L'Europe, cette oubliée
Entre l'affaire Polanski, la « gifle » olympique à Barack Obama et le psychodrame orchestré autour du nucléaire iranien, le sujet a pratiquement disparu des écrans radar. Pourtant, il s'agit de l'avenir politique d'une collectivité de 500 millions de personnes: l'Union européenne. Vendredi se tenait une consultation qui portait ultimement sur ce sujet même — le destin du Vieux Continent — avec un autre de ces référendums « cruciaux » pour l'avenir de l'Union, mais qui à la fin ne suscitent que bâillements dans les chaumières.
Quinze mois après avoir dit « non » au Traité de Lisbonne, les Irlandais lui ont finalement dit « oui » vendredi, redonnant espoir à ceux qui voudraient voir de nouveau avancer cet éléphant nommé Europe, qui ne semble plus trop savoir où aller, ni comment soulever sa carcasse... et dont on parle de moins en moins.
***
Le « non » dramatique, suivi d'un « oui » souvent à l'arraché, est un scénario connu dans les consultations référendaires sur l'Union européenne.
C'était arrivé aux Irlandais une première fois au début des années 2000 sur le Traité de Nice; et déjà aux Danois dans les années 1990 sur le Traité de Maastricht. Comme l'unanimité des États — exigence tyrannique pour les uns, protection démocratique pour les autres — est requise pour faire passer les textes fondamentaux (le Traité de Lisbonne doit notamment instituer un nouveau poste de « président » de l'Europe), un seul « non », même d'un petit pays... et tout est bloqué.
Il faut donc de nouveau poser la question, la reformuler au besoin, cajoler les citoyens du pays récalcitrant, éventuellement prévoir de petites clauses de dérogation (sur l'avortement et la neutralité militaire, dans le cas de l'Irlande)... et puis cette fois, messieurs-dames, vous allez voter correctement, et nous dire « oui », n'est-ce pas?
À moins que le « non » provienne d'un grand et gros pays de l'Union, donc plus « important » que les autres, et que le pourcentage de refus soit élevé: c'est ce qui est arrivé en mai 2005, lorsque 55 % des Français avaient dit « non » au projet de Constitution européenne. Le Traité de Lisbonne est une resucée de ce défunt document, mais en plus court et sans le titre de « constitution ».
Les périls de la démocratie directe étant décidément trop grands, la plupart des dirigeants européens ne consultent plus leurs populations sur la question européenne. Si les autorités de Dublin ont soumis, vendredi, le traité à un référendum, c'est que la constitution irlandaise les y obligeait formellement.
Sinon? Sinon, eh bien haro sur le vilain peuple qui risque de voter « mal »! Il faut donc, ce petit peuple, l'éviter le plus possible: c'est ce que font maintenant 80 % des États du Vieux Continent, où la ratification des traités européens se fait strictement entre hauts fonctionnaires, députés, ministres et présidents... mieux vaut, en effet, rester entre initiés!
Et le fameux « déficit démocratique » là-dedans? Celui qui suscite le mépris ou l'indifférence d'un nombre croissant de citoyens envers la grande idée communautaire, avec des taux d'abstention de 60 % aux dernières élections européennes? Ah ça! Eh bien... on en reparlera une autre fois, voulez-vous?
***
Dure semaine pour Barack Obama. Lui qui, sur les fronts de la santé publique et de la réforme du monde financier, se bat contre des lobbies gigantesques qui semblent bien partis pour maintenir le statu quo — la perpétuation du « tout-privé » en assurance maladie, et des bonus spectaculaires aux banquiers —, il a échoué à constituer un lobby efficace lorsqu'il s'est rendu avec sa femme à Copenhague pour tenter d'obtenir les Jeux olympiques à Chicago.
Certains voient dans cet échec l'illustration d'un Obama beau parleur... mais qui multiplie les fronts simultanés et qui, au final, obtient peu en termes concrets. La gifle de Copenhague signe-t-elle le début de la fin de la « magie Obama », y compris à l'échelle internationale? Ou au contraire, pourrait-elle constituer pour lui une inspiration paradoxale sur la possibilité — et la nécessité — de tenir tête aux lobbies, si puissants soient-ils?
Question ironique: M. Obama saura-t-il résister aux lobbies déchaînés... comme le Comité international olympique a su résister au sien?
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
francobrousso@hotmail.com
Quinze mois après avoir dit « non » au Traité de Lisbonne, les Irlandais lui ont finalement dit « oui » vendredi, redonnant espoir à ceux qui voudraient voir de nouveau avancer cet éléphant nommé Europe, qui ne semble plus trop savoir où aller, ni comment soulever sa carcasse... et dont on parle de moins en moins.
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Le « non » dramatique, suivi d'un « oui » souvent à l'arraché, est un scénario connu dans les consultations référendaires sur l'Union européenne.
C'était arrivé aux Irlandais une première fois au début des années 2000 sur le Traité de Nice; et déjà aux Danois dans les années 1990 sur le Traité de Maastricht. Comme l'unanimité des États — exigence tyrannique pour les uns, protection démocratique pour les autres — est requise pour faire passer les textes fondamentaux (le Traité de Lisbonne doit notamment instituer un nouveau poste de « président » de l'Europe), un seul « non », même d'un petit pays... et tout est bloqué.
Il faut donc de nouveau poser la question, la reformuler au besoin, cajoler les citoyens du pays récalcitrant, éventuellement prévoir de petites clauses de dérogation (sur l'avortement et la neutralité militaire, dans le cas de l'Irlande)... et puis cette fois, messieurs-dames, vous allez voter correctement, et nous dire « oui », n'est-ce pas?
À moins que le « non » provienne d'un grand et gros pays de l'Union, donc plus « important » que les autres, et que le pourcentage de refus soit élevé: c'est ce qui est arrivé en mai 2005, lorsque 55 % des Français avaient dit « non » au projet de Constitution européenne. Le Traité de Lisbonne est une resucée de ce défunt document, mais en plus court et sans le titre de « constitution ».
Les périls de la démocratie directe étant décidément trop grands, la plupart des dirigeants européens ne consultent plus leurs populations sur la question européenne. Si les autorités de Dublin ont soumis, vendredi, le traité à un référendum, c'est que la constitution irlandaise les y obligeait formellement.
Sinon? Sinon, eh bien haro sur le vilain peuple qui risque de voter « mal »! Il faut donc, ce petit peuple, l'éviter le plus possible: c'est ce que font maintenant 80 % des États du Vieux Continent, où la ratification des traités européens se fait strictement entre hauts fonctionnaires, députés, ministres et présidents... mieux vaut, en effet, rester entre initiés!
Et le fameux « déficit démocratique » là-dedans? Celui qui suscite le mépris ou l'indifférence d'un nombre croissant de citoyens envers la grande idée communautaire, avec des taux d'abstention de 60 % aux dernières élections européennes? Ah ça! Eh bien... on en reparlera une autre fois, voulez-vous?
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Dure semaine pour Barack Obama. Lui qui, sur les fronts de la santé publique et de la réforme du monde financier, se bat contre des lobbies gigantesques qui semblent bien partis pour maintenir le statu quo — la perpétuation du « tout-privé » en assurance maladie, et des bonus spectaculaires aux banquiers —, il a échoué à constituer un lobby efficace lorsqu'il s'est rendu avec sa femme à Copenhague pour tenter d'obtenir les Jeux olympiques à Chicago.
Certains voient dans cet échec l'illustration d'un Obama beau parleur... mais qui multiplie les fronts simultanés et qui, au final, obtient peu en termes concrets. La gifle de Copenhague signe-t-elle le début de la fin de la « magie Obama », y compris à l'échelle internationale? Ou au contraire, pourrait-elle constituer pour lui une inspiration paradoxale sur la possibilité — et la nécessité — de tenir tête aux lobbies, si puissants soient-ils?
Question ironique: M. Obama saura-t-il résister aux lobbies déchaînés... comme le Comité international olympique a su résister au sien?
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
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