Avec l'affaire Mitterrand - Nicolas Sarkozy mécontente son électorat
Malgré les explications de Frédéric Mitterrand, la controverse se poursuit. À droite, on ne prise pas beaucoup que Nicolas Sarkozy défende un ministre qui avoue avoir pratiqué le tourisme sexuel.
Paris — En 2002, c'est à grand renfort de caméras que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, se levait au petit matin pour aller sur les boulevards périphériques de Paris encourager les policiers. Il s'agissait alors de montrer que le futur candidat à la présidence faisait tout pour réprimer la prostitution venue des pays de l'Est. Sept ans plus tard, les électeurs de droite qui se souviennent de cet épisode n'ont pas beaucoup prisé que l'Élysée ait fait bloc pour défendre le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui a reconnu jeudi sur les ondes de TF1 avoir pratiqué le tourisme sexuel en Thaïlande.
Afin de clore le débat, Nicolas Sarkozy a pris soin hier d'être vu avec son ministre de la Culture lors de l'inauguration de l'exposition De Byzance à Istanbul au Grand Palais. Pourtant, même après les explications, le malaise à droite persiste.
Plusieurs personnalités, comme la ministre Christine Boutin, ne cachent pas leur insatisfaction. Le leader des députés de la majorité reconnaissait la grogne qui règne chez les élus. « Je peux comprendre très bien — je l'ai été moi-même — que l'opinion publique puisse être choquée par un certain nombre de choses dans cette histoire », a déclaré François Copé. Comme de fait, hier la Confédération nationale des associations familiales catholiques a jugé les explications du ministre « confuses » et « ambiguës » et réclamé la nomination d'un nouveau ministre.
Des explications
S'expliquant en direct sur TF1 jeudi soir, Frédéric Mitterrand semble avoir, pour l'essentiel, convaincu que son livre La Mauvaise Vie (Folio) ne faisait pas l'apologie de la pédophilie, comme l'a faussement affirmé à la télévision la vice-présidente du Front national, Marine Le Pen. Mais l'affirmation selon laquelle le tourisme sexuel est « une erreur, sans doute, un crime, non, une faute même pas » n'est pas reçue par tous de la même façon.
Dans le quotidien La Croix, Dominique Quinio souligne que « ce n'est pas son homosexualité, ni les misères de sa vie affective, ni même son recours à la prostitution qui font d'abord débat ». Le quotidien catholique de centre gauche estime que la question est « de savoir s'il a eu des relations avec des mineurs, ce qui serait un crime ». Jeudi, le ministre s'en est formellement défendu. Mais tous ne le croient pas. Le soir même, Marine Le Pen affirmait ne pas croire « que les "gosses" dont il parle dans son livre sont des hommes de 40 ans ».
Le quotidien Ouest France (le plus grand tirage du pays) n'a pas lui non plus été totalement convaincu. « Ministre ou élu, un homme d'État doit être au-dessus de tout soupçon, écrit Michel Urvoy. On ne peut pas exiger des citoyens de consentir des sacrifices, de respecter la loi, d'adopter des comportements civiques et moraux si on sème soi-même ne serait-ce que le doute, si on alimente l'actualité de ses propres dérapages. »
Du courage !
Déjà, plusieurs députés de droite étaient sortis de leur réserve lorsque, quelques jours plus tôt, le ministre de la Culture s'était porté à la défense du cinéaste Roman Polanski, arrêté en Suisse pour avoir fui une accusation de relations sexuelles avec une mineure. Le ministre avait qualifié l'affaire d'« histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens ».
D'autres pointent une nomination qui s'explique surtout par la volonté de Nicolas Sarkozy de nuire à la gauche et par son goût pour le vedettariat. Le magazine Marianne révèle qu'avant sa nomination, Mitterrand avait lui-même averti Nicolas Sarkozy du scandale que pourrait provoquer son livre. Le président l'avait jugé courageux et talentueux.
Ce choix « confirme l'attrait que représentent pour notre président les déballages émotionnels et la pipolisation de la vie publique », écrit Philippe Cohen. Le journaliste de l'hebdomadaire Marianne voit aussi dans cet épisode les ravages de l'autofiction, un genre littéraire qui surfe souvent sur le scandale et mêle allègrement autobiographie et littérature.
À l'approche des élections municipales, les députés de droite s'inquiètent de la réaction de leur électorat, déjà irrité par la nomination de nombreuses personnalités de gauche dans le gouvernement. Plusieurs analystes prévoient un sursaut du Front national, qui semblait à l'agonie depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Hier, un sondage CSA révélait que la cote du président avait perdu dix points d'un seul coup pour retomber à 41 % d'opinions favorables. Le sondage avait été réalisé juste avant que Frédéric Mitterrand ne s'explique à la télévision. C'est dans l'électorat de droite que la chute est la plus abrupte. Les sondeurs évoquent même une « déstabilisation du peuple de droite ».
« Le ton libéral de Mitterrand en matière de moeurs est en totale inadéquation avec le discours sécuritaire du pouvoir », résumait hier l'éditorialiste du Midi libre François Martin.
***
Correspondant du Devoir à Paris
Paris — En 2002, c'est à grand renfort de caméras que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, se levait au petit matin pour aller sur les boulevards périphériques de Paris encourager les policiers. Il s'agissait alors de montrer que le futur candidat à la présidence faisait tout pour réprimer la prostitution venue des pays de l'Est. Sept ans plus tard, les électeurs de droite qui se souviennent de cet épisode n'ont pas beaucoup prisé que l'Élysée ait fait bloc pour défendre le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui a reconnu jeudi sur les ondes de TF1 avoir pratiqué le tourisme sexuel en Thaïlande.
Afin de clore le débat, Nicolas Sarkozy a pris soin hier d'être vu avec son ministre de la Culture lors de l'inauguration de l'exposition De Byzance à Istanbul au Grand Palais. Pourtant, même après les explications, le malaise à droite persiste.
Plusieurs personnalités, comme la ministre Christine Boutin, ne cachent pas leur insatisfaction. Le leader des députés de la majorité reconnaissait la grogne qui règne chez les élus. « Je peux comprendre très bien — je l'ai été moi-même — que l'opinion publique puisse être choquée par un certain nombre de choses dans cette histoire », a déclaré François Copé. Comme de fait, hier la Confédération nationale des associations familiales catholiques a jugé les explications du ministre « confuses » et « ambiguës » et réclamé la nomination d'un nouveau ministre.
Des explications
S'expliquant en direct sur TF1 jeudi soir, Frédéric Mitterrand semble avoir, pour l'essentiel, convaincu que son livre La Mauvaise Vie (Folio) ne faisait pas l'apologie de la pédophilie, comme l'a faussement affirmé à la télévision la vice-présidente du Front national, Marine Le Pen. Mais l'affirmation selon laquelle le tourisme sexuel est « une erreur, sans doute, un crime, non, une faute même pas » n'est pas reçue par tous de la même façon.
Dans le quotidien La Croix, Dominique Quinio souligne que « ce n'est pas son homosexualité, ni les misères de sa vie affective, ni même son recours à la prostitution qui font d'abord débat ». Le quotidien catholique de centre gauche estime que la question est « de savoir s'il a eu des relations avec des mineurs, ce qui serait un crime ». Jeudi, le ministre s'en est formellement défendu. Mais tous ne le croient pas. Le soir même, Marine Le Pen affirmait ne pas croire « que les "gosses" dont il parle dans son livre sont des hommes de 40 ans ».
Le quotidien Ouest France (le plus grand tirage du pays) n'a pas lui non plus été totalement convaincu. « Ministre ou élu, un homme d'État doit être au-dessus de tout soupçon, écrit Michel Urvoy. On ne peut pas exiger des citoyens de consentir des sacrifices, de respecter la loi, d'adopter des comportements civiques et moraux si on sème soi-même ne serait-ce que le doute, si on alimente l'actualité de ses propres dérapages. »
Du courage !
Déjà, plusieurs députés de droite étaient sortis de leur réserve lorsque, quelques jours plus tôt, le ministre de la Culture s'était porté à la défense du cinéaste Roman Polanski, arrêté en Suisse pour avoir fui une accusation de relations sexuelles avec une mineure. Le ministre avait qualifié l'affaire d'« histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens ».
D'autres pointent une nomination qui s'explique surtout par la volonté de Nicolas Sarkozy de nuire à la gauche et par son goût pour le vedettariat. Le magazine Marianne révèle qu'avant sa nomination, Mitterrand avait lui-même averti Nicolas Sarkozy du scandale que pourrait provoquer son livre. Le président l'avait jugé courageux et talentueux.
Ce choix « confirme l'attrait que représentent pour notre président les déballages émotionnels et la pipolisation de la vie publique », écrit Philippe Cohen. Le journaliste de l'hebdomadaire Marianne voit aussi dans cet épisode les ravages de l'autofiction, un genre littéraire qui surfe souvent sur le scandale et mêle allègrement autobiographie et littérature.
À l'approche des élections municipales, les députés de droite s'inquiètent de la réaction de leur électorat, déjà irrité par la nomination de nombreuses personnalités de gauche dans le gouvernement. Plusieurs analystes prévoient un sursaut du Front national, qui semblait à l'agonie depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. Hier, un sondage CSA révélait que la cote du président avait perdu dix points d'un seul coup pour retomber à 41 % d'opinions favorables. Le sondage avait été réalisé juste avant que Frédéric Mitterrand ne s'explique à la télévision. C'est dans l'électorat de droite que la chute est la plus abrupte. Les sondeurs évoquent même une « déstabilisation du peuple de droite ».
« Le ton libéral de Mitterrand en matière de moeurs est en totale inadéquation avec le discours sécuritaire du pouvoir », résumait hier l'éditorialiste du Midi libre François Martin.
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Correspondant du Devoir à Paris
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