Vingt ans plus tard - Jacques Chirac traîné devant les juges
Pour la première fois en France, un ancien président sera traduit en justice
Paris — Presque deux décennies après les faits qui lui sont reprochés, l'ancien président et maire de Paris Jacques Chirac devra finalement répondre de ses actes devant la justice française. Hier, l'ancien président de 76 ans a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour répondre d'une accusation de détournement de fonds publics afin de créer 21 emplois fictifs à la mairie de Paris à l'époque où il était maire. C'est une grande première en France, où aucun président n'avait jamais été traduit devant les tribunaux.
L'ancien président est soupçonné d'avoir embauché à la mairie de Paris des personnes qui n'avaient rien à voir avec les affaires municipales. Certains auraient servi d'assistants et de chauffeurs à des personnalités du RPR, le parti de Jacques Chirac. D'autres auraient travaillé pour des élus de Corrèze, le département dont Jacques Chirac était le député. D'autres, enfin, n'auraient jamais mis les pieds à la mairie. L'une de ces personnes aurait même été pendant 11 ans le chauffeur et garde du corps du président du syndicat Force ouvrière, Marc Blondel.
En vacances au Maroc, Jacques Chirac s'est dit «serein et décidé à établir devant le tribunal qu'aucun» de ces emplois «ne constitue un emploi fictif». Lors de sa mise en examen, il y a deux ans, il avait même déclaré au journal Le Monde que «ces emplois étaient nécessaires au bon fonctionnement de la Ville de Paris».
Des nombreuses affaires où le nom de l'ancien président a été cité depuis 20 ans, celle des chargés de mission de la mairie de Paris est la seule à finalement aboutir en cour. La juge Xavière Simeoni est allée à l'encontre du parquet, qui souhaitait déclarer le non-lieu. Elle a assigné neuf autres personnes à répondre aux mêmes accusations. L'ancien président est passible d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à dix ans et de 225 000 $ d'amende.
L'affaire remonte aux années 1983-1996. À l'époque, c'est la presse qui avait révélé l'existence de nombreux emplois fictifs à la mairie. On soupçonnait le maire d'engager du personnel politique qui travaillait en réalité pour sa formation politique, le RPR, et contribuait notamment à préparer une éventuelle campagne présidentielle. Il faudra attendre 1998 pour qu'une plainte formelle soit déposée par un militant écologiste du 13e arrondissement de Paris, Pierre Brossault. Deux ans plus tard, après l'élection à l'hôtel de ville du socialiste Bertrand Delanoë, la mairie a repris le dossier.
Devenu président, Jacques Chirac était cependant protégé par son immunité. Il fallut donc attendre 12 ans pour reprendre les procédures. Douze ans pendant lesquels furent condamnés dans des affaires semblables plusieurs de ses proches collaborateurs, comme son chef de cabinet Michel Roussin et son directeur des Finances Alain Juppé. Au moment de condamner ce dernier, les juges de Nanterre avaient précisé que, selon eux, Alain Juppé était au moment des faits «directement subordonné au président du mouvement», c'est-à-dire à Jacques Chirac.
Publication de mémoires
Cette accusation survient la semaine où Jacques Chirac publie ses mémoires et devait entamer une tournée des médias. La popularité de l'ancien président est à son plus haut et, dans la classe politique, il suscite une certaine nostalgie mêlée d'une exigence de justice. «J'ai du respect pour la personne et en même temps j'ai du respect pour la justice», a résumé l'ancien numéro un du Parti socialiste, François Hollande. Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, s'est contenté de dire qu'il n'était «pas utile de revenir en arrière».
«La Chiraquie, c'est un iceberg dont on ne voit qu'une toute petite partie immergée», affirme quant à lui le président du Front national, Jean-Marie Le Pen. Cette annonce survient quelques jours seulement après le procès de l'affaire Clearstream, mettant en cause l'ancien premier ministre Dominique de Villepin. Elle arrive 72 heures après que l'ancien ministre de Jacques Chirac, Charles Pasqua, a été condamné dans une affaire de trafic d'armes vers l'Angola. De là à dire que la France fait le procès des années Chirac...
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Correspondant du Devoir à Paris
L'ancien président est soupçonné d'avoir embauché à la mairie de Paris des personnes qui n'avaient rien à voir avec les affaires municipales. Certains auraient servi d'assistants et de chauffeurs à des personnalités du RPR, le parti de Jacques Chirac. D'autres auraient travaillé pour des élus de Corrèze, le département dont Jacques Chirac était le député. D'autres, enfin, n'auraient jamais mis les pieds à la mairie. L'une de ces personnes aurait même été pendant 11 ans le chauffeur et garde du corps du président du syndicat Force ouvrière, Marc Blondel.
En vacances au Maroc, Jacques Chirac s'est dit «serein et décidé à établir devant le tribunal qu'aucun» de ces emplois «ne constitue un emploi fictif». Lors de sa mise en examen, il y a deux ans, il avait même déclaré au journal Le Monde que «ces emplois étaient nécessaires au bon fonctionnement de la Ville de Paris».
Des nombreuses affaires où le nom de l'ancien président a été cité depuis 20 ans, celle des chargés de mission de la mairie de Paris est la seule à finalement aboutir en cour. La juge Xavière Simeoni est allée à l'encontre du parquet, qui souhaitait déclarer le non-lieu. Elle a assigné neuf autres personnes à répondre aux mêmes accusations. L'ancien président est passible d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à dix ans et de 225 000 $ d'amende.
L'affaire remonte aux années 1983-1996. À l'époque, c'est la presse qui avait révélé l'existence de nombreux emplois fictifs à la mairie. On soupçonnait le maire d'engager du personnel politique qui travaillait en réalité pour sa formation politique, le RPR, et contribuait notamment à préparer une éventuelle campagne présidentielle. Il faudra attendre 1998 pour qu'une plainte formelle soit déposée par un militant écologiste du 13e arrondissement de Paris, Pierre Brossault. Deux ans plus tard, après l'élection à l'hôtel de ville du socialiste Bertrand Delanoë, la mairie a repris le dossier.
Devenu président, Jacques Chirac était cependant protégé par son immunité. Il fallut donc attendre 12 ans pour reprendre les procédures. Douze ans pendant lesquels furent condamnés dans des affaires semblables plusieurs de ses proches collaborateurs, comme son chef de cabinet Michel Roussin et son directeur des Finances Alain Juppé. Au moment de condamner ce dernier, les juges de Nanterre avaient précisé que, selon eux, Alain Juppé était au moment des faits «directement subordonné au président du mouvement», c'est-à-dire à Jacques Chirac.
Publication de mémoires
Cette accusation survient la semaine où Jacques Chirac publie ses mémoires et devait entamer une tournée des médias. La popularité de l'ancien président est à son plus haut et, dans la classe politique, il suscite une certaine nostalgie mêlée d'une exigence de justice. «J'ai du respect pour la personne et en même temps j'ai du respect pour la justice», a résumé l'ancien numéro un du Parti socialiste, François Hollande. Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, s'est contenté de dire qu'il n'était «pas utile de revenir en arrière».
«La Chiraquie, c'est un iceberg dont on ne voit qu'une toute petite partie immergée», affirme quant à lui le président du Front national, Jean-Marie Le Pen. Cette annonce survient quelques jours seulement après le procès de l'affaire Clearstream, mettant en cause l'ancien premier ministre Dominique de Villepin. Elle arrive 72 heures après que l'ancien ministre de Jacques Chirac, Charles Pasqua, a été condamné dans une affaire de trafic d'armes vers l'Angola. De là à dire que la France fait le procès des années Chirac...
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Correspondant du Devoir à Paris
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