Perspectives - 1989
Parmi les nombreuses causes de l'effondrement du rideau de fer et, avec lui, de l'une des deux superpuissances qui gouvernaient alors la planète se trouvait l'échec du modèle économique communiste. Vingt ans plus tard, c'est au tour du capitalisme d'être remis en cause et de devoir trouver une façon de se réformer pour éviter la catastrophe.
Toute l'attention accordée au vingtième anniversaire, aujourd'hui, de la chute du mur de Berlin est pleinement méritée. L'événement est devenu le symbole de l'un des grands tournants de l'histoire contemporaine en matière politique, stratégique, sociale, mais aussi économique.
À revoir ces images d'Allemands en liesse qui se pinçaient entre chaque coup de pic contre le mur de béton pour être bien sûrs qu'ils ne rêvaient pas, on se rappelle comment l'événement avait surpris tout le monde. Les fondations de l'empire soviétique avaient pourtant déjà commencé à se lézarder ailleurs, notamment en Pologne et en Hongrie. Elles allaient tout de suite après aussi être attaquées en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Yougoslavie.
On dénonçait, chaque fois, la dictature, les exactions de la police, la corruption, le climat de peur, de délation et le fait d'être prisonnier de son propre pays, mais aussi l'échec d'un système économique. Les populations n'en pouvaient tout simplement plus de devoir faire la queue pendant des heures devant des magasins vides alors que leurs voisins capitalistes semblaient en mesure de tout s'offrir. On en avait ras le bol de se compter chanceux si l'on arrivait à trouver deux chaussures de la bonne taille, de devoir se tourner vers le marché noir pour avoir des bananes ou du café, et d'attendre des années avant de se voir livrer le citron sur quatre roues que l'on avait payé le prix d'une BMW.
L'ampleur et le rythme des changements qui allaient suivre ont été proprement stupéfiants. Même si l'on passe sur des événements comme la redéfinition complète de la carte stratégique mondiale et la disparition de dizaines de régimes odieux, dont celui de l'apartheid en Afrique du Sud, on reste abasourdi par le chemin parcouru notamment par les anciens pays d'Europe de l'Est où l'on s'est converti à l'économie de marché, les entreprises d'État ayant été privatisées et le marché de l'emploi libéralisé. Plusieurs de ces pays font aujourd'hui partie de l'Union européenne et se permettent même de donner des leçons de libéralisme économique à l'Europe de l'Ouest. Devenus les sous-traitants de l'Europe, grâce aux faibles coûts de leur main-d'oeuvre et aux investissements étrangers, ils se sont enrichis rapidement, mais sont encore loin d'avoir rattrapé leur retard.
La chute du communisme allait être vue à l'Ouest comme le triomphe du libéralisme économique, et même de sa version plus radicale en vogue depuis une dizaine d'années. Ce sera le début des belles années de la déréglementation, de la mondialisation et de la concurrence fiscale. La Russie décidera pourtant de revenir à un modèle plus autoritaire et le régime communiste chinois écrasera dans le sang sa propre contestation en 1989. Mais cela ne faisait rien. Ces pays ne remettaient pas véritablement en cause le modèle économique en vogue et l'on avait quand même gagné.
Au tour du capitalisme
La crise financière et économique mondiale est venue ébranler cette belle assurance. Après tout, c'est quand même un peu gênant de donner des leçons à tout le monde depuis vingt ans et d'être responsables de la pire crise à s'être produite depuis la Grande Dépression!
Cette situation a amené des remises en cause. Il est question de resserrer certaines règles, de ramener l'État dans certains domaines et de donner plus de pouvoirs à des institutions internationales. On a même convenu de faire une place à la table des grands à d'autres pays que les puissances occidentales. Mais jusqu'à présent, on ne semble pas vouloir changer la nature profonde du modèle économique dominant. Le Pew Research Centre rapportait d'ailleurs récemment qu'en dépit de tous les ennuis qu'il a connus récemment, le capitalisme perd des plumes, mais garde toujours la cote dans la plupart des anciens pays de l'Est.
Ce qui risque de forcer de plus grandes transformations, c'est une autre crise, environnementale celle-là. «Les défis écologiques des changements climatiques et de la surutilisation de la biodiversité font que la planète est comme un Titanic lancé non pas vers un iceberg, mais un mur de glace, rappelait dans Le Devoir samedi Jean-François Lisée, qui vient de publier un livre sur le sujet. On le percutera à moins que des changements importants surviennent durant les 10 ou 20 prochaines années.»
De tels changements ne signifieraient pas nécessairement la mort du capitalisme. Après tout, des manufactures du XIXe siècle à aujourd'hui, il s'est déjà maintes fois transformé à travers le temps et a toujours eu plusieurs façons d'être interprété selon les circonstances et les pays. Mais encore faut-il reconnaître l'ampleur du problème et vouloir changer. À voir seulement le peu de succès remporté la semaine dernière par la conférence de Barcelone en préparation de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, on se dit que l'affaire est plutôt mal partie. D'un autre côté, l'exemple des anciens pays de l'Est nous montre comment les changements peuvent aussi aller très vite parfois.
Toute l'attention accordée au vingtième anniversaire, aujourd'hui, de la chute du mur de Berlin est pleinement méritée. L'événement est devenu le symbole de l'un des grands tournants de l'histoire contemporaine en matière politique, stratégique, sociale, mais aussi économique.
À revoir ces images d'Allemands en liesse qui se pinçaient entre chaque coup de pic contre le mur de béton pour être bien sûrs qu'ils ne rêvaient pas, on se rappelle comment l'événement avait surpris tout le monde. Les fondations de l'empire soviétique avaient pourtant déjà commencé à se lézarder ailleurs, notamment en Pologne et en Hongrie. Elles allaient tout de suite après aussi être attaquées en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Yougoslavie.
On dénonçait, chaque fois, la dictature, les exactions de la police, la corruption, le climat de peur, de délation et le fait d'être prisonnier de son propre pays, mais aussi l'échec d'un système économique. Les populations n'en pouvaient tout simplement plus de devoir faire la queue pendant des heures devant des magasins vides alors que leurs voisins capitalistes semblaient en mesure de tout s'offrir. On en avait ras le bol de se compter chanceux si l'on arrivait à trouver deux chaussures de la bonne taille, de devoir se tourner vers le marché noir pour avoir des bananes ou du café, et d'attendre des années avant de se voir livrer le citron sur quatre roues que l'on avait payé le prix d'une BMW.
L'ampleur et le rythme des changements qui allaient suivre ont été proprement stupéfiants. Même si l'on passe sur des événements comme la redéfinition complète de la carte stratégique mondiale et la disparition de dizaines de régimes odieux, dont celui de l'apartheid en Afrique du Sud, on reste abasourdi par le chemin parcouru notamment par les anciens pays d'Europe de l'Est où l'on s'est converti à l'économie de marché, les entreprises d'État ayant été privatisées et le marché de l'emploi libéralisé. Plusieurs de ces pays font aujourd'hui partie de l'Union européenne et se permettent même de donner des leçons de libéralisme économique à l'Europe de l'Ouest. Devenus les sous-traitants de l'Europe, grâce aux faibles coûts de leur main-d'oeuvre et aux investissements étrangers, ils se sont enrichis rapidement, mais sont encore loin d'avoir rattrapé leur retard.
La chute du communisme allait être vue à l'Ouest comme le triomphe du libéralisme économique, et même de sa version plus radicale en vogue depuis une dizaine d'années. Ce sera le début des belles années de la déréglementation, de la mondialisation et de la concurrence fiscale. La Russie décidera pourtant de revenir à un modèle plus autoritaire et le régime communiste chinois écrasera dans le sang sa propre contestation en 1989. Mais cela ne faisait rien. Ces pays ne remettaient pas véritablement en cause le modèle économique en vogue et l'on avait quand même gagné.
Au tour du capitalisme
La crise financière et économique mondiale est venue ébranler cette belle assurance. Après tout, c'est quand même un peu gênant de donner des leçons à tout le monde depuis vingt ans et d'être responsables de la pire crise à s'être produite depuis la Grande Dépression!
Cette situation a amené des remises en cause. Il est question de resserrer certaines règles, de ramener l'État dans certains domaines et de donner plus de pouvoirs à des institutions internationales. On a même convenu de faire une place à la table des grands à d'autres pays que les puissances occidentales. Mais jusqu'à présent, on ne semble pas vouloir changer la nature profonde du modèle économique dominant. Le Pew Research Centre rapportait d'ailleurs récemment qu'en dépit de tous les ennuis qu'il a connus récemment, le capitalisme perd des plumes, mais garde toujours la cote dans la plupart des anciens pays de l'Est.
Ce qui risque de forcer de plus grandes transformations, c'est une autre crise, environnementale celle-là. «Les défis écologiques des changements climatiques et de la surutilisation de la biodiversité font que la planète est comme un Titanic lancé non pas vers un iceberg, mais un mur de glace, rappelait dans Le Devoir samedi Jean-François Lisée, qui vient de publier un livre sur le sujet. On le percutera à moins que des changements importants surviennent durant les 10 ou 20 prochaines années.»
De tels changements ne signifieraient pas nécessairement la mort du capitalisme. Après tout, des manufactures du XIXe siècle à aujourd'hui, il s'est déjà maintes fois transformé à travers le temps et a toujours eu plusieurs façons d'être interprété selon les circonstances et les pays. Mais encore faut-il reconnaître l'ampleur du problème et vouloir changer. À voir seulement le peu de succès remporté la semaine dernière par la conférence de Barcelone en préparation de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, on se dit que l'affaire est plutôt mal partie. D'un autre côté, l'exemple des anciens pays de l'Est nous montre comment les changements peuvent aussi aller très vite parfois.
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