl a ordonné des investissements massifs dans une région alors confrontée à la déshérence économique. Mais, voilà, comme cette opération ne fut pas accompagnée par des mesures sociales, Kohl a en fait subventionné l'émergence d'un nouveau marché au bénéfice des entrepreneurs de l'Ouest. Cette orientation, ce choix, eut entre autres conséquences un dumping social des Allemands de l'Est vers l'Ouest. À tort, on a cru que cultiver avec ténacité le Dieu consommation doperait l'ensemble de l'économie.
En Pologne et en Hongrie, nations qui furent à la pointe du combat pour la destruction du Mur, la décennie des années 90 fut celle d'une certaine instabilité politique. À Varsovie comme à Cracovie, cette instabilité fut le fait de la forte résistance des syndicats qui, comme chacun sait, furent les premiers à faire craqueler le Mur. À Hongrie, elle fut pour ainsi dire plus subtile. C'est tout simple: Budapest avait décidé de renoncer à une politique de restitution des biens et commanda en toute logique la vente des 2000 sociétés publiques. Et alors? Beaucoup d'entre elles ont été achetées par les anciens fonctionnaires communistes bien au fait des dossiers. Bien d'autres furent acquises par des intérêts étrangers qui dominent aujourd'hui les secteurs bancaires et énergétiques.
Depuis 2004, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et d'autres nations avec elles sont membres de l'Union européenne. Elles ont également intégré l'OTAN avec d'autant plus d'enthousiasme que leur sentiment envers les Russes porte la marque profonde des blessures infligées par le stalinisme pendant des lunes et des lunes. Comme l'a souligné on ne sait plus quel historien, si, à l'Ouest, le vilain absolu s'appelle Hitler, à l'Est, il s'appelle encore et toujours Staline.
Cela étant, la crise économique qui a frappé avec plus de force la Hongrie ou la Slovaquie que la France ou l'Allemagne a modifié quelque peu le regard que les citoyens de l'ancien bloc soviétique portent sur les sociétés occidentales. Ces pays sont confrontés à des problèmes d'autant plus énormes qu'en plus d'être surendettés ils n'offrent pas à leurs populations des filets de protection sociale comme c'est le cas à l'ouest de l'Europe. Le chômage augmente, les salaires baissent, les dépenses publiques sont stoppées, les impôts sont en hausse.
D'où ce sursaut de nostalgie pour l'avant 1989, heureusement minoritaire, qui fait concurrence à un autre sursaut comme en font foi les dernières élections européennes. De quoi s'agit-il? L'émergence de groupes affichant sans complexe leur affection pour la peste brune. En Hongrie plus qu'ailleurs. Espérons que ces perversités politiques découlent d'une certaine fatigue alimentée, elle, par une accélération de l'histoire sans équivalent dans l'histoire moderne.
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