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L'Europe, cette oubliée

François Brousseau   5 octobre 2009  Europe
Entre l'affaire Polanski, la « gifle » olympique à Barack Obama et le psychodrame orchestré autour du nucléaire iranien, le sujet a pratiquement disparu des écrans radar. Pourtant, il s'agit de l'avenir politique d'une collectivité de 500 millions de personnes: l'Union européenne. Vendredi se tenait une consultation qui portait ultimement sur ce sujet même — le destin du Vieux Continent — avec un autre de ces référendums « cruciaux » pour l'avenir de l'Union, mais qui à la fin ne suscitent que bâillements dans les chaumières.

Quinze mois après avoir dit « non » au Traité de Lisbonne, les Irlandais lui ont finalement dit « oui » vendredi, redonnant espoir à ceux qui voudraient voir de nouveau avancer cet éléphant nommé Europe, qui ne semble plus trop savoir où aller, ni comment soulever sa carcasse... et dont on parle de moins en moins.

***

Le « non » dramatique, suivi d'un « oui » souvent à l'arraché, est un scénario connu dans les consultations référendaires sur l'Union européenne.

C'était arrivé aux Irlandais une première fois au début des années 2000 sur le Traité de Nice; et déjà aux Danois dans les années 1990 sur le Traité de Maastricht. Comme l'unanimité des États — exigence tyrannique pour les uns, protection démocratique pour les autres — est requise pour faire passer les textes fondamentaux (le Traité de Lisbonne doit notamment instituer un nouveau poste de « président » de l'Europe), un seul « non », même d'un petit pays... et tout est bloqué.

Il faut donc de nouveau poser la question, la reformuler au besoin, cajoler les citoyens du pays récalcitrant, éventuellement prévoir de petites clauses de dérogation (sur l'avortement et la neutralité militaire, dans le cas de l'Irlande)... et puis cette fois, messieurs-dames, vous allez voter correctement, et nous dire « oui », n'est-ce pas?

À moins que le « non » provienne d'un grand et gros pays de l'Union, donc plus « important » que les autres, et que le pourcentage de refus soit élevé: c'est ce qui est arrivé en mai 2005, lorsque 55 % des Français avaient dit « non » au projet de Constitution européenne. Le Traité de Lisbonne est une resucée de ce défunt document, mais en plus court et sans le titre de « constitution ».

Les périls de la démocratie directe étant décidément trop grands, la plupart des dirigeants européens ne consultent plus leurs populations sur la question européenne. Si les autorités de Dublin ont soumis, vendredi, le traité à un référendum, c'est que la constitution irlandaise les y obligeait formellement.

Sinon? Sinon, eh bien haro sur le vilain peuple qui risque de voter « mal »! Il faut donc, ce petit peuple, l'éviter le plus possible: c'est ce que font maintenant 80 % des États du Vieux Continent, où la ratification des traités européens se fait strictement entre hauts fonctionnaires, députés, ministres et présidents... mieux vaut, en effet, rester entre initiés!

Et le fameux « déficit démocratique » là-dedans? Celui qui suscite le mépris ou l'indifférence d'un nombre croissant de citoyens envers la grande idée communautaire, avec des taux d'abstention de 60 % aux dernières élections européennes? Ah ça! Eh bien... on en reparlera une autre fois, voulez-vous?

***

Dure semaine pour Barack Obama. Lui qui, sur les fronts de la santé publique et de la réforme du monde financier, se bat contre des lobbies gigantesques qui semblent bien partis pour maintenir le statu quo — la perpétuation du « tout-privé » en assurance maladie, et des bonus spectaculaires aux banquiers —, il a échoué à constituer un lobby efficace lorsqu'il s'est rendu avec sa femme à Copenhague pour tenter d'obtenir les Jeux olympiques à Chicago.

Certains voient dans cet échec l'illustration d'un Obama beau parleur... mais qui multiplie les fronts simultanés et qui, au final, obtient peu en termes concrets. La gifle de Copenhague signe-t-elle le début de la fin de la « magie Obama », y compris à l'échelle internationale? Ou au contraire, pourrait-elle constituer pour lui une inspiration paradoxale sur la possibilité — et la nécessité — de tenir tête aux lobbies, si puissants soient-ils?

Question ironique: M. Obama saura-t-il résister aux lobbies déchaînés... comme le Comité international olympique a su résister au sien?

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

francobrousso@hotmail.com
 
 
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  • Dominic Pageau
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 01h52
    Mauvaise nouvelle pour bien des pays européens qui avaient voté non
    Et qui n'ont pu voté à nouveau car leur gouvernement out tous signé sans les consulter. C'est une perte de souveraineté pour les citoyens de ces États.

    Je ne vous pas pourquoi vour reparleriez du déficit démocratique une prochaine fois, pourquoi pas maintenant?

    C'est d'une importance capitale, beaucoup de personnes en Europe se sont rendus compte que la pyramide du pouvoir est inversé, en principe, je dis bien en principe, dans une démocratie c'est le peuple qui est au pouvoir et les élus sont leurs représentants à qui ils sont soumis. L'Union Européenne, elle décide, les gouvernements obéissent et le peuple visé doit se soumettre. C'est en résumé ça l'Union Européenne.....

    Les Français ne peuvent plus exiger que ce qui se vend chez eux soit étiqueté en français. Quand même que le peuple voudrait que l'étiquetage des produits soit en français, le gouvernement français est impuissant car l'Union Européenne est contre qu'on oblige les compagnies a étiqueter en français leurs produits qui sont vendus en France.

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 07h20
    Merci Monsieur Brousseau pour ce moment de réflexion
    Il est toujours intéressant d'entendre parler de choses qui sont oubliées ou qui passent inaperçues. Monsieur Brousseau nous offre un moment de réflexion bien intéressant.

    L'Europe... ce simili-éléphant (simili si on le compare à l'empire US).
    Barroso a été récemment «réélu» à la commission européenne, une première cette «réélection». Sa direction discrète et empreinte d'obéissance semble appréciée de la droite néolibérale. Barroso n'est pas élu au suffrage universel, il est désigné par une entente entre les dirigeants des pays européens et ensuite entériné en quelque sorte par les députés européens qui élisent leur "chef" de direction.

    Les députés européens, eux sont élus au suffrage universel. Cependant, je crois que dans bien des cas, leur rôle est pratiquement symbolique. C'est la Commission européenne qui mène le bal. Elle est en théorie soumise au conseil européen qui réunit les chefs d'État des pays membres et le président de la Commission, bref la direction que peuvent prendre tous ces organes de décision s'occupe bien peu du citoyen. Ce n'est pas tout à fait ce que l'on peut appeler "la démocratie «participative». Les décisions ne viennent pas du bas vers le haut, mais bien du haut et le bas n'a qu'à bien suivre.

    Si l'on compare ce qui se joue en Europe au niveau démocratie, c'est le jour et la nuit avec ce qui se déroule en Amérique latine.

    Deux conceptions radicalement différentes de la démocratie. La «participative» où le citoyen est consulté et où le citoyen s'exprime à travers de multiples cercles citoyen ou ladite «représentative» (ladite parce qu'elle représente de moins en moins).


    Démocratie ou simili-démocratie?
    Une question qui se pose chez nous comme chez eux.

    Comme le dit Monsieur Brousseau:
    « Les périls de la démocratie directe étant décidément trop grands, la plupart des dirigeants européens ne consultent plus leurs populations »

    Incroyable tout de même! Et le pire c'est que c'est exactement ce qui se passe dans tous les pays "néolibéraux" capitalistes. On aime bien avoir les deux mains sur le volant et ne pas se faire enquiquiner par une population trop présente.
    «Population trop présente»... Voyons, ce n'est vraiment pas le problème chez nous. Par un stratagème étrange, complexe et surtout efficace, on a fait en sorte que les gens ne vont même plus voter. Ils maugréent par habitude constamment, mais ne font rien pour changer ce qui les mécontente. C'est comme une sorte de résignation chronique qui laisse toute la latitude à ceux qui aiment bien tenir le volant à deux mains et nous mener vers où ils ont des intérêts.

    Comme dit Monsieur Brousseau:
    «Haro sur le vilain peuple qui risque de voter «mal»! Il faut donc, ce petit peuple, l'éviter le plus possible: c'est ce que font non seulement 80 % des États du Vieux Continent, mais aussi tous les pays qui ont des démocraties dites représentatives.

    «Haro sur le vilain peuple qui risque de voter «mal»!
    Que pensez-vous qu'il s'est passé au Honduras?
    C'est exactement cela: «Haro sur le vilain peuple qui risque de voter «mal»!
    On a tout simplement opéré un Coup d'État «démocratique» (sic) pour éviter cette infamie que la population puisse se prononcer. Au Honduras, on a dit que consulter la population était totalement inconstitutionnel et donc illégal. C'est pourquoi on a tué une quinzaine de personnes et emprisonné des centaines tout en fermant tous les médias qui ne marchaient pas dans la direction du pouvoir "légal" (sic).

    Il faut vraiment réfléchir sur ce qu'est devenue la démocratie et sur ce que l'on veut en faire. Les Irlandais ont finalement voté oui, mais oui à quoi? Les Irlandais viennent-ils de perdre leur souveraineté ?
    Qu'est-ce qui les a convaincus ?
    Peut-on dire: convaincus ou endormis ?


    La question de notre chroniqueur m'apparaît bien pertinente: «le fameux «déficit démocratique» là-dedans? Celui qui suscite le mépris ou l'indifférence d'un nombre croissant de citoyens envers la grande idée communautaire, avec des taux d'abstention de 60 % aux dernières élections européennes?

    Comment donc faire en sorte que dans nos pays démocratiques nous ne perdions pas notre démocratie? Comment donc politiser nos concitoyens ? Comment au moins faire en sorte qu'ils votent et qu'ils votent pour autre chose que la couleur de la cravate ?

    À l'instar des Européens, la démocratie serait-elle en train de nous glisser entre les doigts? Vivons-nous dans un système que l'on veut, approuvons-vous les guerres, les budgets militaires et les coupures des services?


    Serge Charbonneau
    Québec


    P.S.: Pour Obama. Il ne faut tout de même pas dramatiser ce report des Jeux olympiques en sol US.
    À mettre tous les événements sur le pied, on en vient à banaliser les dossiers plus sérieux.
    Guerres, torture, soins de santé à tous sont des dossiers plus importants que l'événement marketing olympique.

    Parler de «gifle» à Copenhague, c'est presqu'une farce. Une farce médiatique.
    Dire : «La gifle de Copenhague signe-t-elle le début de la fin de la «magie Obama», non, mais, vous voulez rire! Et internationale en plus... tout de même!

  • Georges Paquet
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 07h23
    M. Brousseau, votre analyse de l'évolution de l'Europe est intéressante, mais celle de la prestation du Président Obama à Copenhague est nulle.
    Le Président des États-Unis et sa femme sont allé à Copenhague parce qu'ils auraient perdus énormément de points politiques s'il n'y étaient pas allé. Même si l'entourage du Président et lui-même se doutaient sûrement très bien que la candidature de Chicago n'irait pas très loin, il ne pouvaient pas laisser tomber les amis et supporteurs de cette grande ville d'où est parti leur conquête du pouvoir. Le Président Bush l'a appris à ses dépens. Même et surtout en cas de catastrophe les élus doivent être à côté de leurs concitoyens.

  • Guy Archambault
    Abonné
    lundi 5 octobre 2009 09h18
    Un idéal européen ?
    Comme l'ont souligné hier tous les journalistes de Kiosque à TV5, l'Europe n'est pas un Idéal politique pour aucun des pays européens. Ce n'est qu'une communauté d'intérêts commerciaux, économiques et financiers avec quelques clauses écrites en petits caractères sur la nécessité de mieux répartir la richesse.

    Pas étonnant que ce projet économique intéresse peu le peuple qui se cherche d'abord un lieu d'appartenance sociale et nationale. Comme le soulignaient les journalistes du panel, L'Afrique noire a un idéal politique d'Unité continentale mais n'en a pas les moyens alors que l'Europe n'a pas d'idéal politique d'Unité continentale alors qu'elle en a les moyens.

    La CEE est devenue un projet économique pour les riches et les compagnies transnationales européennes dans leur lutte pour sauvegarder leur part de marché face à l'Amérique, au Japon et aux pays en émergence sur le plan du commerce mondial.

    Le grand idéal capitaliste anglo-saxon de l'enrichissement comme preuve de réussite et de salut éternel est maintenant mondial.

    Guy Archambault

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 6 octobre 2009 11h05
    Guy Archambault nie la réalité pour soutenir sa thèse québécoise.
    M. Archambault refuse de voir l'immense chemin parcouru par les pays membres de l'Union européenne vers une intégration économique, sociale et politique toujours plus poussée, comme les premeirs traités des années 50 et les suivants les y invitaient. M. Archambault se refuse de regarder cette réalité européenne avec rigueur parce qu'il sait très bien que les analystes qui y réfléchissent font un raprochement inévitable entre les nombreux transferts de souveraineté (la monnaie, les passeports, les permis de conduire et le système de justice) que les pays membres de l'Union européenne, y compris la France ont consentis en direction des institutions communes de l'Union européenne. Et, en y regardant bien, on constate que le Québec détient maintenant, dans le Canada, plus de pouvoirs propres que la France n'en détient dans l'Union européenne. Comme de raison, cela ne convient pas à ceux qui prétendent que le Québec doit devenir un pays, comme la France parce qu'il ne détient pas sufisamment de pouvoirs.
    Tout le reste est littérature...

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